Dans le rouge, le journal Akhbar Al Yaoum joue sa survie

Subvention publique accusant du retard, boycott publicitaire et rumeurs de vente… Le quotidien Akhbar Al Yaoum, affaibli, tire la sonnette d’alarme.

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Une d'Akhbar Al Yaoum. Crédit: DR

En proie à des difficultés financières, Akhbar Al Yaoum tire la sonnette d’alarme. Dans son édition du 5 février, le quotidien fait état d’“exclusion” du fonds d’aide publique octroyé à la presse écrite (print et digitale).

“Nous ignorons la raison pour laquelle nous avons été exclus de l’aide publique instituée par la loi, même si notre dossier a été déposé dans les délais et qu’il respecte les formalités légales”, peut-on y lire.

À cette période, cette subvention est censée avoir renfloué les comptes de la Caisse de sécurité sociale, couvert les arriérés de salaires des employés de nos supports, ainsi qu’une partie de nos obligations auprès de nos créanciers.

“Il y a quelque chose qui cloche”

Pour le directeur de publication du journal, Younes Masskine, cette situation inconfortable “laisse perplexe”. “Nous avons présenté notre dossier complet, il était recevable. Fin décembre, nous avons même eu une confirmation de sa validation. Cela nous a grandement rassurés, vu la conjoncture. Sauf qu’au début de l’année 2020, nous avons eu écho que plusieurs supports avaient reçu leurs subventions, et le doute a commencé à s’installer”, nous raconte le journaliste.

“Nous avons eu écho que plusieurs supports avaient reçu leurs subventions, et le doute a commencé à s’installer”

Younes Masskine, directeur de publication

Nous avons contacté les responsables au niveau du ministère de la Communication, adressé des courriers officiels au gouvernement, personne n’était en mesure de donner des réponses claires à nos interrogations. Certains ont évoqué des problèmes techniques, mais c’est trop vague. On aurait préféré qu’on nous fixe une date précise pour avoir de la visibilité, mais il y a quelque chose qui cloche”, ajoute-t-il, un brin exaspéré.

Subvention publique : retard ou exclusion ?

Selon une source proche du dossier, le groupe d’Akhbar Al Yaoum fait bel et bien partie de la liste des bénéficiaires de la subvention publique, et le retard de versement est simplement “dû à la procédure de mandatement qui prend du temps, ce qui est valable pour d’autres supports”.

Ce à quoi Younes Masskine rétorque : “On comprend tout à fait que les procédures administratives prennent du temps, mais ce qu’on ne comprend pas, c’est pourquoi les cas d’Akhbar Al Yaoum et Al Yaoum24 sont au ralenti. Aujourd’hui, on veut simplement être fixés. Va-t-on avoir ce financement ou pas ? Si c’est négatif, pourquoi ? et si c’est positif, quand est-ce qu’on va percevoir cet argent dont nous avons besoin ? C’est assez simple. Nous attendons une réponse.

“Le boycott publicitaire est un fait avéré chez nous. Nous avons des données et statistiques qui le prouvent”

Younes Masskine, directeur de publication

Depuis l’arrestation du fondateur du quotidien Taoufik Bouachrine, et sa condamnation à 15 ans de réclusion pour, entre autres, “traite humaine”, les annonceurs se font de plus en plus rares. “Le boycott publicitaire est un fait avéré chez nous. Nous avons des données et statistiques qui le prouvent. Les principaux annonceurs publics tout comme privés se sont retirés. Il y a même ceux qui ne veulent plus régler ce qu’ils nous doivent. ”, affirme le directeur de publication du canard.

La zizanie au sein du groupe

Cette crise post-condamnation de Taoufik Bouachrine est telle que vers la fin de l’année 2019, les salaires des journalistes et autres employés du groupe accusaient des retards allant jusqu’à deux mois. “Pour ce début d’année, le versement des salaires accusera seulement une semaine de retard”, nous confie la même source.

“Il y a certaines parties, que je ne citerai pas, qui tentent par tous les moyens de monter les employés d’Akhbar Al Yaoum les uns contre les autres”

Younes Masskine, directeur de publication

Au-delà de la situation financière asphyxiante, Younes Masskine fait aussi état de tentatives d’ébranler la cohésion du groupe. “Il y a certaines parties, que je ne citerai pas, qui tentent par tous les moyens de monter les employés d’Akhbar Al Yaoum les uns contre les autres. Ils font croire que le journal va fermer, font des propositions financières alléchantes pour convaincre le personnel de quitter. Ils ont même essayé de faire croire qu’on avait bel et bien perçu la subvention d’aide et qu’on le cachait à une partie des employés”, raconte le journaliste. Et d’ajouter, las : “Cette situation est insensée ! On a certes des difficultés financières, mais ces tentatives de semer la zizanie ne sont pas innocentes.

Akhbar Al Yaoum, vendu ou pas ?

Sur fond de troubles qui handicapent le journal, plusieurs médias, dont Al Ahdath Al Maghribia et Al3omk, ont affirmé que “Taoufik Bouachrine a proposé à Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, d’acheter le journal et son groupe médiatique (…) afin de sortir de la crise financière que vit le groupe depuis l’incarcération de son directeur en février 2018”.

Le site d’information Al3omk poursuit : “Taoufik Bouachrine attend la réponse du ministre pour conclure le deal ou chercher un autre acheteur”. Contacté par TelQuel, l’actionnaire du groupe de presse Akhbar Al Yaoum, Asmae Bouachrine, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette question.

Moncef Belkhayat “dément formellement toute tractation ou discussion en vue du rachat du groupe Akhbar Al Yaoum”. Fin décembre, l’ancien ministre des Sports et Moulay Hafid Elalamy ont acté la fusion de leurs groupes médiatiques respectifs. Horizon presse, la nouvelle structure, gère désormais neuf titres, dont Les Inspiration Éco et Le Site Info.

Pour rappel, le fondateur du quotidien Akhbar Al Yaoum, Taoufik Bouachrine, a été condamné à 15 ans de réclusion par la Cour d’appel de Casablanca qui l’a jugé coupable de violences sexuelles qu’il a toujours niées en dénonçant un “procès politique”. Le journaliste avait été condamné à 12 ans de prison ferme pour “traite d’êtres humains”, “abus de pouvoir à des fins sexuelles” et “viol et tentative de viol” en première instance, en novembre 2018.

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