Le ftour avec... Abdelmajid El Fassi : “Le projet de loi sur le kif est très similaire à celui que nous avons proposé en 2013”

Le député de l’Istiqlal et membre du Comité central du parti nous raconte ses petites habitudes ramadanesques à l’heure du ftour, et bien plus. Entretien.

Par

TNIOUNI/TELQUEL

TelQuel : Avant le ftour, vous êtes plutôt sport ou canapé ?

Abdelmajid El Fassi : Comme on dit en darija, “tanjib l’ftour” (attendre l’heure du ftour, ndlr) en me baladant un peu avec mes proches ou mes amis. Soit nous faisons des marches, soit nous sortons en dehors de Rabat où les paysages sont magnifiques. En général, c’est quelque chose que j’aime bien faire durant le ramadan.

Et lorsque le ftour approche, vous êtes derrière les fourneaux ou déjà à table?

J’ai des petites recettes que je fais à chaque fois. Ça peut être des salades ou des fruits. C’est un peu ma spécialité.

À l’heure du ftour, vous dévorez quoi en premier ?

Je commence par une datte. J’attends un petit peu pour que le corps s’adapte, et je mange ensuite directement.

Vous privilégiez donc un seul repas et non pas plusieurs pendant vos soirées ramadanesques…

Un seul au ftour. C’est le repas essentiel. Peut-être un fruit ou quelque chose d’autre avant de me coucher.

Et vous vous réveillez pour le shour ?

Je dors tard en général. Je prends du temps pour me réhydrater, car c’est très important de boire de l’eau après une journée de jeûne.

Pour l’animation, vous êtes plutôt télévision ou radio sur fond de tarrab al andaloussi ?

Je suis en train de lire le dernier livre de Michel Barnier, ancien négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit, intitulé La Grande illusion – Journal secret du Brexit. Quand j’étais président de l’Union internationale des jeunes démocrates (IYDU), nous avons organisé une conférence à Londres sur ce sujet, c’est donc un sujet qui m’intéresse. Sinon, je regarde beaucoup les reportages et les documentaires.

Vous êtes plutôt lectures spirituelles ou littéraires pendant le ramadan ?

Il n’y a pas de logique en fait. C’est en fonction du moment. Ça peut être un livre politique ou littéraire. 

Vous étiez pour que les cafés restent ouverts après le ftour ?

Il y a eu malheureusement une logique binaire dans la gestion de ce dossier. C’est soit, on ouvre soit on ferme. Ce n’est pas vraiment adapté à la situation. Pour moi, il aurait fallu maintenir le couvre-feu à 21 h et non pas à 20 h, et leur permettre ainsi de travailler entre 19 h et 21 h. Ils auraient pu proposer des ftours et créer de l’activité économique, car les gens auraient eu deux heures pour sortir. Et même ceux qui préfèrent rompre le jeûne à la maison auraient pu avoir une petite heure pour sortir prendre un café et changer d’air.

Pareil pour les mosquées ?

C’est plus compliqué, car il est quasi impossible de respecter la distanciation sociale dans les mosquées, ce qui représente quand même un danger. On se retrouve donc à prier chez soi pour éviter de prendre des risques.

Est-ce que ramadan change vos habitudes de manière générale ?

Le ramadan est le moment propice pour avoir du temps pour soi, réfléchir et se projeter. C’est un mois que j’apprécie beaucoup.

Vous avez été élu député sur la liste nationale des jeunes en 2016. Serez-vous candidat lors des prochaines élections de 2021 ?

Je n’ai pas encore pris de décision définitive. On donne la priorité aux députés sortants pour se représenter dans leurs villes et défendre leurs bilans. Ça limite quand même les choix et ça crée de la compétition autour des candidatures. Je suis donc en train d’étudier les différentes possibilités.

S’occuper d’un portefeuille ministériel avec l’Istiqlal à la tête du gouvernement : vous gardez cette idée dans un coin de votre tête ?

Il faut d’abord qu’on vous le propose. En général, l’homme politique essaye d’appliquer ses idées là où il se trouve. Effectivement, le gouvernement représente l’appareil exécutif qui permet de manière plus efficace d’appliquer ses idées et son programme.

Vous êtes membre de la Commission de l’Éducation nationale de la première Chambre. Comment évaluez-vous la gestion gouvernementale du dossier des enseignants contractuels ?

Le gouvernement a manqué de communication avec les enseignants contractuels. En tant que parti, nous avons une position claire depuis le début. Nous sommes contre l’utilisation massive des contrats dans l’Éducation nationale. On considère que cela crée de la précarité dans un secteur où il faut de la stabilité. C’est de l’avenir de nos enfants dont il s’agit.

Un ministre istiqlalien aurait-il traité autrement ce dossier ?

Un ministre istiqlalien aurait appliqué la position du parti, et aurait continué à créer des postes budgétaires pour les enseignants.

Sur la légalisation du kif, l’opposition de l’Istiqlal au parlement se retrouve en train de défendre un projet de loi que le premier parti de la majorité, le PJD, refuse de cautionner. Diriez-vous que nos islamistes ont du mal à comprendre cet enjeu pour le pays ?

Le groupe parlementaire de l’Istiqlal a présenté en 2013 une proposition de loi sur l’utilisation du kif à des fins thérapeutiques et industrielles. En général, le gouvernement ne prend pas en compte les propositions de loi. Nous avons malheureusement perdu huit ans. Quand vous lisez le projet de loi actuellement en discussion, il est très similaire à celui que nous avons proposé en 2013. Ce texte est fondamental pour la population locale, afin de trouver une solution pour qu’elle vive dans la dignité.

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