You will die at 20 : quand une malédiction empêche de vivre

A travers une fresque pleine d’onirisme, le réalisateur soudanais Amjad Abou Alala interroge le poids que peuvent avoir les superstitions dans notre existence.

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You will die at 20
En 2019, ‘You will die at 20’ a reçu le Prix Luigi De Laurentiis du meilleur premier film à la Mostra de Venise. Crédit: DR

Et si une malédiction pendait au-dessus de notre tête, toute notre vie, quelle serait notre réaction ? Si l’on connaissait d’emblée le jour de notre mort, comment aborderions-nous chaque geste de notre quotidien ?

Des questions déconcertantes, des interrogations existentielles puissantes que nous nous sommes peut-être déjà posées. C’est à cet enfer que s’est attaqué le réalisateur soudanais Amjad Abou Alala, à travers son très poétique premier long-métrage, You will die at 20 (Tu mourras à 20 ans).

Dans la province d’Al Jazira, au Soudan, Sakina et Alnoor viennent d’avoir un enfant. Comme le veut la tradition, le couple, accompagné du nouveau-né, rend visite au cheikh du village pour lui demander la baraka de Dieu. Sakina lui présente son enfant, Mouzamil.

Au cours d’une cérémonie où l’on fait un décompte, un servant s’effondre au chiffre 20. Un silence éloquent s’installe. Des regards se dirigent vers les parents et l’enfant. Le verdict est prononcé par le cheikh : Mouzamil mourra à l’âge de 20 ans.

Conséquence : le père décide de s’exiler pour fuir la malédiction. La mère vivra seule avec ce fils maudit.

La force de la métaphore

Pour un premier long-métrage, le cinéaste nous offre un voyage immobile, dans un village où tout est figé. Où pratiquement rien ne se passe. Une fois cet espace installé, peut alors commencer un récit initiatique subtilement chorégraphié.

Affiche You will die at 20
Le film est disponible sur Netflix.Crédit: DR

Le personnage de Mouzamil évolue petit à petit dans une solitude déconcertante. Comme tous ceux qui connaissent un destin hors norme, Mouzamil se sent isolé du groupe. Personne ne veut de lui.

Sa douleur se manifeste à travers des images poétiquement servies : des traits parallèles sur un mur de la maison pour compter les années, le servant qui passe dans une barque comme Charon, le nocher des Enfers dans la mythologie grecque, Mouzamil seul dans la mosquée en train de psalmodier les versets coraniques de la naissance du prophète Yahya (Jean Baptiste)…

Un quotidien dur pour cet enfant qui n’a rien demandé. Qui peut ressentir sa souffrance, à part une mère qui le tient sur ses genoux comme la Vierge Marie l’avait fait 2000 ans auparavant avec Jésus ? Mais comme dirait le poète allemand Hölderlin, “là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve”.

C’est parce que Mouzamil est différent qu’une jeune fille, sa voisine, tombe amoureuse de lui. Comme une Marie-Madeleine, elle lui fait goûter les saveurs de l’amour, la puissance d’un baiser, les joies d’une promenade romantique…

La poésie du quotidien de Mouzamil ne s’arrête pas là. Il trouve son véritable réconfort en la personne de Suleiman, un ancien caméraman revenu au village. Une voix de la raison pour cet enfant devenu désormais adolescent.

À partir de cette amitié, Mouzamil découvre la puissance du cinéma et des films, et qu’une autre vie en dehors de ce village et son enfer est possible.

Après trente ans d’absence, le cinéma soudanais renaît de ses cendres. Comme le dernier plan du film où Mouzamil court derrière un camion, Amjad Abou Alala propose ce You will die at 20 comme une ode et un nouveau souffle d’un rare onirisme, espérant ainsi faire sortir le Soudan de sa léthargie.

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