FRMF. Le jour le plus long

Après une nuit blanche et de multiples rebondissements, la Fédération royale marocaine de football a finalement un nouveau président. Récit d’un accouchement dans la douleur.

C’est probablement l’événement sportif le plus attendu de l’année. Et pour cause, ce dimanche 10 novembre, au Palais des congrès de Skhirat, la FRMF tient enfin son assemblée générale extraordinaire pour désigner le successeur de Ali Fassi Fihri, président sortant. Une armée de journalistes et de bodyguards tuent le temps en attendant l’arrivée des congressistes. A 15h30, les deux candidats à la présidence arrivent sur le parking du complexe et sont rapidement assiégés par une forêt de microphones. Faouzi Lakjaâ, président de la Renaissance sportive de Berkane, et Abdelilah Akram, président du WAC, font montre de courtoisie devant les caméras, mais chacun repart dans son coin, accompagné des membres de sa liste. Dans le hall, on croise des présidents de clubs, d’anciens joueurs et autres fonctionnaires de la fédération. Il est 16h quand le service de sécurité ferme les portes du bâtiment au nez de Mohamed El Guertili, le trublion président déchu de la Ligue du Gharb, qui est venu accompagné d’un huissier de justice. Il faudra toute la diplomatie de Ali Fassi Fihri pour éviter le premier scandale de la soirée. Les portes se rouvrent et El Guertili est autorisé à entrer. L’assemblée générale peut commencer.

Le spectre de la FIFA

Dès l’ouverture des débats, Ali Fassi Fihri sait qu’il est attendu pour s’expliquer sur la tenue de cette assemblée malgré la lettre de la FIFA qui demande de la reporter après la tenue de la Coupe du monde des clubs. “La FIFA a réitéré sa demande de report de l’assemblée générale extraordinaire par un courrier qui nous est parvenu le vendredi 8 novembre en fin de journée. Nous étions dans l’impossibilité de leur répondre et ça sera chose faite dès lundi”, annonce-t-il. En clair, c’est la première patate chaude refilée au futur président. Et afin de lever toute ambiguïté concernant Mohamed El Guertili, Fassi Fihri explique que la justice a tranché en faveur de Hakim Doumou dans le duel qui opposait les deux hommes à la tête de la Ligue du Gharb. Pendant ce temps, Doumou écoute ce discours d’un air détaché, un chapelet à la main.

Après une entrée en matière relativement réussie, vient le moment du rapport moral et financier de la fédération. Présenté de façon sommaire et très vague, le rapport financier n’a pas répondu à la question polémique qui persiste depuis deux ans : le salaire d’Éric Gerets. Interpellé sur la question, le président sortant s’accroche à la clause de confidentialité. Circulez, il n’y a rien à voir ! Pour le reste, on apprendra que la fédération a englouti 123 millions de dirhams en quatre ans et que son excédent financier avoisine le zéro. Alors que les congressistes commentent les deux rapports, les tractations entre les clans de Faouzi Lakjaâ et Abdelilah Akram vont bon train dans le hall du Palais des congrès.

Micmacs entre amis

Après l’adoption du rapport financier et moral, Fassi Fihri peut finalement respirer pendant que les deux clans font leur entrée en scène pour le clou du spectacle. Quelques émissaires font les bons offices entre les deux clans. Akram sent que le vote ne sera pas en sa faveur, le collège d’électeurs dans sa majorité soutient a priori son concurrent. Mais il peut compter sur les membres de sa liste pour perturber le vote. Il est 2 h du matin quand les alliés de Akram contestent la légitimité de l’un des électeurs, Mohamed Chahbi, allié de Lakjaâ et président de la Ligue de Tadla. Ils ressortent une controverse vieille de deux semaines concernant sa nomination à la tête de la Ligue, pourtant réglée depuis. Lakjaâ encaisse le coup et accepte de priver Chahbi de vote pour débloquer la situation. Mais c’est compter sans la pugnacité du team concurrent, qui multiplie les provocations pour faire capoter le vote. Entre insultes et menaces physiques, la salle est sur le point de se transformer en ring de boxe.

A l’aube, les choses n’ont toujours pas avancé d’un iota. Lakjaâ comprend qu’il doit lâcher du lest. Journalistes et congressistes enchaînent les cafés en attendant un dénouement qui tarde à venir.  Il a fallu trois heures de discussions dans une salle privée du Palais des congrès et tout l’entregent de Mohamed Ghaibi et Ali Fassi Fihri pour débloquer la situation. Le deal est le suivant : Akram se retire de la course, mais en contrepartie il est ajouté à la liste de Lakjaâ. Une aberration juridique quand on sait que la composition des listes ne peut changer en cours de route. Sans oublier que chaque liste ne peut comporter plus de 17 membres. Lakjaâ doit donc sacrifier un des membres indépendants de sa liste pour y ajouter le président du WAC. Pire encore, Akram a obtenu que des membres de sa liste figurent dans la future ligue professionnelle qui sera mise en place pour gérer le football national. Il est 7h30 du matin quand Faouzi Lakjaâ est finalement nommé de facto patron de la FRMF, après 15 heures de guerre de tranchées et une élection avec un candidat unique. Après ce premier baptême du feu, Lakjaâ sait désormais dans quel cour des miracles il met les pieds.

Portrait. Un financier à la fédération

Inconnu du grand public il y a quelques mois, Faouzi Lakjaâ est aujourd’hui le quinzième président de la FRMF. Ce natif de Nador est ingénieur agronome de formation et diplômé de l’Ecole nationale de l’administration. Ce qui lui a ouvert les portes du ministère des Finances, où il occupe le poste de directeur du budget. Comment arrive-t-il à concilier campagne électorale et préparation du projet de budget 2014 ? C’est une question que ses supporters balaient d’un revers de main : “Fassi Fihri a été patron de deux grands offices et avant lui il y avait le général le plus galonné du royaume”, soutiennent-ils. En tout cas, Lakjaâ n’est pas un novice dans le domaine footballistique. En 2003, il devient membre du bureau de l’équipe de la Renaissance Sportive de Berkane (RSB) qui évolue en seconde division. Six ans plus tard, il prend la direction du club et entame une restructuration de l’équipe. En plus du recrutement de jeunes joueurs, il fait appel aux services de l’entraîneur Abderrahim Talib, qui portera le club à la ligue de l’élite en 2012. Le nouveau président de 43 ans hérite de plusieurs dossiers chauds du football national. A commencer par la désignation du nouveau coach de l’équipe nationale. Il devra également poursuivre les chantiers de la refonte du football national entamé par son prédécesseur : la Botola pro, la formation des joueurs en amont et le financement des clubs. Mais pour le moment, il doit rassurer la FIFA qui a les yeux rivés sur le royaume où se déroulera la Coupe du monde des clubs en décembre. Pour mener à bien sa mission, il sera entouré de Mohamed Rabie Khlie (ONCF), Abderrafie Zouiten et Abdelaziz Talbi. Des techniciens aguerris qui ont fait leurs preuves. “Il faut relativiser le propos. Pour rappel, Ali Fassi Fihri s’est entouré lui aussi de plusieurs managers qui sont restés muets et n’ont joué aucun rôle dans le bureau fédéral”, analyse Moncef El Yazghi, chercheur en politiques sportives.

 

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