Festival Youmein : Désirer, c'est exister

Festival Youmein : Désirer, c'est exister

Tanger continue de s’ouvrir à de plus en plus à d'expérimentations artistiques. À l’image du festival de médias créatifs Youmein, qui a invité cette année, du 25 au 27 juillet dernier, une poignée d'artistes à explorer la notion du désir.

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Lors de la cinquième édition du festival Yomein. © Lotfi Souidi

Désirer, c’est construire un agencement, c’est construire un ensemble. L’ensemble d’une jupe, d’un rayon de soleil, d’une rue” explique Gilles Deleuze à propos du désir dans le documentaire L’Abécédaire (1988-1989). Dans une approche équivalente, le festival Youmein a tenté de construire un “ensemble” pour sa cinquième édition. Après avoir exploré des thématiques comme celles de la frontière entre les mondes physique et spirituel (Al Barzakh), de la crise, de l’imitation ou encore des les limites, le festival a donc cette fois-ci choisi celle du désir, à travers le regard d’une dizaine d’artistes aux sensibilités créatives différentes et inégales, venus du Maroc, de Jordanie, d’Algérie ou encore d’Espagne.

L’esprit du festival orbite autour d’une thématique ouverte qui se prête à différentes compréhensions. Cette année, le désir a un écho assez particulier parce que la ville Tanger a toujours été perçue comme un objet de désir. Les projets que nous avons retenus se jouent de cette notion. Ils ne racontent pas une histoire ou un récit uniforme,” nous explique Zakaria Alilech, cofondateur du festival, à quelques heures du vernissage.

Son acolyte, George Bajalia ajoute : “Au sein de Youmein, nous tentons de créer des espaces de partage et d’expérimentation. Les artistes avaient quarante-huit heures pour réaliser leurs œuvres (du 25 au 27 juillet, ndlr). Ce n’est pas toujours évident, mais travailler dans l’urgence fait partie de l’expérience. On tient aussi à ce que la production soit réalisée de manière non isolée, les artistes travaillent ensemble et parfois même les collaborations dépassent le cadre du festival”.

Sérigraphies de Yazan El Zubi. © Lotfi Souidi.

Direction donc les sous-sols du Technopark de Tanger pour découvrir le cru de cette année. Le festival a été monté à Dabatek, nouvel espace culturel mis en place par le metteur en scène Jaouad Essounani et sa compagnie Dabateatr. Premier constat : si, en ce 27 juillet, le public tangérois est venu nombreux au vernissage du festival, l’exploration de la notion de désir n’a pas réussi à l’ensemble des artistes sélectionnés.

Toutefois, deux propositions sortent du lot. D’abord, les sirènes queers de l’artiste maroco-jordanien Yazan El Zubi: une série sérigraphique inspirée des affiches, stéréotypées et exotiques, des hôtels méditerranéens des années 80-90. “Tanger est une ville assez spéciale qui reflète, de part son histoire, une dynamique érotique et exotique pour les étrangers. C’est aussi une ville où je passais mes vacances quand j’étais plus jeune. Donc le fait que je reprenne les codes des affiches touristiques s’est imposé à moi car ça me renvoie à des souvenirs,” explique l’artiste. Les sérigraphies du Tanger fantasmé de Yazan El Zubi ont été réalisées à l’Atelier Kissaria, lieu dédié à l’objet et l’image imprimée disposant d’un atelier de sérigraphie.

« Tangier : The Spreading Eden », une des œuvres les plus marquantes de l’édition 2019 de Youmein. © Lotfi Souidi.

Puis, Nora Al Khasawneh et Haneen Dajani, respectivement directrice et coordinatrice de la bibliothèque de la Mohammad and Mahera Abu Ghazaleh Foundation for Art & Culture (MMAG, Amman) ont choisi de représenter le désir par l’itinérance et l’écrit. Les deux chercheuses jordaniennes ont exploré des cafés (café Hafa, café de Paris, café Baba ou café à l’Anglaise), des cabarets (Layali Al Anass, Ramses), des bars (Number One, Dean’s Bar, Tangerinn) et des hôtels (Al Minzah, Hotel Rembrant, Hotel El Muniria) de la ville du détroit afin de constituer une sorte de carnet d’un ultime voyage.

Elles ont donc couché sur papier des impressions, des extrapolations ou encore des clichés fictionnels. « Rêve, cauchemar, havre des aliénés et des excentriques, le Tanger d’aujourd’hui porte un air nostalgique pour les créatifs de la génération perdue, » résument Nora Al Khasawneh et Haneen Dajani à la fin de la publication Tangier : The Spreading eden » (Tanger, l’Eden répandu). Cette année, le festival a également fait la part belle aux performances. Mention spéciale à celle réalisée par l’artiste sonore Abdellah Hassak et l’écrivaine belge Hanne Van Dyck.

Ce faisant, le festival Youmein ouvre la possibilité sur des dynamiques créatives inclusives intéressantes en dehors du circuit trop cloisonné de l’axe Rabat Casablanca Marrakech, reste à affiner les propositions pour une construction d’ensemble cohérente comme un désir deleuzien.

Abdellah Hassak et Hanne Van Dyck. © Lotfi Souidi.

 

 

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