Trois nouveaux décès, des médicaments périmés… Le mouroir de Tit Mellil continue de sombrer

Trois nouveaux décès, des médicaments périmés… Le mouroir de Tit Mellil continue de sombrer

Le Centre social Dar El Kheir de Tit Mellil a enregistré trois nouveaux décès dus à de “la négligence” selon l’Instance nationale des droits de l’Homme. Cette dernière dénonce également l’administration de médicaments périmés aux pensionnaires du centre. 

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Un groupe de bénéficiaires campent dans le hall du pavillon 5 destiné aux femmes en situation difficile. Silencieuse et rêveuse, l’une d’entre elles nous avoue être sous l’effet de psychotropes. Crédit: YASSINE TOUMI/TELQUEL

Le centre social Dar El Kheir de Tit Mellil continue de sombrer. Le 14 juillet, un nouveau pensionnaire est décédé. Deux jours après, deux autres résidents du centre ont eux aussi succombé. Ces trois cas portent à 23, le nombre de décès à déplorer depuis le début de l’année dans ce centre social.

Selon Hasna Hajib El Idrissi, membre de l’Instance nationale des droits de l’homme (INDH), qui suit de près le dossier, “le premier défunt souffrait d’un diabète non équilibré, d’une ulcération et d’une destruction d’un pied infecté et puant”. Dans le détail, “le défunt a été transporté à l’hôpital pour une amputation du pied ulcéré, et ce, après plusieurs réclamations de l’INDH. Le jour même de l’opération, il a été transféré au Centre où il a rendu l’âme”, raconte notre source. “Comment peut-on autoriser un patient ayant subi une opération chirurgicale lourde à sortir?”, s’indigne-t-elle.

Les deux autres pensionnaires, décédés hier au CHU Ibn Rochd de Casablanca, souffraient, selon la même source, d’une tuberculose en phase avancée pour le premier et d’une hépatite C pour le second. “Ils avaient besoin d’être transférés à l’hôpital en urgence. Or, l’administration du centre n’a pas pris au sérieux leur état de santé très dégradé et n’a ordonné leur transfert que lorsque leur état est devenu très critique”, précise Hasna Hajib El Idrissi. Et de préciser en guise de preuve : “Une fois arrivée au CHU Ibn Rochd, l’équipe médicale a décidé de les hospitaliser dans une unité de réanimation. C’est là où ils ont rendu l’âme”, relate notre interlocutrice.

Des médicaments périmés

Dans un communiqué diffusé le 13 juillet, l’INDH rapporte qu’un accompagnant des malades exerçant à Dar El Kheir a découvert, le vendredi 12 juillet, que les psychotropes administrés aux pensionnaires du Centre sont “périmés”. Selon la même source, “l’infirmière-cheffe du centre a demandé à l’accompagnant de distribuer ces médicaments aux bénéficiaires atteints de psychopathie. Ce dernier a refusé et a avisé l’administration de la péremption des médicaments”.

Une fois informée, “l’administration du centre a hâtivement ordonné à l’accompagnant d’incinérer les lots de médicaments périmés, en transgressant les procédures et règlements applicables dans ce genre de situation. L’ordre a été encore une fois décliné par l’accompagnant”, précise l’INDH.

En raison de cette situation “qui ne cesse de s’empirer”, l’Instance sollicite, dans son communiqué, l’intervention urgente de toutes les forces vives en charge du centre pour “régler le problème des médicaments périmés, mais surtout, pour déterminer les vraies causes de décès de plusieurs bénéficiaires qui s’éteignent à petit feu après un long combat avec les maladies”. 

Elle appelle également les ministères de la Solidarité, de la Santé et de l’Intérieur à “assumer leurs responsabilités” envers les pensionnaires de Dar El Kheir, et à “faire le nécessaire pour mettre fin aux conditions inhumaines de vie” qui y règnent. “Des conditions qui vont à l’encontre des lois et des conventions internationales relatives aux droits de l’Homme”, poursuit le communiqué de l’INDH.

Responsables aux abonnés absents

Contactés par TelQuel, les responsables du centre, le ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, et la ministre de la Solidarité, Bassima Hakkaoui, n’ont pas donné suite à nos appels.

Rappelons que Bassima Hakkaoui a été interpellée, le 9 juillet dernier, par deux parlementaires du RNI et du PAM, lors de la séance plénière hebdomadaire consacrée aux questions orales à la Chambre des représentants, sur le 20e cas de décès survenu le 3 juillet. Les questions des deux députés ont également porté sur les conditions de vie des pensionnaires de Dar El Kheir.

La ministre de la Solidarité s’est dégagée, dans sa réponse, de toutes responsabilités à l’égard des problèmes auxquels les résidents du centre social de Tit Mellil sont confrontés. Elle a rappelé, dans ce sens, que “le ministère de la Solidarité n’est pas le seul responsable des 12 centres sociaux qui existent au Maroc (…) Ils sont tous sous la tutelle du wali et du gouverneur”.

Par contre, sa responsabilité est bien établie dans la nomination du juge-commissaire en charge de la gestion du centre. Ce dernier a été critiqué par l’INDH, mais également par les pensionnaires que TelQuel a rencontrés dans le cadre de son enquête sur les multiples décès recensés à Dar El Kheir,publiée le 14 juin dernier. Notre reportage décrivait également les conditions de vie déplorables dans ce mouroir aux portes de Casablanca.

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