France : le déconfinement progressif en débat

Le Premier ministre français Édouard Philippe envisage une sortie progressive du confinement alors que la pandémie de coronavirus continue de déborder les hôpitaux de plusieurs régions, dont l’Ile-de-France, arrivée à saturation de ses capacités.

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Le Premier ministre Edouard Philippe dans l'hémicycle le 31 mars 2020 pour les questions au Parlement. Crédit: Yoan Valat/POOL/AFP

Le Premier ministre Édouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran étaient auditionnés en fin de journée ce mercredi 1er avril par visioconférence, par la toute nouvelle mission d’information de l’Assemblée nationale sur la gestion gouvernementale de la crise.

Interrogé sur le processus et le calendrier envisagés pour la fin du confinement, pour l’heure imposé jusqu’au 15 avril, Édouard Philippe a estimé “probable que nous ne nous acheminions pas vers un déconfinement général et absolu, en une fois et pour tout le monde”, tout en indiquant que cette stratégie devrait faire l’objet d’un débat.

Selon le dernier bilan officiel, l’épidémie a tué en France 3.523 personnes hospitalisées, et le nombre de patients en réanimation a plus que doublé en une semaine pour dépasser mardi 31 mars au soir 5.500 malades nécessitant des traitements lourds.

Hôpitaux à bout de souffle

Nous avons passé une nuit extrêmement difficile, nous sommes au bout de nos capacités d’hospitalisation”, a déclaré mercredi 1er avril Aurélien Rousseau, directeur général de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. “En Ile-de-France, il y a 1.200 lits de réanimation. À l’heure où je vous parle, on a 2.700 malades en réanimation”, a-t-il indiqué sur Franceinfo.

“Nous nous sommes tous beaucoup trompés sur la gravité de la maladie”

Philippe Juvin, chef d’urgences

Il a également évoqué un “risque réel” de pénurie de certains produits, comme la morphine et les antibiotiques, avec une “tension globale” sur certaines molécules comme le curare, nécessaire pour immobiliser les patients intubés. Cette situation impose de transférer des patients vers des régions pour le moment moins frappées. Ainsi, 36 malades ont été évacués à bord de deux TGV dans la matinée vers Rennes, Saint-Brieuc et Brest, en Bretagne.

Erreurs de jugement

Nous nous sommes tous beaucoup trompés sur la gravité de la maladie”, a reconnu sur CNews Philippe Juvin, chef des urgences à l’hôpital Georges Pompidou, également président de la fédération LR des Hauts-de-Seine. “Une fois qu’on aura gagné la lutte, on pourra faire le bilan de pourquoi on en est arrivé là, pour faire en sorte que ça n’arrive pas de nouveau.

Une infirmière surveille l’installation d’un malade dans un train médicalisé à la Gare d’Austerlitz à Paris, le 1er avril 2020.Crédit: Thomas Samson/POOL/AFP

Un tiers des décès enregistrés dans les hôpitaux en 24 heures l’ont été en Ile-de-France, sur laquelle l’épidémie déferle après avoir frappé très durement l’est du pays. Les transferts de patients constituent “une excellente solution : pour donner de l’oxygène aux hôpitaux parisiens, il faut envoyer nos patients dans des zones où la maladie ne devrait pas arriver d’ici 2 ou 3 semaines”, a expliqué Philippe Juvin, jugeant la situation en Ile-de-France “extrêmement tendue”.

Depuis la première opération de ce type le 18 mars, “288 patients lourds ont été transférés vers des régions moins en tension et ce nombre est amené à progresser dans les jours et semaines qui viennent”, avait indiqué mardi le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

TGV médicalisé, masques, respirateurs…

Un nouveau TGV médicalisé doit évacuer, vendredi 3 avril, des patients de la région Grand est, toujours saturée, et l’Autriche va à son tour accueillir au moins trois patients français transférés depuis cette zone. Le directeur de l’ARS se dit cependant confiant, estimant que la région devrait connaître une diminution des hospitalisations pendant la deuxième quinzaine d’avril.

La France a commandé un milliard de masques livrés par “pont aérien” avec la Chine

La France a commandé un milliard de masques livrés par “pont aérien” avec la Chine. Une nouvelle cargaison de 12 millions de masques est attendue ce mercredi 1er avril. En outre, un consortium d’industriels s’est créé avec l’objectif de fabriquer d’ici mi-mai 10.000 respirateurs.

Alors que les congés scolaires de la Zone C (Ile-de-France et Occitanie) commencent vendredi 3 mars au soir, les élèves concernés et leurs parents, confinés depuis 16 jours, ne pourront pas partir en vacances, a rappelé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. “Tout abus sera sanctionné”, a-t-il prévenu.

Les forces de l’ordre ont réalisé environ 5,8 millions de contrôles depuis le début du confinement le 17 mars et dressé 359.000 procès-verbaux pour non-respect des mesures.

Un pays au ralenti

Difficile toutefois de se déplacer avec une offre ferroviaire réduite à 6 % de sa capacité (45 TGV quotidiens contre 700 d’ordinaire). L’aéroport d’Orly, fréquenté par 32 millions de passagers en 2019, a lui fermé ses portes mardi 31 mars au soir pour une durée indéterminée.

Sur le plan économique et social, 337.000 entreprises ont demandé à avoir recours au dispositif du chômage partiel, pour 3,6 millions de salariés, soit un salarié du privé sur cinq. Selon l’entourage de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, cela représenterait une dépense potentielle de 11 milliards d’euros sur une durée de trois mois, bien plus que les 8,5 milliards prévus par le projet de loi de finances rectificative.

Et face à cette crise qui n’en finit pas d’inquiéter, la Bourse de Paris a encore perdu 4,30 %.

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