“Casa Ma Belle” de Leila Msefer, un court-métrage en deux passions : l’architecture et le cinéma

Architecte de profession, mais aussi artiste et grande admiratrice du patrimoine art déco de Casablanca, Leila Msefer parle avec amour de cette ville. Et plus particulièrement de son trésor architectural, témoin d’une belle époque qui a fortement marqué l’histoire urbaine de la métropole.

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Ce contenu est une communication d’entreprise. Il n’a pas été rédigé par les journalistes de TelQuel.

Casa Ma Belle, son court-métrage, est justement un cri d’alarme qui revient sur une triste scène. Celle d’un chef-d’œuvre architectural de plus en plus délaissé en faveur des mafias de l’immobilier. Rencontre avec une architecte-artiste qui fusionne l’art, les styles et les époques avec… doigté.

Tout d’abord, pourriez-vous nous raconter en quelques mots le chemin qui vous a mené à l’architecture ?

Après un parcours académique classique, je rejoins l’école d’architecture à Paris aux Beaux Arts. Ma carrière professionnelle débute à Settat, précisément à l’Agence Urbaine de cette ville. En novembre 2000, je crée mon atelier d’architecture. Durant ma carrière professionnelle, j’ai eu la chance de gagner la confiance des bâtisseurs. J’ai réussi aussi à réaliser différents projets, notamment des écoles, des résidences, des immeubles, des villas… Aujourd’hui, je suis reconnue et appréciée pour mon expertise et mon savoir-faire.

Qu’est-ce qui vous a orientée vers le court-métrage ?

Je pense que c’est une fibre citoyenne. Au fil de ma carrière professionnelle, j’ai eu un sentiment d’un devoir toujours non accompli. Je me sens en fait redevable vis-à-vis de ceux auprès de qui j’ai appris beaucoup de choses sur les plans éducatif, culturel ou encore patriotique. Je pense notamment à ma famille, mes amis et mes enseignants. C’est une fibre citoyenne exigeante qui, décidément, ne me lâche plus.

À mon tour et en tant que citoyenne marocaine, j’ai éprouvé l’envie d’apporter ma touche à ma ville, à mon pays. D’ailleurs, depuis toute petite, j’ai adoré accompagner ma mère du côté du bd Mohamed V, Passage Sumica, marché central…. À Casablanca. Je prenais plaisir à admirer les beaux bâtiments, les magasins de jouets, les cinémas… Architecte, j’ai réalisé que ces chefs-d’œuvre, pour la plupart, se détérioraient petit à petit et manquaient d’entretien.

Je ne suis pas la seule à faire un tel constat aussi désolant. Des militants, des acteurs associatifs m’ayant précédée, se sont mobilisés et continuent à le faire pour la cause de ce beau patrimoine architectural casablancais. Voilà pourquoi, pour ma part, j’ai bien voulu réaliser mon premier court-métrage qui traite d’une problématique qui me tient à cœur. J’ai voulu passer des messages à travers le cinéma. D’autant plus que nous sommes dans une culture d’images, jusque là bannie. Mon amour pour le cinéma n’est pas d’ailleurs pour rien dans ce choix.

Parlez-nous de votre court-métrage…

J’ai choisi d’écrire et de réaliser une histoire qui me touche. C’est l’histoire de ces bâtiments historiques, ces chefs-d’œuvre qui pour la plupart dépérissent. Je ne voulais pas raconter l’histoire d’un bâtiment sans raconter celle des personnes qui y habitent. Des jeunes pour qui la sauvegarde du patrimoine est la dernière de leurs préoccupations et qui ne rêvent que de quitter cet immeuble. Les anciens occupants, eux, attachés à cet immeuble ne pouvant pas ou ne voulant pas quitter. Casa Ma Belle raconte l’histoire d’un bâtiment, mais aussi une histoire humaine.

Quelle est la problématique soulevée par ‘Casa Ma Belle’ ?

C’est la problématique des résidents de conditions matérielles modestes, qui vivent dans des bâtiments glorieux par le passé, mais qui offrent de moins en moins les commodités exigées par le mode de vie actuel. Ces bâtiments sont souvent dans un état de délabrement à cause du manque d’entretien. Et ce qui n’est plus fonctionnel n‘est pas forcément remis en état ni par les institutions ni par les habitants.

Casa Ma Belle revient sur ces chefs-d’œuvre d’architecture jusque là non suffisamment appréciés à leur juste valeur, mais qui représentent un appât pour des spéculateurs peu soucieux du patrimoine architectural de la ville de Casablanca. La problématique traitée dans ce court-métrage consiste principalement à attirer l’attention sur le risque de disparition petit à petit d’un trésor architectural, témoin d’une époque.

Pouvez-vous préciser la spécificité de cette époque ?

La construction d’immeubles à Casablanca a introduit un nouveau mode de vie, fondé sur la famille conjugale : le couple et ses enfants. Ce mode de vie auquel les Européens étaient déjà habitués, était nouveau pour nous Marocains habitués à habiter pour la plupart des maisons familiales.

À l’époque, les architectes venus d’Europe ont pu laisser libre cours à leurs inspirations, chose qui n’était pas facile en Europe. Ce qui a fait de Casablanca un véritable laboratoire d’architecture. Les chefs-d’œuvre soutenus par mon court-métrage méritent d’être protégés.

Soutenus par qui et protégés par qui ?

Soutenus par des citoyens non indifférents à l’une des grandes causes culturelles, architecturales, sociales et historiques de notre pays. J’estime que nous ne sommes pas invités dans notre propre pays. En tant que citoyens à part entière, à chacun d’entre nous d’apporter sa brique à l’édifice.

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