Ce qu'il faut savoir sur le "plan inondations" du ministère de l'Intérieur

Ce qu'il faut savoir sur le "plan inondations" du ministère de l'Intérieur

Le ministère de l'Intérieur a lancé, fin septembre, un projet pilote de mise en place d’un système intégré d’aide à la gestion des risques d’inondations. Interview avec le gouverneur en charge du projet, Abdellah Nassif.

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L’annonce du projet est survenue au terme d’un été tragique lors duquel des dizaines de personnes ont trouvé la mort dans des inondations, notamment dans les régions de Taroudant, Errachidia et KhénifraTelquel Arabi a rencontré l’homme en charge du projet, Abdellah Nassif. Ce gouverneur, rattaché à l’administration centrale du ministère de l’Intérieur, a occupé de juillet 2016 à août 2018 le poste de directeur de la Météorologie nationale, avant d’être nommé par le roi au sein du département dirigé par Abdelouafi Laftit.

Abdellah Nassif, le gouverneur en charge du projet.Crédit: Fahd Merroun

Telquel Arabi : De quelle manière ce projet protégera-t-il les Marocains des inondations à venir ?

Abdellah Nassif : Sur le plan technique, il s’agit d’un système intégré qui recevra toutes les informations et les prévisions émises par les différents secteurs concernés : le département ministériel chargé de l’Eau et les agences de bassins hydrauliques, le secteur de l’urbanisme qui détermine les zones urbanisables, les collectivités territoriales ainsi que le ministère de l’Intérieur qui agira en coordinateur des opérations. Les informations seront traitées au niveau d’un centre qui sera mis en place au siège du ministère de l’Intérieur.

Puisque la problématique des inondations concerne l’ensemble du territoire national, et vu le caractère inédit du système, il a été nécessaire de passer par un projet pilote, pour lequel quatre régions types ont été choisies. Concernant les plaines, la plaine du Gharb a été sélectionnée au vu des inondations qui y ont eu lieu en 2009 et 2010. Puis vient Mohammedia comme ville type, d’après ce qui s’y est passé en 2002, l’Ourika a été choisie comme région montagneuse type au regard des inondations de 1995, et enfin Guelmim privilégiée comme région désertique.

Après l’expérience pilote, comment le système sera-t-il exploité ?

Nous allons d’abord commencer par un diagnostic central, provincial et local qui nous permettra de recenser les solutions déjà prêtes, les données climatiques et hydrologiques, de distinguer les zones de force et celles de faiblesse, mais aussi de déterminer les carences en informations et en solutions. Ici, il faut indiquer qu’au moment de la préparation du projet, nous avons découvert qu’un certain nombre de régions ne disposaient pas de stations pluviométriques.

Ce système nous permettra donc de mesurer les niveaux d’eau dans les villes, les villages et les douars. Cela couplé à une cartographie des installations et des habitants, donne la possibilité de prévoir et gérer les risques d’inondations. A noter que le système ne fournira pas les niveaux de l’eau en temps réel, mais à l’avance, en se basant sur les prévisions météo sur 24 ou 48 heures, et c’est ce qu’il y a de plus important. Par la suite, ces prévisions seront confirmées par les mesures en temps réel des stations de pluviométrie, nous permettant de connaître les niveaux d’écoulement des eaux, et de déterminer les possibilités de débordements et leur étendue.

Combien de temps durera l’étape de diagnostic avant la mise en fonction du système ?

Nous tablons sur une durée de huit mois, mais si nous parvenons à collecter rapidement les données, notamment les données locales, nous pourrions mettre en place le système avant ce délai.

Lorsqu’une inondation a lieu, les victimes se plaignent des retards d’intervention de la sûreté civile et des pouvoirs publics. Ce système permettra-t-il de réduire les délais d’intervention ?

En effet. L’une des fonctions du système est d’exploiter les prévisions de la direction nationale de la Météorologie afin d’alerter les commissions de veille provinciales et locales sur les zones exposées à un risque d’inondation, et sur le moment précis où celles-ci devraient avoir lieu, leur permettant ainsi de mieux préparer leurs interventions. De cette manière, après les précipitations et lorsque le risque d’inondation est quasi sûr, nous alertons en amont les différents services.

Combien coûtera le projet ?

En prenant en compte les études, le système d’exploitation, les équipements électroniques, le centre au ministère de l’Intérieur ainsi que les centres provinciaux, cela devrait tourner autour de 32 millions de dirhams.

Vous avez fait appel à l’expertise étrangère, à travers Predict Services — une société créée par Météo France, le groupe BRL et Airbus — pour le projet pilote…

Predict Services travaillera avec nous pendant 24 mois, soit la durée nécessaire pour le diagnostic, la mise en place du système et son évaluation. Par la suite, le système passera sous propriété marocaine, et nous travaillerons à le développer.

 

Propos recueillis par Ahmed Mediany, traduits par Omar Kabbadj

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