Le tweet d'une jeune Sénégalaise rappelle la xénophobie ordinaire des loueurs d'appartements

Le tweet d'une jeune Sénégalaise rappelle la xénophobie ordinaire des loueurs d'appartements

Le 23 juillet, Adja, une ressortissante sénégalaise a témoigné sur Twitter de ses difficultés à trouver un logement à Casablanca, dénonçant le racisme ordinaire contre la communauté subsaharienne au Maroc.

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Sur les réseaux sociaux, son tweet publié le 23 juillet a fait l’effet d’une bombe. Adja, Sénégalaise de 22 ans au Maroc depuis 2 ans, a fait part sur le réseau social du racisme ordinaire des agents immobiliers dont elle a été victime lors de sa recherche d’un appartement à Casablanca. Résultat: une vague d’indignation et de témoignages sur les discriminations subies par de nombreux ressortissants subsahariens, engendrant près de 4.000 retweets.

Xénophobie décomplexée

C’est du racisme pur et simple que nous raconte la jeune femme, contactée par TelQuel : “La visite s’est faite avec un agent immobilier près de Casanearshore en face des villas. Une fois sur place, la visite du studio s’est très bien passée. Mais une fois sur le départ, nous avons croisé un couple marocain qui montait les escaliers. Ils ont commencé à parler en arabe avec l’agent immobilier. Le ton est monté. Je suis descendue pour attendre devant l’immeuble. Au bout de 10 minutes, un Marocain d’une trentaine d’années est sorti pour venir me voir. Il m’a dit : ‘si tu veux un conseil, ne viens pas vivre dans cet immeuble, les gens qui habitent ici ne veulent pas de Noirs. Ils sont en train d’en parler à l’agent immobilier‘. J’ai été étonnée, mais l’agent me l’a bien confirmé une fois revenu. Sous la pression des autres copropriétaires, le propriétaire du studio a finalement refusé mon dossier”.

Une pratique honteuse, pourtant assez banalisée à en croire les sites de recherches d’appartement comme Avito où l’on peut trouver ce genre d’annonces discriminantes publiées par les propriétaires :

A la suite de sa première série de tweets, Adja a publié un nouvel élément à charge. Il s’agit de l’enregistrement d’un appel téléphonique avec l’annonceur d’un appartement mis en location sur Avito. Celui-ci lui explique qu’il “ne cherche que des Marocains. Les gens qui habitent dans l’immeuble insistent sur le fait qu’ils ne veulent pas habiter avec des Africains”.  

Ce genre de pratiques illégales, beaucoup d’anciens étudiants ou salariés d’origine subsaharienne, les ont subies. “Depuis 10 ans que je vis à Casablanca, j’ai des histoires à raconter”, plaisante un Sénégalais, proche de la trentaine, préférant rester anonyme. “Quand je faisais mes études, près de Casanearshore, j’étais en colocation avec mon frère. Les propriétaires étaient très réticents et l’excuse récurrente c’était qu’ils ne voulaient pas de célibataires dans l’immeuble. On leur disait que nous n’étions pas fêtards, que nous ne ramenions pas de filles à l’appartement, qu’on se pliait aux règles en vigueur dans le pays, tout simplement. Paradoxalement, dans d’autres endroits à Casablanca où j’ai vécu, il y avait des voisins marocains absolument charmants. Ils nous invitaient pendant le ramadan à rompre le jeûne avec eux, etc. C’est comme pour tout, il ne faut pas faire d’amalgame”, philosophe notre interlocuteur.

La difficulté des recours

Pour certains résidents subsahariens au Maroc, le calvaire va même plus loin, mêlant violence verbale affichée et impossibilité d’avoir recours aux forces de police. Contacté par téléphone, un gestionnaire d’entreprise d’origine subsaharienne, installé lui aussi à Casablanca, témoigne de la xénophobie dont il est lui aussi victime: “Nous avons emménagé dans nos locaux professionnels il y a quelques mois et nous avons beaucoup de soucis avec certaines personnes de l’immeuble. Un des voisins nous appelle ‘Ebola’. Il s’est même battu avec trois de mes employés. J’ai voulu porter plainte à la police, mais l’affaire traîne depuis des semaines. Je me fais balader de service en service pour que rien n’aboutisse. Il manque constamment un papier à déposer, ou alors on me somme de revenir plus tard”.

C’est parce qu’il ne connait que trop bien ces témoignages que le GADEM (Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants) a mis en place une aide et un accompagnement juridique. Le président du GADEM, Abderrahman Tlemçani explique : “nous avons une équipe dédiée au sujet qui travaille sur l’ensemble des questions d’accès au logement. Il est bien évident qu’une annonce quelle qu’elle soit, qui est basée sur un facteur impliquant la couleur de peau est de facto totalement discriminatoire, c’est évident”. 

A l’heure où nous mettons en ligne, Adja cherche toujours un appartement. Elle assure néanmoins que la publicité de son témoignage a permis de décrocher plusieurs visites d’appartement.

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