Au lendemain de l'attaque de la mosquée de Bayonne, les premiers éléments de l'enquête

Au lendemain de l'attaque de la mosquée de Bayonne, les premiers éléments de l'enquête

Un octogénaire a ouvert le feu, lundi 28 octobre, sur une mosquée à Bayonne, blessant grièvement deux fidèles âgés de 78 et 74 ans. L’homme, connu pour être un ancien candidat du Front national, aurait étudié à l’école industrielle de Casablanca.

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La mosquée de Bayonne, prise pour cible le 28 octobre. Crédit: AFP

La mosquée de Bayonne, ville présentée par ses élus comme “paisible” et à la communauté musulmane “intégrée”, a été lundi 28 octobre la cible de tirs faisant deux blessés graves de la part d’un octogénaire, ex-candidat du Front national connu pour ses “excès verbaux” et interpellé après les faits.

C’est muni d’un jerrican d’essence et d’une arme à feu que Claude Sinké, 84 ans, a tenté de mettre le feu au lieu de culte. D’après les premiers éléments de l’enquête, deux fidèles âgés de 78 et 74 ans, très impliqués dans l’animation de la mosquée, se seraient précipités à l’extérieur du bâtiment pour l’entraver. Visés par plusieurs coups de feu, les deux hommes ont été grièvement blessés par balle avant d’être transférés d’urgence à un centre hospitalier proche en vue d’être opérés. Ce mardi 29 octobre au matin, les deux victimes se trouvaient dans un état stable.

Un candidat du FN scolarisé à Casablanca ?

Le suspect a été placé en garde à vue sous le chef d’inculpation de “tentative d’assassinats”, a indiqué le procureur de Bayonne Marc Mariée dans un communiqué. D’après l’AFP, Claude Sinké aurait reconnu être l’auteur des tirs lors de sa garde à vue.

Âgé de 84 ans, ce dernier avait été candidat du Front national (renommé depuis Rassemblement national) en 2015 aux élections départementales des Landes, canton de Seignanx. Mais Jacques Leclercq, délégué adjoint landais du Rassemblement national (RN) à l’AFP, affirme qu’il avait été “écarté du parti” après ces élections, sans plus de précisions. Selon la préfecture, il est détenteur de trois armes de catégorie B, qu’il avait déclarées.

Sur sa page Facebook, l’auteur de l’attaque se dit “marié” depuis 1955 et ancien élève de “l’école industrielle de Casablanca”, comme l’a repéré Le Figaro dans un portrait consacré à l’octogénaire. Cette école pourrait correspondre à l’actuel lycée Al Khaouarizmy situé quartier la Gironde.

Interrogé par l’AFP, Mike Bresson, adjoint à la mairie du village landais, a indiqué que l’homme était “connu sur la commune et fui pour ses excès verbaux”. “Il donnait l’apparence de quelqu’un de psychologiquement perturbé […]. Il n’aimait pas les gens de gauche, du centre et peu ceux de droite”, selon l’élu. Une équipe de déminage s’est rendue au domicile du suspect, à Saint-Martin-de-Seignanx, une commune de 5 000 habitants à une dizaine de kilomètres de Bayonne, dans le département voisin des Landes.

Interrogé par Sud-Ouest, l’ancien maire de Saint-Martin-de-Seignanx, Lionel Causse, se souvient de prises de position xénophobes et homophobes de la part de l’homme. Egalement selon le quotidien régional Sud-Ouest, Claude Sinké avait adressé la semaine dernière une lettre “rageuse” au bâtonnier de Bayonne et au procureur de Dax pour “porter plainte contre Emmanuel Macron”. Le quotidien ne l’a pas publiée en raison de son caractère “discriminatoire et xénophobe”. Un comportement qui n’est pas le fruit de ces dernières semaines. Il y a quelques années, Claude Sinké avait évoqué sur le réseau social Facebook son admiration pour le polémiste Eric Zemmour.

Climat délétère

L’attaque de la mosquée, qui a suscité nombre de réactions, intervient en plein retour du débat sur le voile. Dans un contexte de rentrée politique marquée par les débats sur l’immigration, la France a vu réapparaître la polémique sur le port du voile — qualifié d’islamique en France — après qu’une accompagnatrice scolaire avait fait l’objet d’une violente agression verbale par un élu du RN lors d’une sortie, le 11 octobre, au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Depuis, le débat sur le couvre-chef s’est invité dans l’hémicycle et embrase les plateaux des chaînes TV en continu, coïncidant avec l’arrivée d’une nouvelle émission portée par l’éditorialiste Eric Zemmour, pourtant récemment condamné pour “provocation à la haine raciale”.

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Le président Emmanuel Macron, qui recevait à l’Elysée les responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM), a condamné “avec fermeté l’attaque odieuse”, affirmant que “la République ne tolérera jamais la haine”. De son côté, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a eu des entretiens téléphoniques avec “le président de l’Association des musulmans de la côte basque ainsi qu’avec Dalil Boubakeur”, recteur de la mosquée de Paris, dans “l’esprit des échanges” du matin avec le “président de la République sur l’importance de combattre les extrémismes”.

Le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray, a souligné sur Twitter que les “Bayonnais [étaient] solidaires de la communauté musulmane, victime d’un attentat aussi lâche qu’odieux”. Selon lui, dans une déclaration à l’AFP, “il n’y a jamais eu le moindre problème avec la communauté musulmane à Bayonne”, assurant que la mosquée est “très bien gérée” ne “sera pas fermée plus de 48 heures”. Une salle municipale a été mise à la disposition des fidèles. Interrogé par France 3 Nouvelle-Aquitaine, Christian Millet-Barbé, adjoint à la sécurité, a ajouté que Bayonne était “une ville apaisée, avec une communauté musulmane très bien intégrée”.

Laurent Nuñez, qui s’est rendu sur place dans la soirée pour rencontrer responsables musulmans et policiers, a affirmé : “S’en prendre à un lieu de culte, à une mosquée, à des fidèles, c’est un acte odieux que nous condamnons évidemment avec beaucoup de fermeté. C’est un acte qui ne peut avoir de place dans notre République qui garantit la liberté des cultes et des croyances.

Suite à l’attaque, le RN a également très vite réagi pour éviter tout rapprochement. Dans un message sur Twitter, publié en début de soirée lundi, la tête d’affiche de la formation d’extrême droite, Marine Le Pen, s’est désolidarisée de cet “acte inqualifiable”, arguant que l’attaque était “absolument contraire à toutes les valeurs portées par [son] mouvement”. Invité à réagir sur le plateau de BFM-TV, le député européen et vice-président du RN Jordan Bardella a insisté sur le fait que “le ‘pas d’amalgame’ s’applique dans des attentats, il faut aussi qu’il s’applique dans ce cas-là”.

L’ancien Premier ministre Manuel Valls a condamné l’attaque, mardi 29 octobre au matin, sur France Inter. Ce dernier, résidant désormais à Barcelone, juge qu’il subsiste un climat général, “avec ces théories du grand remplacement” qui font que dans le monde, “des individus peuvent commettre le pire”. C’est ainsi que sous une publication Facebook, désormais supprimée, l’actuel maire de Béziers aux idées réactionnaires, Robert Ménard, évoquait : “Il n’y a pas ‘des’ terrorismes. Il n’y en a qu’un seul, celui des lâches, celui des ratés, celui des faibles.” Sous son message, beaucoup saluaient l’action de l’octogénaire dans un flot de commentaires nauséabonds.

(Avec AFP)

 

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