À Rabat, Bourita et Baerbock concrétisent le réchauffement maroco-allemand

La ministre allemande des Affaires étrangères s’est rendue ce 25 août à Rabat pour y rencontrer son homologue Nasser Bourita. L’occasion pour les deux diplomates de tracer les contours de la relation maroco-allemande, plus d’un an après la crise entre les deux pays.

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Point de presse conjoint entre le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération éfricaine et des Marocains résidant à l'étranger, Nasser Bourita, et son homologue allemande Annalena Baerbock, le 25 août 2022 à Rabat. Crédit: MAP

Ich freue mich, Sie begrüSenß zu dürfen” (“Je suis heureux de vous accueillir”, ndlr). Une fois n’est pas coutume, Nasser Bourita entamé la conférence de presse en introduisant son hôte en allemand. Un témoignage, comme l’a affirmé quelques instants plus tard le ministre marocain des Affaires étrangères, de l’“importance particulière” de la visite effectuée par son homologue allemande Annalena Baerbock ce 25 août à Rabat. D’autant que l’hôte du jour a joué, selon le ministre, un rôle important dans “l’amélioration de la relation entre les deux pays” après la crise qui a secoué les relations Rabat-Berlin en mars 2021.

Le Maroc avait alors “gelé” sa coopération avec l’Allemagne à la suite d’une série d’incompréhensions sur le dossier du Sahara et sur la gestion du dossier libyen. Pour remettre à flot cette relation, il aura fallu, comme Nasser Bourita l’a rappelé, l’envoi d’une lettre du président allemand invitant le roi Mohammed VI à effectuer une visite dans son pays au mois de janvier.

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S’en était suivi une visioconférence au mois de février dernier lorsque Annalena Baerbock et Nasser Bourita avaient pu jeter les bases de leur rencontre de ce 25 août. Une rencontre qui devrait permettre, selon le ministre marocain des Affaires étrangères, de “donner une nouvelle dimension” à la relation entre les deux pays.

Coopérer pour solidifier

Désormais, les deux pays comptent relancer la relation sur de nouvelles bases. C’est du moins ce que suggère la déclaration conjointe scellant la visite d’Annalena Baerbock au Maroc. Une nouvelle base politique tout d’abord, puisque Rabat et Berlin ont convenu d’instaurer un “Dialogue stratégique multidimensionnel” devant se tenir tous les deux ans. “Une manière de nous assurer d’avoir le plaisir d’échanger régulièrement” a complété, sur le ton de l’humour, Annalena Baerbock en s’adressant à son homologue.

Ce dialogue devrait permettre aux deux pays de mettre en place différents axes de coopération, dans des domaines aussi variés que l’éducation, l’emploi, la promotion des questions liées au genre, ou encore l’agriculture. Durant leur intervention devant la presse, les deux ministres n’ont pas manqué de mentionner d’autres secteurs de coopération plus traditionnels, à l’image des questions sécuritaires, mais aussi de l’énergie.

À ce sujet, les deux diplomates ont particulièrement mentionné les potentialités du royaume dans les énergies renouvelables et plus particulièrement, l’hydrogène vert. Une manière sans doute de “barricader” la relation entre les deux pays contre toute instabilité ou incompréhension sur des dossiers politiques comme le Sahara ou la Libye.

Rabat et Berlin semblent vouloir éviter toute friture dans leur relation. La déclaration conjointe entre les deux pays affirme ainsi que ce dialogue stratégique devrait servir de “plateforme de discussion et de concertation sur les questions stratégiques d’intérêt mutuel, y compris les questions de sécurité et de développement régional”. La Libye est également directement mentionnée dans le document publié par les deux diplomaties, qui affirment leur volonté d’approfondir leurs échanges sur le dossier.

Le dialogue politique devrait couvrir une autre thématique d’une importance capitale pour le Maroc : le dossier du Sahara. À ce sujet, la déclaration conjointe insiste sur le fait que l’ONU reste la seule organisation habilitée à jouer un rôle dans la résolution du conflit. Dans la lignée de son rapprochement initié avec le royaume l’hiver dernier, Berlin a réaffirmé que le plan d’autonomie marocain représentait une “contribution importante” à la résolution du conflit du Sahara.

Ce rapprochement entre l’Allemagne et le Maroc n’est pas sans rappeler celui qui a eu lieu il y a quelques mois entre le royaume et les Pays-Bas. Les deux pays avaient alors multiplié les axes de coopération pour prémunir la relation de tout “désaccord”, comme nous le confiait un diplomate marocain. Pour Rabat, donc, la coopération semblerait être la solution à tous remous sur le sacro-saint dossier du Sahara.