Vatican. Un pape, au passé trouble

Le choix d’un souverain pontife originaire d’Amérique latine, et non européen comme à l’accoutumée, a été salué comme une volonté de modernité. Néanmoins, le passé du nouveau chef de l’Eglise sous la dictature argentine fait grincer des dents.

Mercredi 13 mars. Après deux jours de conclave, Jorge Mario Bergoglio, 76 ans, archevêque de Buenos Aires, parvient au minimum nécessaire de 77 voix pour être élu à la tête de l’Église catholique. Pourtant, vingt minutes après sa désignation, un courrier électronique adressé aux journalistes par la Conférence épiscopale italienne se félicitait de l’élection du cardinal Angelo Scola comme nouveau pape. Une maladresse des cardinaux italiens qui donne la mesure du bouleversement ressenti par une partie de l’orthodoxie vaticane face à ce nouveau souverain pontife, jésuite et éloigné de la curie romaine (l’administration du Vatican). En parallèle, une bonne partie de la presse internationale et de nombreux chefs d’État se sont immédiatement empressés de célébrer un choix “historique”, voyant dans le nouveau souverain pontife le “pape des pauvres”. L’adoption du nom de François, en référence à Saint François d’Assise, devait être la démonstration de cette rénovation. Philippe Clanché, journaliste à Témoignage chrétien, juge ainsi dans Le Monde que ce nom est un “symbole du dialogue avec l’islam”, avant de souligner que cette référence “c’est l’Eglise modeste, l’Eglise nue”.

 

Papus horribilis ?

Si la simplicité de la vie du cardinal Bergoglio est connue en Argentine, les associations de défense des droits de l’homme du pays ont montré bien peu d’enthousiasme suite à sa nomination à la tête de l’Église catholique. La plus importante d’entre elles, l’association des Mères de la place de mai, qui regroupe les mères des détenus et disparus pendant la dernière dictature militaire (1976-1983), a froidement accueilli l’élection de Bergoglio. L’International Herald Tribune rappelait aussi que le nouveau pape est un opposant historique à la théologie de la libération, ce courant de gauche fortement impliqué socialement, né sous l’impulsion de prêtres latino-américains à la fin des années 1960. Sans oublier que les accusations lui reprochant une certaine complaisance avec la junte militaire sont récurrentes dans le pays, et vont jusqu’à l’obliger à témoigner devant la justice, en 2010, pour son implication supposée dans la disparition de deux prêtres jésuites tiers-mondistes. Orlando Yorio et Francisco Jalics avaient été libérés après cinq mois de détention et de tortures au centre clandestin de l’école de mécanique de la Marine (ESMA). Jorge Bergoglio, à l’époque principal dirigeant des jésuites en Argentine, conteste avoir dénoncé les deux hommes.

 

Monseigneur d’Argentine…

Hebe de Bonafini, la présidente de l’association des Mères de la place de mai, s’est fendue d’un communiqué plutôt tranchant en guise de bienvenue au pape François : “L’église officielle oppresse, mais celle du Tiers-Monde est libératrice. Nous ne poursuivons notre relation qu’avec les prêtres tiers-mondistes et, sur ce pape qu’ils ont nommé hier, nous n’avons qu’une seule chose à dire : Amen.” On ne peut être plus clair. Horacio Verbitsky, grande plume du quotidien argentin de gauche Página/12, ne se montre pas moins expéditif dans les colonnes de son journal : “Sa biographie est celle d’un populiste conservateur, comme le furent Pie XII et Jean-Paul II. Ils étaient inflexibles sur les questions doctrinaires mais avec une ouverture sur le monde et, surtout, envers les masses dépossédées”. Le caractère difficile des relations du pape avec l’actuelle présidente (de gauche), Cristina Fernández de Kirchner, est d’ailleurs de notoriété publique en Argentine. Et l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels ainsi que la (timide) libéralisation de l’avortement par la dirigeante argentine n’ont fait que précipiter la rupture.

Ainsi, rien ne permet aujourd’hui d’espérer des changements significatifs en ce qui concerne les questions de société sur lesquelles l’Église est fortement attendue. 

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