Abdelhak Khiame quitte le BCIJ : retour sur un parcours de lutte antiterroriste

Selon plusieurs sources médiatiques, Abdelhak Khiame a été  remplacé ce 29 novembre à la tête du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ), qu’il dirigeait depuis sa création en 2015. Retour sur cinq années de lutte antiterroriste.

Abdelhak Khiame, directeur du BCIJ, a pris l’habitude de mener des conférences de presse spectaculaires, au siège du bureau à Salé. Crédit: RACHID TNIOUNI/TELQUEL

Vent de changement à la tête du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ). Selon plusieurs sources médiatiques, son directeur Abdelhak Khiame a été remplacé, ce 29 novembre, par Habboub Cherkaoui. Celui qui présidait aux destinées, depuis sa création en 2015, de cette institution relevant de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), se voit désormais confier une autre mission, tout autant stratégique : d’après Le360.ma, l’ancien patron de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) rejoint le cabinet d’Abdellatif Hammouchi à la DGST en tant que chargé de mission. 

En cinq ans, le bilan d’Abdelhak Khiame, 62 ans, se résume par le triptyque “vigilance, anticipation, action”. Une philosophie qu’il défendait dans ses nombreux entretiens accordés aux médias aussi bien nationaux qu’internationaux. “Le rapport avec les médias est le même que du temps où j’étais à la tête de la BNPJ, se justifiait-il en septembre 2015 dans les colonnes de TelQuel, jouant le jeu de la transparence. Je suis ouvert à toutes les questions”. 

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La menace terroriste, son cheval de bataille

En chiffres, le désormais ex-patron du “FBI marocain” peut se targuer – depuis la création du BCIJ jusqu’en octobre 2020 – d’avoir arrêté 1.267 terroristes et démantelé 80 cellules, dont 74 liées à l’Etat islamique (Daech), d’après des chiffres communiqués récemment par le Bureau au magazine Maroc Hebdo. A ces chiffres s’ajoutent également les 135 revenants des rangs de Daech, dont 113 en provenance de la zone syro-irakienne et 14 en provenance de la Libye. 

Pour autant, la menace terroriste, d’après Khiame, plane encore sur le royaume. “Nous sommes continuellement en alerte, relevait-il dans son dernier entretien accordé à Maroc Hebdo en octobre 2020. Le démantèlement de ces deux cellules (10 septembre et 5 octobre, ndlr) démontre clairement que les organisations terroristes persistent à vouloir commettre des attentats au Maroc. Le risque terroriste pèse énormément sur notre pays.” Face à cette menace, Abdelhak Khiam assurait que “les services de sécurité restent concentrés sur ce risque permanent qui guette le pays et redoublent d’efforts et de vigilance pour sauvegarder la sécurité de notre pays”. 

Malgré ces efforts, le royaume a été pourtant le théâtre d’un attentat jihadiste. Sept ans après l’attentat du café Argana à Marrakech et ses 17 morts, le terrorisme a frappé de nouveau le royaume en décembre 2018, lorsqu deux jeunes touristes scandinaves ont été décapitées à Sidi Chamharouch, dans la région d’Imlil, au nom du groupe Etat islamique. Un drame qui a changé les modes d’intervention du BCIJ. “Cet attentat nous a incités à agir et intervenir à l’avance et à ne pas attendre qu’ils décident de passer à l’acte, indiquait-il dans le même entretien. Car on ne sait pas à quel moment ils décideraient de le faire”. 

Prévenir plutôt que guérir 

Durant le mandat de Khiame, le royaume a été érigé en exemple dans la lutte contre le terrorisme. Le désormais ex-patron du BCIJ attribuait cette reconnaissance à une stratégie marocaine qui “ne comporte pas uniquement l’action sécuritaire”. Dans son entretien accordé à Maroc Hebdo, il y voit “une approche globale qui comprend d’autres volets, dont celui législatif, celui de la mise à niveau du champ religieux, de la lutte contre la précarité…

De cette approche est née une “collaboration étroite” entre les services de renseignements marocains et leurs homologues à l’étranger. “Nos services de renseignement ont cumulé une grande expérience, un savoir-faire et un savoir-agir, détaille Khiame dans le même entretien.  Il y a un échange de renseignements avec tous les pays amis, africains, arabes, occidentaux…” 

L’échange de renseignements avec la France, lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, en est assurément le plus emblématique. “Nous avons travaillé comme si c’était chez nous, nous confiait, en mars 2018, une source sécuritaire mobilisée lors de l’enquête sur ces attentats.  Nous n’avons pas dormi, et la fierté ressentie quand on épargne un bain de sang n’a pas d’égal.” 

Pour rappel, le “bain de sang” était prévu entre les 18 et 19 novembre de la même année, au quartier de la Défense près de Paris. Abdelhamid Abaaoud voulait se faire exploser au centre commercial des Quatre-Temps et son complice au commissariat de la Défense. Mais, le 18 à 4 heures du matin, le “terroriste belgo-marocain est tué à Saint-Denis dans un assaut des forces de police françaises, aiguillées par un renseignement des services marocains. La photo de la cousine d’Abaaoud, Hasna Aït Boulhacen, son identité et ses coordonnées sont livrées par les hommes de Hammouchi”, écrivait TelQuel en mars 2018.

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