Hommage. Hessel, bi rouh, bi dam…

La voix grave de l’ancien diplomate et résistant français s’est éteinte dans la nuit du 26 au 27 février. Défenseur des droits de l’homme, il s’était engagé pour la paix en Palestine et suivait avec passion les changements dans le monde arabe.

Trois mois seulement s’étaient écoulés depuis la sortie d’Indignez-vous, et la Tunisie plongeait la première dans la colère. À 95 ans, Stéphane Hessel pouvait compter sur sa longue expérience pour pressentir les soubresauts de l’histoire. Pourtant, rien n’aurait pu lui faire imaginer que son livret de 32 pages le jetterait dans le tourbillon des premières grandes révoltes du XXIème siècle. Au sud de la Méditerranée, son manifeste a servi de référence pour nombre de militants. Nizar Bennamate, militant du Mouvement du 20 février, voit dans l’engagement de Hessel une invitation “à la résistance, à la non-violence contre le monde de l’argent-roi”, sans aller jusqu’à établir de “lien direct entre Hessel et les Printemps arabes”. “Des gens qui ont lu ce livre, je dois en connaître une vingtaine, mais beaucoup en ont entendu parler”, assure-t-il, avant d’expliquer que ce sont des idées universelles qui ont trouvé leur application dans un contexte local.

 

Lève-toi et marche

De l’autre côté du détroit de Gibraltar, les jeunes manifestants espagnols s’emparèrent aussitôt du titre du livre, vendu à plus de 4 millions d’exemplaires à travers le monde. Ils avaient trouvé un nom à leur colère : les Indignados étaient nés, avant de s’étendre à toute l’Europe, puis de traverser l’Atlantique pour s’installer sous les fenêtres des bureaux de Wall-Street. En s’affranchissant des frontières, le message de résistance était parvenu à forger un collectif humain à l’échelle internationale.

L’idée d’universel s’est incarnée dans la personne même de Stéphane Hessel : né à Berlin en 1917, dans une famille aisée d’origine juive, il émigre à Paris au milieu des années 1920, et adopte la nationalité française en 1937, à la veille de la Seconde guerre mondiale. En 1941, l’appel de la Résistance l’emmène à Londres, où il se met au service du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA). Envoyé en mission en mars 1944, il est arrêté par la Gestapo, torturé et déporté au camp de Buchenwald. Sa première évasion le conduit à une nouvelle arrestation. La deuxième le jette dans les bras des troupes américaines, ce qui lui permet d’arriver à Paris le 8 mai 1945, jour de la capitulation de l’Allemagne nazie. Son attachement inconditionnel aux droits fondamentaux l’amène à l’ONU, notamment comme secrétaire de la Commission des droits de l’homme. Il participe, à cette occasion, aux travaux de rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

 

Palestine on my mind

Cet engagement conduit logiquement ses pas en Palestine, une position qui lui vaudra une haine féroce de la part de certains partisans de la politique israélienne. Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), n’hésitera pas à dénoncer dans un communiqué, le jour même de sa mort, “un maître à ne pas penser”, emboîtant le pas à Pierre-André Taguieff, qui déclarait quelques années plus tôt sur son mur Facebook : “Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête”. “Sa défense des Palestiniens ne s’est jamais faite aux dépens des droits des Israéliens. Il élargissait les frontières de la Palestine à une cause humaniste, universelle”, nuance Leïla Chahid, déléguée de la Palestine auprès de l’Union Européenne, dans une déclaration au quotidien Le Monde.

 

Le chevalier de la liberté

Cofondateur, en 1963, de l’association France-Algérie, pays où il fut ambassadeur de France, sa proximité avec le Maghreb et le monde arabe dépasse largement les limites de la simple influence. Stéphane Hessel avait suivi avec passion le Printemps arabe. Il déclarait ainsi, en mars 2011, sur le plateau de TV5 Monde être “relativement optimiste” au sujet de l’avenir des révoltes : “C’est plutôt le citoyen et la citoyenne qui ont besoin que certains de leurs droits soient respectés. C’est même le cas en Israël. On peut être laïque tout en affirmant les valeurs de l’islam”, avait-il ajouté. Kaddour Haddadi, chanteur français du groupe HK & Les Saltimbanks et d’origine maghrébine, a dédié un titre en hommage à Hessel dans son dernier album : “Je me suis levé un matin, sombre jour de l’existence. J’ai levé la voix et le poing, quand la règle était le silence.” La voix de Stéphane Hessel s’est tue, mais elle en a réveillé des millions pour prendre sa relève.

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