Deux partis rivaux revendiquent la victoire aux législatives

Deux partis rivaux revendiquent la victoire aux législatives

Deux partis rivaux, Ennahdha et la formation du finaliste à la présidentielle incarcéré Nabil Karoui, ont tous deux assuré être arrivés en tête des législatives le 6 octobre en Tunisie. Ces élections devraient déboucher sur un Parlement fragmenté en de nombreux petits blocs.

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Le leader du parti Ennahdha, Rached Ghannouchi, dans un bureau de vote de Tunis, le 6 octobre 2019. Crédit: Anis Mili/AFP

Deux sondages publiés par des instituts tunisiens ont néanmoins estimé que le parti d’inspiration islamiste Ennahdha avait remporté le plus grand nombre de sièges, 40 sur 217, contre 33 à 35 pour le parti de Karoui. Les deux formations, qui ont revendiqué leur victoire devant la presse sans donner de chiffres, avaient exclu toute alliance durant la campagne. Les résultats préliminaires sont attendus le 9 octobre, a indiqué l’instance en charge des élections (Isie). Si ces sondages se confirment, Ennahdha a encore perdu du terrain et la nouvelle Assemblée s’annonce morcelée entre des partis hétéroclites peu enclins à négocier après une campagne à couteaux tirés.

Quel que soit le gagnant, il lui sera difficile de rassembler une majorité, contrairement à 2014, lorsque le Parlement s’était retrouvé partagé entre un parti présenté comme séculariste, Nidaa Tounes, et Ennahdha, qui détenaient à eux deux une large majorité et s’étaient rapidement alliés.

La participation n’a atteint que 41,3 %, selon l’Isie, bien en deçà des 68 % de 2014. “Ce taux est acceptable, on aurait aimé qu’il soit meilleur mais c’est le choix du peuple tunisien”, a estimé le président de l’Isie, Nabil Baffoun. Ce faible engouement pour les troisièmes législatives depuis la chute de la dictature en 2011 s’explique par le rejet des élites actuelles déjà exprimé au premier tour de la présidentielle le 15 septembre, mais aussi par le calendrier électoral.

En raison du décès du président Béji Caïd Essebsi en juillet, ce scrutin législatif a en effet eu lieu entre les deux tours d’une présidentielle anticipée qui a porté deux candidats de rupture au second tour. Kaïs Saïed, un juriste sans structure partisane, sera en effet opposé le 13 octobre à Nabil Karoui, homme d’affaires controversé à la tête de Qalb Tounes (“Cœur de la Tunisie”). Sous le coup d’une enquête depuis 2017 pour blanchiment et fraude fiscale, ce dernier est en détention depuis fin août. Déplorant une instrumentalisation de la justice, ses partisans ont réclamé un report du second tour de la présidentielle.

Ces rebondissements ont focalisé l’attention et alimenté des inquiétudes autour du bon déroulement du processus électoral, crucial pour consolider les acquis démocratiques. Saïed, arrivé en tête du premier tour, n’a lui donné aucune consigne pour les législatives. Mais Ennahdha lui a apporté un soutien franc, en se présentant comme le parti susceptible de porter le programme de Saïed au Parlement, espérant ainsi reconquérir des bases. Le score de son chef Rached Ghannouchi, candidat pour la première fois, sera scruté.

De nombreux novices devraient arriver au Parlement, une institution clé pour répondre aux principales inquiétudes des Tunisiens : une inflation continue, un chômage élevé et des services publics ne répondant plus aux attentes. Parmi les nouveaux venus, le mouvement Karama de l’avocat islamiste populiste Seifeddine Makhlouf, qui compte parmi ses têtes de liste Imed Dghij, ancien cadre d’un groupe violent proche des islamistes, incarcéré pendant trois mois en 2014.

L’avocate anti-islamiste Abir Moussi s’est également félicitée de l’entrée de son Parti destourien libre au Parlement, soulignant que “s’il y a un accord sans les ‘Frères’ [musulmans, en référence à Ennahdha], nous tendrons la main aux forces modérées”. A défaut, “nous resterons dans l’opposition”, a-t-elle ajouté. Le parti arrivé en tête disposera de deux mois pour dégager une majorité de 109 voix au Parlement afin de former un gouvernement, le futur président de la République n’intervenant qu’en cas de blocage au terme de cette période. “Les négociations prendront probablement des semaines”, juge l’analyste politique Youssef Cherif, en évoquant le risque d’un nouveau scrutin si les députés ne parviennent pas à se mettre d’accord.

Une fois formé, le gouvernement aura la lourde tâche de relancer l’économie et de résorber une dette paralysante : si la menace terroriste n’est plus un sujet majeur, quatre ans après une série d’attentats meurtriers, la transition démocratique reste fragilisée par les difficultés sociales persistantes.

 

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