Driss Lachgar reproche à son “camarade” socialiste Pedro Sanchez “l’atteinte aux relations de bon voisinage”

Les réactions des politiques marocains sur la crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne s’enchaînent. Le secrétaire général de l’USFP, Driss Lachgar, a opté pour une lettre adressée à son “camarade” socialiste Pedro Sanchez.

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Driss Lachgar au 60e anniversaire de l'USFP, en 2019. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Alors que la classe politique marocaine choisit de s’exprimer depuis quelques jours sur la crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne via les médias officiels ou la presse partisane, le secrétaire général de l’USFP, Driss Lachgar, s’est adressé directement au Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

Profitant du rapprochement idéologique des deux partis socialistes qu’ils dirigent, le patron du parti à la Rose a sorti tout le jargon classique de la gauche pour atteindre directement son homologue espagnol, à qui il s’adresse en tant que “camarade”.

Driss Lachgar ne manque pas de rappeler la position officielle du Maroc et celle de son parti sur tous les points de clivage entre les deux royaumes, allant de l’héritage colonial dans les provinces du sud du Maroc jusqu’à l’affaire Brahim Ghali, en passant par l’instrumentalisation médiatique de la crise migratoire de Sebta.

Droits humains à géographie variable

Driss Lachgar entame sa missive par le traitement réservé aux migrants ayant réussi à franchir les frontières de l’enclave de Sebta. “Je note également avec beaucoup d’amertume le comportement inhumain des forces d’occupation contre les migrants, en violation flagrante des droits de l’homme et des obligations de l’État espagnol au niveau européen concernant le dossier de l’immigration”, peut-on lire dans la lettre signée le 21 mai 2021.

Selon Driss Lachgar, le Maroc consent des efforts colossaux sur le plan juridique, sécuritaire et économique pour garantir aux migrants subsahariens une vie digne et paisible au Maroc

Ceci alors que le Maroc consent des efforts colossaux sur le plan juridique, sécuritaire et économique pour garantir aux migrants subsahariens une vie digne et paisible au Maroc, surtout au regard des maltraitances qu’ils subissent pendant leur trajet jusqu’aux frontières marocaines, ajoute-t-il.

Driss Lachgar en profite également pour reprocher à la Commission européenne la qualification de Sebta et Melilia comme “des terres européennes, oubliant qu’elles sont géographiquement en Afrique et qu’elles sont le vestige de l’histoire impérialiste et coloniale honteuse de nombreux pays européens”. Et d’appeler à une discussion et à un dialogue calme et raisonnable sur l’avenir de ces deux villes.

Instrumentalisation médiatique

Driss Lachgar déplore également “une campagne frénétique lancée par de nombreux médias espagnols contre le Maroc et les Marocains avec des descriptions racistes et blasphématoires qui contredisent les principes de l’éthique journalistique”, en faisant écho aux positions du gouvernement espagnol sur le dossier du Sahara marocain.

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Le secrétaire général de l’USFP dénonce une démarche conspirationniste visant à diviser et à encercler le Maroc, “chose qui s’est matérialisée par le soutien financier et médiatique aux séparatistes et la mise en place d’un axe Madrid-Alger”. Il en veut pour preuve “la falsification de l’identité de l’hôte de l’Espagne, le président du Front Polisario Brahim Ghali, qui a pénétré subrepticement sur le sol espagnol dans le but d’escroquer la justice de ce pays européen, faisant fi des intérêts et droits des victimes européennes qui ont porté plainte contre lui”. Il s’agit, selon Driss Lachgar, d’une atteinte aux relations de bon voisinage, de confiance et de partenariat liant les deux pays.

Et de rappeler également que l’opinion marocaine a du mal à croire le gouvernement espagnol sur les “raisons humanitaires” avancées pour justifier l’accueil de Brahim Ghali, en contradiction avec “l’absence totale de soutien aux réfugiés de Tindouf qui souffrent de la pauvreté et de l’absence de soins de santé, surtout en ces circonstances de crise sanitaire du Covid-19”.

En finir avec la responsabilité historique de l’Espagne

Driss Lachgar appelle aussi l’Espagne à se détacher de la responsabilité historique ou administrative espagnole sur les provinces sahariennes du Maroc, car cela “ne participe plus que de la nostalgie d’un passé colonial ignominieux et en contradiction avec les valeurs que nous défendons en tant que socio-démocrates”.

Il en veut pour preuve la reconnaissance par le monde entier, et surtout le secrétaire général de l’ONU, de la paix, de la sécurité et du développement qui règnent dans ces provinces. Il rappelle que “si les provinces du Sahara sont inscrites à la commission de décolonisation de l’ONU, c’est bien à l’initiative du Maroc pour se débarrasser de l’occupation espagnole”.

Driss Lachgar préfère cependant rester optimiste quant à l’issue de cette situation. “Je sais que la plupart de nos interlocuteurs et camarades savent à quel point le fait de perpétuer ce conflit et de l’alimenter nuit d’abord aux populations réfugiées en Algérie (à Tindouf)”, déclare-t-il.

Le secrétaire général de l’USFP appelle enfin l’Espagne à “cesser d’insulter le Maroc et à commencer à aborder la politique d’amitié et de bon voisinage dans le cadre de la clarté et de la responsabilité politique et morale au service de la paix, de la sécurité et de la coopération dans la région”.

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