Soudan. Un Printemps tardif ?

Soudan. Un Printemps tardif ?

Depuis la mi-juin, une vague de contestations inédites déferle sur la république soudanaise. Les protestataires, qui s’insurgeaient au départ contre l’augmentation des prix, s’en prennent désormais au régime en place.

Au pouvoir depuis 23 ans, le président Omar El Béchir soutient qu’il n’y a pas de “Printemps arabe” dans son pays. Pourtant, depuis le 16 juin, les petites manifestations sporadiques se multiplient dans la capitale Khartoum et plusieurs autres villes du pays. Le plus souvent, ces rassemblements réunissent 100 à 200 personnes qui brûlent des pneus, lancent des pierres et bloquent la circulation, en réclamant une baisse des prix et la chute de Omar El Béchir, avant d’être violemment dispersés par les forces de l’ordre. Après une première manifestation estudiantine le 16 juin à l’université de Khartoum, c’est l’annonce, deux jours plus tard, d’une série de mesures d’austérité drastiques qui a mis le feu aux poudres. Le plan prévoyait des hausses d’impôts et la suppression du système de subvention des carburants. Résultat, le prix de l’essence a augmenté de 50 %, quand l’inflation s’élevait déjà à 30 % rien que pour le mois de mai, selon des chiffres officiels.

Détresse économique

Quasiment en faillite, le Soudan a perdu des milliards de dollars de recettes pétrolières depuis juillet 2011, date de l’indépendance du Soudan du Sud, qui dispose des trois quarts des réserves de brut de l’ancien Soudan. Sans compter qu’à cause des combats qui ont endommagé les infrastructures du principal champ pétrolier, en avril à Heglig, les revenus pétroliers du Soudan ont encore plongé de 20 %. Une situation économique très difficile, à laquelle Omar El Béchir ne donne pas les bonnes réponses, selon le mouvement contestataire de jeunes “Sudan Change Now” : “Le gouvernement doit immédiatement retirer les mesures d’austérité qu’il a adoptées et qui témoignent d’un déséquilibre dans les dépenses, puisqu’elles continuent de donner la priorité à la défense et à la sécurité, au détriment des services sociaux”, peut-on lire sur une déclaration rapportée par l’AFP. La défense ? C’est que sur le plan militaire, les tensions restent vives avec le Sud-Soudan (majoritairement chrétien et animiste, alors que le Nord est surtout musulman) qui vient de proclamer son indépendance au terme d’une guerre civile de plus de vingt ans qui a fait 2 millions de morts. Entre mars et mai, des combats frontaliers ont de nouveau fait couler le sang. Les deux Etats négocient actuellement pour régler leurs différends, en particulier le tracé de la frontière commune et le partage des ressources pétrolières.

Demain, la révolution ?

Pour l’instant, le mouvement de protestation soudanais est loin d’avoir atteint l’ampleur des soulèvements du Printemps arabe et il serait largement prématuré de parler de révolution. Mais les autorités sont nerveuses : sur la seule journée du 29 juin, près d’un millier de protestataires auraient été arrêtés, soit autant que pendant les 13 premières journées du mouvement, selon une organisation de militants. A chaque rassemblement, la police a eu recours à la force pour disperser au plus vite les manifestants. C’est peut-être ce qui explique que la protestation peine encore à prendre de l’ampleur, tandis que, selon le mouvement “Sudan Change Now”, les manifestations déclenchées par la crise économique sont désormais “dirigées contre la dictature” de Omar El Béchir, arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat. Pour l’heure, le régime semble vouloir limiter la publicité faite aux événements, puisqu’au moins trois journalistes ont été arrêtés. Parmi eux, l’Egyptienne Salma El Wardany, qui couvrait une manifestation étudiante pour l’agence Bloomberg, a été expulsée du pays. Face aux forces anti-émeute et aux redoutés services de renseignements, la mobilisation populaire massive se fait encore attendre. Selon Nagi Moussa, un étudiant d’opposition, le catalyseur pourrait être l’éventuel décès d’un étudiant, comme cela avait été le cas en 1964, quand le régime militaire de l’époque avait été balayé par la “Révolution d’Octobre” et ses dizaines de milliers de manifestants. “Je pense que cela aurait un grand impact, assure le militant. Le gouvernement le sait et il en a peur.”

 

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