A Marrakech, un forum pour penser la mobilité de demain

A Marrakech, un forum pour penser la mobilité de demain

Marrakech a accueilli, le 26 novembre, une conférence sur la mobilité durable organisée par Autoroutes du Maroc. La rencontre marque l’avancée des mesures prises en faveur d’une mobilité plus sûre, et témoigne des efforts déployés par l’entreprise publique pour contrecarrer l’impact du changement climatique sur la fiabilité du réseau routier.

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Anouar Benazzouz, directeur général d'ADM, lors de la conférence internationale pour la mobilité durable.

Au cœur du Beverly Hills de Marrakech — l’Hivernage —, où se côtoient boutiques et hôtels de luxe, c’est dans une salle de conférence comble qu’Anouar Benazzouz, directeur général d’Autoroutes du Maroc (ADM), donnait le ton de la troisième édition de la Conférence internationale sur la mobilité durable à Marrakech, le 26 novembre.

D’emblée, le centralien nommé par le roi à la tête d’ADM en 2014 déclare : “Nous ne pouvons pas attendre lorsqu’il s’agit du réchauffement climatique. C’est une affaire urgente qui décidera de ce que nous laisserons aux générations futures.” Anouar Benazzouz a également profité de son intervention pour rappeler les engagements du Maroc dans la lutte contre le réchauffement climatique, notamment par la ratification de l’accord de Paris.

“La durabilité a un lien avec l’avenir parce qu’il nous faut penser des routes qui vont durer. Elle a également un lien avec la sécurité, parce que l’on cherche à préserver la vie”

Anouar Benazzouz

Sous le thème “Transport routier et mobilité durables pour un avenir durable”, l’événement rassemble acteurs des secteurs public et privé, chercheurs et acteurs associatifs dans le but de “débattre des enjeux de la mobilité durable, de sensibiliser les parties prenantes, et d’initier une réflexion pour le développement d’un écosystème autour de la sécurité du transport routier et de la mobilité durable”.

Mais qu’est-ce que la mobilité durable ? “La durabilité a un lien avec l’avenir parce qu’il nous faut penser des routes qui vont durer. Elle a également un lien avec la sécurité, parce que l’on cherche à préserver la vie”, explique Anouar Benazzouz. Pour le patron d’ADM, la durabilité de la mobilité est garantie par des infrastructures sûres et respectueuses de l’environnement, et la satisfaction d’usagers responsables sur les routes. Afin de faire face aux enjeux de la route de demain, ADM a misé sur des programmes renforcés par une expertise locale et internationale.

Une autoroute verte

Le changement climatique a une grande influence sur les infrastructures en général, que ce soit les routes, les autoroutes, ou les barrages… Il y a deux risques majeurs : l’inondation et le glissement des ouvrages”, alerte Abdelkrim Derradji, directeur de l’académie des Autoroutes du Maroc.

En 2010, après des inondations à Casablanca, ADM réalise que l’érosion au niveau des talus compromet la sécurité des usagers. L’ampleur que prend le phénomène pousse l’entreprise publique à initier une réflexion sur une technique de stabilisation des sols. “ADM a réalisé qu’il était important de faire des recherches techniques après l’inondation de l’axe routier Rabat-Casablanca en 2010. Avec l’aide de l’agence de coopération internationale allemande GIZ et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), nous avons développé une technique”, affirme Abdelkrim Derradji. La solution dite “végétalo-biologique” consiste à faire pousser des plantes autochtones sur les talus.

“L’idée, c’est que s’il y a de bonnes idées ailleurs, il faut qu’on les reprenne au Maroc et qu’on les partage avec le reste du continent africain”

Anouar Benazzouz

Les plantes interviennent par leurs couverts végétaux en atténuant l’impact et l’agressivité de la pluie, mais aussi en créant un maillage avec leurs racines, qui protège le sol de l’érosion”, a indiqué pour sa part Chawki Faiz, ex-directeur de recherche à l’INRA, précisant que “les plantes permettent de purifier l’air des émissions de carbone des voitures”.

Grâce au maillage de leurs racines, ces espèces sauvages et locales stabilisent les sols. Ce projet est basé sur la multiplication des semences sauvages par les agriculteurs riverains des autoroutes. La végétalisation concerne jusqu’à 10 000 hectares de terrain et permet, par ailleurs, de créer des emplois pour les agriculteurs.

Pour stabiliser un mètre carré de sol, il faut environ 120 dirhams, et quand on a 10000 hectares, il faut des milliards. Avec notre technique, stabiliser un mètre carré coûte 14 dirhams le mètre. Nous avons réussi à diviser le prix par 10!”, s’exclame Abdelkrim Derradji. “Ce projet a un impact social, parce qu’il est bénéfique pour l’agriculteur mitoyen et qu’il assure la sécurité des usagers; un impact économique parce que son coût est extrêmement avantageux pour nous; et un impact climatique parce que les plantes autochtones absorbent les émissions de carbone des voitures qui traversent l’axe routier”, poursuit-il.

… et sûre

ADM a multiplié les partenariats avec plusieurs organismes internationaux, dont le pôle routier du géant de la concession et de la construction français VINCI Autoroutes. Les deux concessionnaires avaient signé un partenariat il y a trois ans, dans une optique de partage des savoir-faire en matière d’automatisation du péage, et se sont engagés, depuis, sur d’autres projets communs. “L’idée, c’est que s’il y a de bonnes idées ailleurs, il faut qu’on les reprenne au Maroc et qu’on les partage avec le reste du continent africain”, explique Anouar Benazzouz.

“Les distracteurs au volant comme le téléphone, les messages, les mails, les SMS ou les échanges téléphoniques sont une catastrophe”

Pierre Coppey

Le projet “autoroutes à bas carbone”, initié par VINCI, a ainsi permis l’inclusion du Maroc dans un baromètre de la conduite responsable, réalisé par l’entreprise de sondage IPSOS. D’après ce baromètre, 57 % des conducteurs téléphonent avec un kit mains libres ou Bluetooth, contre 35 % qui préfèrent tenir leur téléphone. 25 % manipulent leur GPS ou une application de navigation au volant, et 18 % envoient ou lisent des SMS ou des e-mails au volant. “Les distracteurs au volant comme le téléphone, les messages, les mails, les SMS ou les échanges téléphoniques sont une catastrophe qui représente un risque important d’inattention!”, alerte Pierre Coppey, président de VINCI Autoroutes et de la Fondation VINCI Autoroutes en France.

Les conducteurs sont également nombreux à s’assoupir au volant. “On est tous résignés à s’endormir devant notre téléviseur, mais chacun se croit plus fort au volant”, déplore le président de VINCI Autoroutes, sachant que 55 % des automobilistes marocains reconnaissent s’être déjà sentis très fatigués mais avoir tout de même pris le volant. Selon lui, la personne la plus civique est capable de comportements assez navrants au volant. Le dire et le savoir est une façon d’en prendre conscience et de progresser.

L’intérêt de la réalisation de ces études par les concessionnaires autoroutiers réside dans la proximité qu’ils entretiennent avec les usagers. “Nous sommes en contact quotidiennement avec des millions d’usagers, auprès desquels nous avons la capacité à la fois de publier des messages de prévention et d’inciter à l’adoption de comportements favorables à la mobilité durable”, explique Pierre Coppey.

Ipso facto, les chiffres dévoilés par l’étude ont vocation à identifier les conduites à risque et les bonnes pratiques pour contribuer à mieux orienter les messages de prévention dans le royaume”, précise le président de VINCI Autoroutes.

 

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