Le Maroc manquera-t-il de matières premières chinoises pour ses médicaments ?

L’épidémie de coronavirus fait courir un risque sur la fabrication de médicaments au Maroc, qui dépend en grande partie de matières premières (principes actifs et excipients) importées de Chine.

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L’arrêt d’une majorité des usines chinoises suite à la propagation du Covid-19 (coronavirus) pourrait avoir un impact sur les stocks de médicaments au Maroc. La Chine est en effet, avec l’Inde, le plus gros pays importateur de composants utilisés dans l’industrie pharmaceutique mondiale. Et le Maroc est particulièrement concerné.

Sur le marché marocain, plus de 90 % des principes actifs et excipients utilisés dans la fabrication de nos médicaments proviennent d’Asie, Chine et Inde en tête. Quelques produits finis sont également importés de ces pays”, explique à TelQuel Ali Sedrati, président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP).

Crainte commune

Traitements anti-infectieux, antibiotiques, médicaments utilisés en cardiologie ou traitements contre le cancer… Les importations de composants “made in China” concernent la majorité des classes de médicaments. “Nous partageons la même inquiétude que beaucoup d’autres pays étrangers, notamment européens, quant à notre capacité d’approvisionnement en matières premières”, ajoute-t-il.

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Le 27 février, la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité américaine des denrées alimentaires et des médicaments, avait fait état d’un premier cas de pénurie de médicaments sur le territoire américain, directement lié à l’épidémie de coronavirus. Elle a néanmoins refusé de divulguer le nom du médicament et de son fabricant, ainsi que le lieu de fabrication du produit ou de ses ingrédients, affirmant qu’elle ne pouvait pas révéler “des informations commerciales confidentielles”. La FDA a placé 20 autres médicaments sous surveillance, en raison d’un risque potentiel de pénurie.

Stocks de sécurité

Pour l’instant, cependant, les patrons de laboratoires restent confiants et ne parlent pas de pénurie. “Nous n’avons enregistré aucune pénurie”, témoigne Mohamed El Bouhmadi, président du laboratoire pharmaceutique Zenith Pharma, implanté à Casablanca. “Sur les 200 matières premières (principes et excipients) que nous importons, seules deux sont importées de Chine. Pour ces deux matières, nous avons une couverture de 12 mois. Les autres matières sont importées d’Europe ou d’Inde”, détaille-t-il.

Interrogé sur le risque de rupture de stock, M. El Bouhmadi assure que le laboratoire dispose de “stocks de sécurité et de sources alternatives” de matières premières. “Nous tenons des réunions hebdomadaires de gestion de risque, en fonction de l’évolution de la pandémie”, ajoute-t-il.

“Le plan B, comme pour les pays européens, c’est de voir comment on peut relocaliser la production et reprendre la maîtrise de ces produits”

Ali Sedrati, président de l’AMIP

Amine Benabderrazik, directeur de Sanofi Maroc, se veut lui aussi rassurant. “En ce qui nous concerne, la majeure partie des matières premières que nous importons vient de nos propres usines, implantées notamment en France et en Italie, et nous avons suffisamment de stock”, explique-t-il, rappelant que la problématique de la dépendance aux pays asiatiques en la matière ne date pas de la crise du coronavirus.

Cela fait des années que certains acteurs pharmaceutiques pointent du doigt cette dépendance, mais pour notre part, nous ne dépendons pas de la Chine et de l’Inde”, poursuit le manager. Le laboratoire pharmaceutique assure par ailleurs avoir mis en place un plan de continuation de l’activité dans le cas où l’épidémie serait plus inquiétante.

Tous les stocks sont assurés au moins pour les trois mois à venir, comme prévu par la réglementation”, confirme de son côté le président de l’AMIP, mais la situation pourrait devenir problématique si l’arrêt des usines chinoises persiste. “Si la crise perdure, qu’en sera-t-il de notre approvisionnement ? Le plan B, comme pour les pays européens, c’est de voir comment on peut relocaliser la production et reprendre la maîtrise de ces produits”, explique-t-il.

Une relocalisation aurait cependant des répercussions sur les prix des médicaments, puisque la production se ferait pour des quantités plus réduites, dans des usines plus petites. “Les médicaments risqueraient de subir des hausses de prix, les fournisseurs internationaux imposant leurs propres prix. Si c’est produit localement, les prix seront encadrés”, souligne Ali Sedrati.

Pour lui, le Maroc a donc tout intérêt à réduire sa dépendance envers la Chine, qui compte aujourd’hui plus de 3.000 sites de production de principes actifs pharmaceutiques, en appuyant au maximum l’investissement local.

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