Espagne. La monarchie face au doute

L’heure n’est pas aux célébrations au palais de la Zarzuela. Les scandales à répétition de la famille royale ont ébranlé la confiance des Espagnols. Jamais, en 35 ans de règne, le roi Juan Carlos n’avait connu pareil désamour. Le point.

 

Depuis plusieurs mois déjà, les drapeaux de la seconde république espagnole flottent, en lieu et place du drapeau officiel, au-dessus des manifestations contre les coupes budgétaires. Le 5 janvier dernier, le roi a préféré faire profil bas et n’a même pas osé fêter son 75ème anniversaire. La monarchie espagnole serait-elle menacée ? Loin de là pour le moment, mais il ne fait aucun doute que les occupants du palais de la Zarzuela traversent la période la plus difficile depuis l’établissement de la monarchie constitutionnelle, en 1978. Plusieurs sondages récents de l’institut Metroscopia pour le quotidien El País montrent le divorce qui s’établit peu à peu entre la population et l’institution royale : alors qu’en 1998, 72 % des sondés se déclaraient favorables à la monarchie et 11% à la république, ils étaient en 2010 respectivement 57% et 35%, pour arriver il y a quelques semaines aux chiffres de 53% contre 37%. Plus grave encore pour le roi Juan Carlos, parmi les Espagnols de 18 à 34 ans, 45% se déclarent, à égalité, en faveur des deux systèmes. Et bien sûr, les indépendantistes catalans et basques ne portent pas dans leur cœur une institution dont le rôle autoproclamé est de maintenir l’unité du pays, et dont les déclarations hostiles à l’indépendance les font régulièrement sortir de leurs gonds. L’un des partis catalans s’appelle d’ailleurs Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, gauche républicaine de Catalogne)… Pour autant, la plupart des Espagnols continuent à avoir une plutôt bonne opinion du roi et du prince Felipe : un récent sondage du Real Instituto Elcano (dont le prince est président d’honneur) indiquait par exemple que la reine était considérée comme la meilleure ambassadrice d’Espagne. Si les figures royales restent populaires, c’est donc le système lui-même qui perd du terrain.

 

Scandales à répétition

Deux raisons peuvent être invoquées pour expliquer le désamour entre la monarchie et les Espagnols. D’un côté, de plus en plus de jeunes ne se sentent plus redevables envers Juan Carlos pour la transition démocratique de 1978, de l’autre côté, la famille royale s’est distinguée par plusieurs scandales de grande ampleur, qui ont choqué et déçu les Espagnols en période de crise. Iñaki Urdangarin, le gendre du roi, ancien joueur de handball et époux de l’infante Cristina, fille de Juan Carlos, s’est d’abord retrouvé mêlé à une affaire de détournement de fonds. Il est visé par la justice depuis la fin de l’année 2011 et est désormais officiellement inculpé. Il devrait être de nouveau entendu par la justice le 23 février. Le roi lui-même a provoqué les foudres des Espagnols lorsque ceux-ci ont appris, le 15 avril 2012, qu’il s’était blessé lors d’un voyage jusque-là tenu secret au Botswana pour une coûteuse chasse… à l’éléphant. Sous le feu des critiques, tant pour le coût du voyage que pour la nature de la chasse (Juan Carlos était président d’honneur de la branche espagnole de l’ONG écologiste WWF, poste qui lui a été retiré depuis), le roi a dû s’excuser publiquement, affirmant qu’il était “désolé”, qu’il s’était “trompé” et que “cela ne se reproduirait plus”. Et cela sans compter la réputation persistante de coureur de jupons du roi et l’action en justice d’un serveur barcelonais et d’une femme au foyer belge, qui prétendent être ses enfants illégitimes, pour obtenir un test de paternité. Un test ADN a révélé que la probabilité qu’ils soient frère et sœur est de 91%. Si la filiation du premier venait à être un jour confirmée, il pourrait prétendre à la succession au trône à la place du prince Felipe…

 

Contre-attaque royale

Pour faire face à l’avalanche de critiques, la maison royale a choisi la carte de la transparence pour limiter les dégâts. Une série de visites à l’étranger a été programmée dans le but de redorer le blason des occupants de la Zarzuela en décrochant des contrats capables de générer des emplois. Provisoirement suspendues pendant la convalescence de la dernière opération de Juan Carlos, les visites vont reprendre en 2013, d’abord en mars au Maroc, à l’invitation de Mohammed VI, puis aux États-Unis en mai pour les célébrations du 500ème anniversaire de l’arrivée de l’explorateur espagnol Ponce de León. Dans l’affaire Urdagarin, le roi a déclaré en décembre 2011 que la justice était “la même pour tous”. Enfin, une nouvelle page Web présentant les activités de la famille royale a été ouverte. Sauf que, le 26 janvier, la fiche biographique du gendre de Juan Carlos en a été retirée après de nouvelles révélations dans le scandale de malversations financières qui le touche. Décidément, cela va de mal en pis pour la famille royale espagnole…

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