“Kabila Diaries” : derrière le phénomène Twitter, la bourgeoisie marocaine au scalpel

“Kabila Diaries” : derrière le phénomène Twitter, la bourgeoisie marocaine au scalpel

“Kabila Diaires” a été le récit événement de l'été.  Dans une nouvelle publiée sous formes de tweets, l'auteur Mehdi Alami dresse, en insider, un portrait acerbe de la bourgeoise marocaine.

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Image d'illustration Crédit: @winewankers / Instagram

Tout commence par un tweet de Mehdi Alami, alias @Alamovsky publié le 10 août, : « La MILF marocaine des plages du Nord en compagnie de sa petite chemsy, de sa nounou indonésienne, de sa rolex air King discrète à fond rose. Comme lady chatterlay elle semble absorbée… mais a quoi pense t elle en tripotant son pendentif van cleef & arpels ? ». C’est le début d’un récit qui va tenir en haleine la twittoma et bien au-delà durant tout le mois. A travers des centaines de tweets, le lecteur suit les aventures mondaines puis la descente aux enfers de Lady Chatterley, épouse d’un riche homme d’affaires casablancais aux ambitions politiques. Décryptage d’un phénomène littéraire sur Twitter. (Attention spoilers !)

Sociologie de la bourgeoisie marocaine

A travers ce récit presque impromptu, Mehdi Alami, directeur financier d’une entreprise qu’il préfère garder confidentielle, rend compte d’un travail quasi-sociologique sur la bourgeoisie marocaine. Un milieu qui fonctionne en cercle concentrique, et dont le dernier cercle serait le sérail. Ni la richesse ni les privilèges ne comptent vraiment, la réussite s’y mesure avant tout par la proximité avec le palais. Atteindre ce dernier cercle devient ainsi l’obsession et la finalité de tout membre de la high society. “Il est clair que le point Godwin de la bourgeoisie marocaine est de faire partie du sérail. Le sommet de leur pyramide de Maslow,” décrit Mehdi Alami.

L’auteur raconte par exemple le désarroi du couple formé par LC et Ali lorsqu’ils apprennent, au cours d’une soirée chez les Benomar, qu’ils ne sont pas invités à diner à bord du yacht mouillé en face du Sofitel de Mdiq. « Tout le monde savait que le yacht en face du sofitel c est le carré VIP du carré VIP et ils en étaient pas 🙁», écrit Mehdi Alami avec la syntaxe que permettent les 280 caractères d’un tweet. Et le couple d’arriver à cette dure réalité : « Lady chatterlay et Ali n ont jamais vraiment fait partie du sérail. » LC jalouse les Benomar les Serghini ou les Derham qui « passaient leurs vies a parler des gens du sérail, de la dernière voiture a la mode, de la derniere montre tendance. » Dans cette impitoyable compétition pour parvenir au top du top, LC et son mari ont perdu, une « injustice absolue », selon l’héroïne.

Alors que le couple a « mouillé le maillot », c’est-à-dire fait montre d’une allégeance infaillible envers le système durant le 20 février, ces deniers se voient dépasser par Sofia Berdai et son mari Taoufiq. Signe suprême d’adoubement, Taoufiq s’est vu nommer DG d’une grande entreprise du sérail qui fait dans les énergies renouvelables.

L’antichambre pour accéder au plus haut de la pyramide, c’est le salon de Roqia Benomar, la « métronome » de cette society, celle « qui décide de qui était à l’intérieur du cercle et qui devait rester en dehors. »

Marcher sur le fil tendu du sérail

Le sérail garde le contrôle de cette bourgeoisie par deux moyens : l’envie d’y appartenir et la peur de tout perdre. C’est ce qui arrive au mari de LC qui, en marchant sur les plates-bandes économique du sérail, finit en prison. Un châtiment dont l’homme-lige est un personnage dénommé Abdelmoula Messaoudi. Vulgaire et orgiaque, Abdelmoula a cependant les contacts qu’il faut, « notamment proche du fondateur du parti porte étendard du sérail. »

La chute du mari entraine une profonde remise en question de LC. Tout ne tient qu’à un fil dans ce monde sans pitié. LC est lâchée par tout le monde : Mly Driss son amant, Roqia Benomar et même sa maman Lala Touriya. C’est en passant par cette épreuve que LC va se révéler à elle-même : débarrassée des apparats de sa classe sociale, elle devient individu, femme libre. Elle y croise son alter-égo : Nisrine, une avocate engagée dans la défense des prisonniers du Hirak.

Liberté chérie

C’est finalement cela les Kabila Diaries : l’itinéraire de la libération d’une femme, du poids des apparences, de la concurrence acharnée pour arriver au sommet, de la peur constante de tout perdre. Mehdi Alami ne révèle le vrai nom de son héroïne qu’à la fin du récit : elle n’est plus définie par son mariage, sa classe sociale ou sa fortune, elle reconquiert enfin sa propre identité.

Ses quelques aventures extra-conjugales, son souci du paraître, son goût pour le luxe, son bovarysme ne cachaient en fait qu’un mal-être intérieur. Le récit se clôture d’ailleurs par LC quittant son pays pour repartir de zéro. Mehdi Alami a d’ores et déjà annoncé qu’il publierait un deuxième opus au mois de décembre. L’occasion, peut-être, d’approfondir la morale de son histoire : dans un système immuable, la seule échappatoire est de sauver sa peau.

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