Au Maroc, les ménages encore plus pessimistes qu’en 2018

Chômage, coût de la vie, épargne, droits de l’Homme ou encore protection de l’environnement… À en croire les résultats de la dernière enquête de conjoncture du HCP, les ménages marocains avaient en 2019 une opinion plus pessimiste que l’année précédente.

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Yassine Toumi/TelQuel

En 2019, le moral des ménages marocains s’est dégradé. C’est ce qu’indiquent les résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages, publiée ce lundi 20 janvier par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Selon l’enquête, le pessimisme persiste chez les familles marocaines en raison du chômage, du coût de la vie et de l’épargne, entre autres. “Ce ressenti négatif est constaté aussi au niveau de l’évolution, entre 2018 et 2019, de la situation des droits de l’Homme, de la protection de l’environnement et de la qualité des services sociaux”, révèle l’étude.

Indice de confiance en chute libre

Ce constat est basé sur l’Indice de confiance des ménages (ICM) qui s’est établi à 77,8 points au quatrième trimestre 2019, au lieu de 79,8 points une année auparavant. En détail, 43 % des ménages ont déclaré ressentir une dégradation du niveau de vie au cours des 12 derniers mois, 34 % un maintien au même niveau et 23 % une amélioration. “Le solde d’opinion sur l’évolution passée du niveau de vie est resté négatif, à moins 20 points” pendant le quatrième trimestre 2019, contre “moins 13,3 points au même trimestre de l’année passée”.

Pour ce qui est des 12 prochains mois, 28,8 % des ménages s’attendent à une dégradation du niveau de vie, 44,5 % à un maintien au même niveau et 26,7 % à une amélioration. Ces chiffres montrent toutefois une attente d’amélioration du niveau de vie en 2020. Le solde d’opinion relatif à cet indicateur passe à moins 2,2 points lors du quatrième trimestre 2019, au lieu 9 points le même trimestre de l’année 2018, indique le HCP.

Pas le moment d’acheter

Ce n’est pas le cas au niveau de la perception des ménages de l’évolution du chômage. Au quatrième trimestre de 2019, 79,5 % contre 7,9 % des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des 12 prochains mois. Le solde d’opinion est resté ainsi négatif à moins 71,6 points, contre moins 70 points un an auparavant, souligne l’enquête.

Aussi, la majorité des ménages estime que la conjoncture est “peu favorable à l’achat des biens durables”. Au quatrième trimestre de 2019, “55,6 % contre 26,3 % des ménages considèrent que le moment n’est pas opportun pour effectuer des achats de biens durables”. Le solde d’opinion de cet indicateur est ainsi resté négatif, passant à moins 29,2 points contre moins 36,7 points le même trimestre de l’année 2018.

Au niveau de leur situation financière, les ménages sont légèrement plus optimistes. Au quatrième trimestre de 2019, 65,6 % des ménages estiment que leurs revenus couvrent leurs dépenses, 30,4 % déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne et 4 % affirment épargner une partie de leur revenu. “Le solde d’opinion relatif à la situation financière actuelle des ménages est resté ainsi négatif, à moins 26,4 points contre moins 28,4 points une année auparavant”, indique l’enquête du HCP.

Pour ce qui est de l’évolution de leur situation financière au cours des 12 derniers mois, 31,4 % contre 9,3 % des ménages considèrent qu’elle s’est dégradée. Cette perception reste négative, avec un solde d’opinion de moins 22,1 points, en dégradation par rapport au même trimestre de l’année précédente où il enregistrait moins 20,7 points. Quant aux au 12 prochains mois, 27,6 % (contre 11,7 % en 2019) des ménages marocains s’attendent à une amélioration de leur situation financière.

Dégradation des droits de l’Homme

En plus des indicateurs trimestriels, le HCP calcule aussi “à la fin de chaque année le solde relatif à la perception par les ménages de certaines composantes de leur environnement, dont la variabilité n’est pas significative d’un trimestre à l’autre”. Il s’agit de l’évolution, entre 2018 et 2019, de l’opinion des ménages sur la situation des droits de l’Homme, la protection de l’environnement et la qualité de certains services publics. En 2019, 23,8 % des ménages pensaient ainsi que la situation des droits de l’Homme au Maroc s’était dégradée (contre 18,7 % en 2018). “Le solde relatif à cet indicateur a enregistré ainsi une détérioration significative, passant de 22,8 points à 7,0 points entre 2018 et 2019”, explique le HCP.

Les ménages marocains sont aussi plus nombreux à avoir une opinion négative des prestations administratives. En 2019, ils étaient seulement 54 % à voir une amélioration de ces services, contre à 58,9 % en 2018. “Le solde qui résume cette opinion s’est dégradé entre 2018 et 2019, passant de 43,2 points à 36,6 points”, souligne-t-on.

Pour ce qui est de l’opinion des ménages sur l’évolution de la situation en matière de protection de l’environnement, elle s’est également détériorée en 2019. Ici, le solde d’opinion a enregistré 16,9 points en 2019, au lieu de 20,5 points en 2018. Même constat pour la qualité des services de l’enseignement. En 2019, ils étaient 52,2 % contre 19,1 % des ménages à ressentir une dégradation de la qualité des services de l’enseignement. “Le solde relatif à cet indicateur s’est détérioré en passant de moins 12 points en 2018, à moins 33,1 points en 2019, enregistrant ainsi son niveau le plus négatif depuis le début de l’enquête”, conclut le HCP.

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