Raja-Wydad 1956/1957, le premier derby du reste de leur vie

Raja-Wydad 1956/1957, le premier derby du reste de leur vie

A quelques jours d’une confrontation au sommet entre le Raja et le Wydad, pour le compte de la coupe Mohammed VI, TelQuel a sélectionné les cinq derbys les plus marquants. Pour ce premier voyage dans le temps, focus sur la genèse d’une rivalité, à l’heure du premier championnat marocain post-indépendance.

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L'équipe du Raja, saison 1956/1957. Crédit: DR

A compter de ce match, plus rien ne sera comme avant. La saison 1956-1957, ouverture du premier championnat marocain post-indépendance, va poser les premiers jalons de la rivalité entre les deux frères ennemis casablancais.

Le contexte

Une première où les deux équipes ne se présentent pas tout à fait armées de la même manière. D’une part, le Wydad, club déjà auréolé de plusieurs titres depuis sa création en 1937, arrive en grandissime favori. Lors des dix dernières années, celui qui est considéré comme le premier club marocain de football a remporté quatre titres de champion du Maroc, se positionnant également à trois reprises à la place de dauphin. Un premier sacre glané lors de la saison 1947-1948, avec une équipe comportant le plus grand nombre d’“indigènes” — statut que les supporters du Raja contestent — à une époque où la majorité des équipes du championnat étaient composées d’Européens. En chef d’orchestre de cet exploit, un certain Mohamed Ben Lahcen Affani, plus connu sous le sobriquet de “Père Jégo” ou encore “Jégo la science”.

A l’heure où le Wydad signe une victoire symbolique, fierté du nationalisme marocain, le Raja n’est même pas encore embryonnaire

A l’heure où le Wydad signe une victoire symbolique, fierté du nationalisme marocain, le Raja n’est même pas encore embryonnaire. Le club, fondé en 1949 par la résistance marocaine, démarre en Division d’honneur et parvient à se hisser, en deux saisons, en première division. Un perchoir qu’il ne quittera plus, ne parvenant toutefois pas encore à concurrencer, avant l’indépendance, la domination sportive du Wydad.

D’autant qu’après avoir gagné son ticket lors du critérium organisé par la Fédération royale marocaine de football, en marge du tout premier championnat, Père Jégo ralliera le banc des Verts. Ce dernier quitte le Wydad Casablanca avec une amertume profonde. Quelques années plus tôt, et en même temps qu’il offrait aux Rouges leur quatrième sacre national, en 1952, les joueurs avaient voté le départ de Père Jégo lors d’un rassemblement extraordinaire. Une trahison qui prendra un goût particulier cette saison de 1956/1957.

Pourquoi c’est l’un de nos derbys les plus mythiques

Tout simplement parce qu’il est le premier du Maroc libre, mais pas que. Grand favori de la rencontre, le Wydad s’incline finalement, à la surprise générale, sur le plus petit des écarts face au Raja dirigé par Père Jégo (1-0). Une première confrontation qui posera toute l’aura qui animera les confrontations à venir.

Face à un Wydad pragmatique, efficace, nourri des idées de jeu glanées lors des différents voyages en Angleterre de Mohamed Ben Lahcen Affani, le Raja de ce dernier affiche un style plus léché, davantage inspiré du jeu sud-américain. Une opposition de style presque caricaturale, et dont le mythe persiste encore dans les mémoires.

Un Raja-Wydad, c’est en somme Derb Sultan contre l’ancienne médina

Opposition tactique, mais aussi opposition sociale. C’est l’heure également où les différents quartiers de la capitale économique vont, un à un, se parer plus ou moins des couleurs de l’une ou de l’autre formation. Là encore, le mythe n’y échappe pas. Jusqu’à aujourd’hui, le Raja est vu comme le club des quartiers populaires, ses supporters étant d’extraction ouvrière ou rurale, tandis que le Wydad est davantage considéré comme le club des classes moyennes. Derrière un Raja-Wydad, c’est en somme Derb Sultan contre l’ancienne médina, les couches populaires contre celles plus aisées, la folie opposée au pragmatisme et la victoire du jeu face à celle du résultat. En bref, un condensé de ce qui fait l’histoire et le charme du football, sport roi au Maroc.

L’homme de la rencontre

Qui d’autre que Mohamed Ben Lahcen Affani, dit Père Jégo ? Ce fils de commerçant, originaire des environs de Taroudant, restera à l’origine du mythe autour du derby bidaoui.

“Mon cœur va vers le Wydad, mais le Raja symbolise la solidité de mon caractère”

Père Jégo

Il est celui qui aura posé et imprégné l’essence des deux plus grands clubs marocains, leur donnant à chacun une identité propre et singulière. Une aura qui n’échappe pas aux malices et hasards de l’histoire, tant il fut amené à triompher d’un Wydad à qui il a donné ses premières lettres de noblesse, avant l’amertume d’une séparation. Il conservera tout de même le lien avec les deux formations jusqu’à sa mort — en août 1970 —, avec une phrase, restée célèbre : “Mon cœur va vers le Wydad, mais le Raja symbolise la solidité de mon caractère.

 

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