L’atterrissage réussi de Perseverance lance la quête de vie ancienne sur Mars

La Nasa a brillamment réussi le 18 février à poser sur Mars son rover Perseverance, le cinquième véhicule seulement à avoir réussi le voyage sans encombre, mais le premier à afficher comme objectif de trouver, dans les années à venir, une preuve de vie passée sur la planète rouge.

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Huit rétrofusées ont fini de ralentir le véhicule, le plus complexe et le plus gros (une tonne) jamais envoyé sur Mars, avant qu’il ne déploie ses six roues, suspendu le long de câbles jusqu’au contact avec le sol. Crédit: NASA

Atterrissage confirmé !”, s’est exclamée à l’heure prévue, 20 h 55 GMT, Swati Mohan, en charge du contrôle des opérations au Jet Propulsion Laboratory, à Pasadena en Californie.

Les cris de joie ont retenti dans la salle de contrôle, même si les équipes présentes étaient moins nombreuses qu’à l’accoutumée à cause de la pandémie de Covid-19. La Nasa a immédiatement communiqué deux photos prises par le rover sur place, en noir et blanc, dont une sur laquelle on peut voir l’ombre du véhicule projetée au sol.

Le président américain Joe Biden a salué un atterrissage “historique”, preuve selon lui du “pouvoir de la science” et de “l’ingéniosité américaine”Perseverance a parcouru plus de 470 millions de kilomètres en 203 jours. La manœuvre d’atterrissage était ultra-périlleuse et le site choisi, le cratère de Jezero, le plus risqué jamais tenté, en raison de son relief.

Après être entré dans l’atmosphère martienne à 20.000 km/h, les frictions avec l’air ont fait monter la température du vaisseau jusqu’à 1300°C. Le rover était protégé par un bouclier thermique, qui n’a été largué qu’après l’ouverture d’un immense parachute supersonique.

Perseverance a parcouru plus de 470 millions de kilomètres en 203 jours

Huit rétrofusées ont fini de ralentir le véhicule, le plus complexe et le plus gros (une tonne) jamais envoyé sur Mars, avant qu’il ne déploie ses six roues, suspendu le long de câbles jusqu’au contact avec le sol.

L’atterrissage était si parfait que Thomas Zurbuchen, administrateur associé pour la science à la Nasa, l’a souligné dans un geste mémorable lors de la conférence de presse post-atterrissage : “Chaque fois que nous atterrissons, nous avons deux plans, un que nous voulons réaliser, et un deuxième qui est juste ici”, a-t-il dit en tenant dans ses mains plusieurs feuilles de papier. “Voilà ce qu’on fait du plan non prévu”, a-t-il annoncé en les déchirant, sous les applaudissements.

“J’ai dû prendre quelques personnes dans mes bras (malgré le Covid-19), je m’en excuse”, a-t-il encore confié, disant avoir été “submergé par l’émotion”.

La Nasa promet une vidéo inédite

Pour la première fois, la mission “Mars 2020” de l’agence spatiale américaine a comme but explicite de trouver des traces de vie ancienne sur la planète rouge, en collectant pendant au moins deux ans jusqu’à une trentaine d’échantillons de roche.

Les tubes scellés devront ensuite être rapportés sur Terre par une future mission, dans les années 2030, afin d’être analysés et de peut-être enfin pouvoir répondre à “l’une des questions qui nous habitent depuis des siècles, à savoir : sommes-nous seuls dans l’univers ?”, selon Thomas Zurbuchen.

Les chercheurs pensent que le cratère de Jezero abritait, il y a 3,5 milliards d’années, un profond lac d’environ 50 km de large. Les premiers prélèvements devraient commencer cet été. Ils seront creusés dans différents milieux, notamment le rivage de l’ancien lac, et le delta formé par une rivière qui s’y jetait.

Le rover a atterri “environ deux kilomètres au sud-est du delta”, a précisé Ken Farley, scientifique du projet. “C’est un superbe endroit.”

Les scientifiques cherchent ce qu’ils appellent des biosignatures, comme des traces de vie microbienne fossilisées dans les roches. “Ou bien nous trouvons de la vie, et ce serait une découverte exceptionnelle, ou bien ce n’est pas le cas (…) et cela suggérera que tous les environnements habitables ne sont pas habités”, a-t-il prévenu. Et qu’il faudra chercher ailleurs. Les premiers mois de la mission ne seront toutefois pas consacrés à ce premier objectif.

Une fois le bras robotique de plus de deux mètres déployé et toute une série de vérifications faites, la Nasa veut d’abord prouver, dans quelques semaines, qu’il est possible de faire voler un engin motorisé sur une autre planète. Un hélicoptère, baptisé Ingenuity, devra arriver à s’élever dans un air d’une densité équivalente à 1 % de celle de l’atmosphère terrestre.

Deux micros devraient par ailleurs déjà avoir enregistré du son martien pour la première fois — ce qui devrait être confirmé d’ici vendredi matin. 

La Nasa fera aussi l’expérience de production d’oxygène directement sur place, grâce à un instrument de la taille d’une batterie de voiture fonctionnant un peu comme une plante, en aspirant le dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne. Cet oxygène pourrait servir à de futurs colons humains pour respirer, mais aussi de carburant. Un autre rover américain, Curiosity, est toujours en activité ailleurs sur la planète rouge.

Mais la Chine pourrait prochainement les rejoindre : elle a récemment placé sa sonde “Tianwen-1” en orbite autour de Mars, contenant un robot téléguidé qui devrait tenter d’atterrir vers mai.

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