Crise au PJD autour de la loi-cadre sur l’enseignement

Crise au PJD autour de la loi-cadre sur l’enseignement

Si le projet de loi-cadre sur l’enseignement a (enfin) été voté en commission parlementaire, il continue de diviser la majorité, et même jusqu'au sein du PJD. Ce weekend, le chef du parti et son prédécesseur ont chacun de leur côté fait des sorties pour défendre ou rejeter le texte, alors que le chef du groupe parlementaire à la première chambre a visiblement préféré jeter l’éponge.

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El Othmani, dimanche 21 juillet, au 15e Forum de la jeunesse du PJD à Kénitra. Crédit: PJD

Le projet de loi-cadre sur l’enseignement continue à diviser le Parti de la justice et du développement (PJD). Bien qu’il ait été adopté, mardi dernier à la majorité, par la commission de l’enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants, le texte est loin de faire l’unanimité du côté des ténors de la majorité gouvernementale. Pendant la séance de vote, le projet de loi-cadre qui établit l’enseignement des matières scientifiques et techniques en langues étrangères a recueilli 25 voix en sa faveur, trois abstentions (du Parti de l’Istiqlal) et deux voix contre (Abouzaid El Mokrie El Idrissi et Mohamed El Othmani, du PJD).

Pour ce qui est du vote relatif aux deux articles (2 et 31) sur l’alternance linguistique à l’origine de la contestation, ils étaient 16 députés du parti de la Lampe à s’être abstenus et deux à s’y opposer.

Une « catastrophe » pour Benkirane

L’ancien chef de gouvernement Abdelilah Benkirane n’a pas tardé à exprimer, une fois de plus, son opposition au texte dans un live Facebook de 38 minutes, diffusé dans la soirée du 20 juillet. « En toute honnêteté, c’est l’orientation de l’Etat et le PJD n’a pas le cran pour s’y opposer et le faire tomber », lance d’abord l’ancien chef de file du parti. « Nous sommes d’accord avec la loi-cadre parce qu’elle contient plusieurs points positifs, mais nous ne sommes définitivement pas d’accord pour remplacer la langue arabe dans l’enseignements des matières scientifiques par la langue française », explique-t-il. « Je ne vais pas débattre encore une fois du texte, j’ai déjà fait trois interventions à ce sujet », rappelle encore Benkirane avant d’estimer que « cette affaire est bien évidemment liée à notre identité marocaine ».

Selon Benkirane, l’adoption du projet de loi-cadre est une « catastrophe » pour l’enseignement au Maroc. « La plus grande partie du peuple marocain ne comprend pas la langue française et n’a pas les capacités pour l’expliquer à ces enfants », a-t-il poursuivi, estimant que toutes les matières devraient être enseignées en arabe, du primaire jusqu’au lycée. Ce n’est pas tout. S’adressant ensuite directement à son successeur Saad-Eddine El Othamni, Abdelilah Benkirane a estimé que ce vote est la « première erreur gravissime » commise par le PJD depuis son arrivée à la tête du gouvernement en 2011 « jusqu’à aujourd’hui ». « Ce qui a été fait (lors de la séance de vote) va à l’encontre des intérêts du peuple marocain », a-t-il encore estimé.

« Même position »  

Quelques heures après le live de Benkirane, c’est Driss El Azami El Idrissi qui prend de court ses frères du PJD. Proche de Benkirane (l’ancien SG l’avait soutenu face à El Othmani pour lui succéder, ndlr), l’ancien ministre chargé du Budget a annoncé au secrétariat général du parti sa démission du poste de chef du groupe parlementaire PJD à la chambre des représentants, sans en expliquer les raisons. « Nous avons bien reçu la démission de Driss El Azami. Elle est compréhensible, mais nous ne l’avons pas encore abordée », nous affirme Slimane Amrani, vice-secrétaire général du PJD.

Selon le numéro 2 du parti, « il y a un débat actuellement au sein du groupe parlementaire du PJD, avec certes des directions différentes. Mais le parti est connu pour la liberté d’expression (ndlr, de ses membres) et surtout pour sa discipline vis-à-vis des décisions qui sont prises par ses institutions ». Par là, Slimane Amrani fait référence à la position exprimée la veille par Saad-Eddine El Othmani. Lors d’un discours prononcé dimanche à Kénitra, à l’ouverture du 15e Forum de la jeunesse de son parti, le chef du gouvernement a en effet défendu l’adoption du projet de loi-cadre. « La plupart de ceux qui critiquent le texte ne l’ont tout simplement pas lu, bien qu’il soit disponible sur internet et accessible à tous », a-t-il d’abord estimé.

« Beaucoup de rumeurs ont circulé autour de cette loi-cadre qui doit réformer le système éducatif. Nous y avons remédié et nous avons corrigé certaines choses », a-t-il ajouté. S’adressant aux jeunes militants de son parti, El Othmani a insisté sur la nécessité de « faire passer les intérêts du pays en premier, avant ceux du parti », même si cela devait se faire à « ses dépens ».

Le discours du chef du gouvernement intervient alors que le projet de loi-cadre sur la réforme de l’enseignement devait faire aujourd’hui 22 juillet l’objet d’un vote en plénière. « Notre position est la même, elle n’a pas changé. Nous n’allons pas la revoir », nous assure Slimane El Amrani. « Nous avons eu une discussion à ce sujet. Notre position est celle du secrétariat général, elle a été exprimée la semaine dernière à la commission de vote au parlement, avec toujours l’abstention du vote concernant les deux articles », précise-t-il.

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