Sur la place Jamâa El Fna, le restaurant "Salama" accusé de refuser les Marocains

Sur la place Jamâa El Fna, le restaurant "Salama" accusé de refuser les Marocains

Le restaurant Le Salama, situé en plein centre de Jamâa El Fna, a été accusé à diverses reprises de racisme et de ségrégation blanche par des internautes. Des visiteurs marocains éconduits témoignent, le propriétaire s'en explique, et nous avons testé pour vous...

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Trip Advisor

Il y a quelques semaines, Amira Azouzi, jeune photographe marocaine, publiait sur Instagram une story dans laquelle elle dénonçait le comportement discriminatoire du Salama, un restaurant marrakchi, envers sa clientèle marocaine. Son propos ? Le restaurant n’accepterait pas les Marocains et souhaiterait conserver la réputation d’un endroit qui n’accueille que des touristes, plus particulièrement ceux d’origines caucasiennes. Cette publication était une réaction à celle d’une autre instagrameuse, qui dénonçait le même problème, en ciblant un autre établissement, à Taghazout cette fois. 

Amira nous explique qu’il y a environ un an, elle a été contactée par un membre de la direction du Salama, via Instagram. Il lui propose un dîner, en échange d’une publicité pour le restaurant sur son compte personnel. Elle accepte, et fixe date et heure. Le jour J, elle arrive au restaurant accompagnée d’une amie, elle aussi marocaine. Le videur lui demande si elle a effectué une réservation. Elle tente de lui expliquer sa situation, mais rien à faire, il refuse de les laisser entrer, sous prétexte que le restaurant est complet. Pendant qu’elle essaie de contacter le propriétaire du restaurant pour démêler la situation, deux touristes – blonds et blancs – arrivent sur place. Le videur leur demande s’ils ont effectué une réservation, ils répondent que non, et il les laisse entrer.

Le récit de cet épisode qu’Amira a partagé sur son compte a suscité de vives réactions de la part de ses abonnés, et particulièrement celles d’une dizaine de personnes qui disaient avoir déjà entendu parler ou vécu des situations similaires au Salama. De même, bien que la section “avis” soit désactivée sur la page Facebook du restaurant,  nous avons tout de même pu trouver des commentaires de personnes qui déplorent et dénoncent cette situation.  

    

On a testé pour vous…

Début juillet, TelQuel appelle le Salama de Marrakech en empruntant un prénom marocain, et en parlant arabe. Nous demandons une réservation pour le soir même, la réceptionniste répond et demande le nom, puis l’heure. Nous lui répondons “21 heures”, et d’un coup, le téléphone raccroche. Une minute plus tard, nous essayons d’appeler une seconde fois avec le même numéro : ça sonne une fois, puis ça coupe. Nous réessayons une troisième fois, idem. Une vingtaine de minutes plus tard, nous rappelons avec un autre numéro de téléphone, cette fois en parlant français et en donnant un nom et un prénom à résonance européenne : “Oui, ce soir à 20h, parfait”, répond chaleureusement la réceptionniste. 

Des cas précédents

En février 2019, Salima, une autre internaute, avait également publié un post Facebook dans lequel elle dénonçait vivement le comportement d’une membre du personnel du restaurant à son égard, lors d’une précédente visite. 

Je n'ai jamais pensé que j'allais vivre un épisode de racisme dans mon propre pays. Le soir du 8 février, nous avons…

Publiée par Salima Zr sur Mardi 12 février 2019

Elle raconte à TelQuel que lorsqu’elle est arrivée au Salama accompagnée de son mari, on ne l’a pas laissée rentrer à l’accueil, sous prétexte qu’ils n’avaient pas de réservation. “Alors on est rentrés au Riad où l’on séjournait pour les rappeler et effectuer la réservation. On parlait en arabe, et on l’a fait sous le prénom de mon mari, qui lui aussi est arabe. La réservation est confirmée, et une fois que l’on retourne sur place, on nous dit qu’il n’y a pas de réservation à notre nom”, raconte Salima à TelQuel.

Le couple insiste, et le réceptionniste les informe qu’il va appeler la responsable. Pendant ce temps, des touristes rentrent sans pour autant être interceptés à l’accueil, et Salima en profite pour leur demander s’ils avaient une réservation : ils répondent que non.

Lorsque la supérieure hiérarchique est arrivée, je lui ai fait un scandale et je l’ai directement accusée de ne pas nous laisser entrer parce que nous sommes Marocains. J’ai crié et j’ai fait une scène, elle a tout nié et m’a dit que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à faire un scandale sur les réseaux sociaux. C’est exactement ce que j’ai fait, et mon post a beaucoup circulé sur Facebook. Lorsque j’ai essayé de contacter le propriétaire, j’ai vu qu’il m’avait bloqué. J’ai aussi laissé un commentaire sur leur page Instagram, et dès qu’ils l’ont vu, ils m’ont bloquée sur ce réseau aussi”, raconte Salima.

Le propriétaire se défend

TelQuel a également contacté Nordine Fakir, propriétaire du Salama. Celui-ci dément entièrement toutes les accusations faites à l’encontre de l’établissement, et assure que “toute personne ayant les caractéristiques d’un client est la bienvenue, quelles que soient ses origines, sa religion, ou sa nationalité”. Il nous assure également qu’aucune personne n’a jamais été refusée au sein de l’établissement sur la base d’un critère discriminatoire quelconque.

Nous sommes au Maroc, le restaurant est tenu par des Marocains, tout le staff est marocain. Je ne comprends donc pas comment, ni pourquoi, on pourrait faire une chose pareille”, nous affirme le propriétaire du Salama. “Il y a peut-être déjà eu confusion, lorsque des clients viennent et demandent à prendre un café, parce que nous sommes situés en plein Jamâa El Fna. Dans ces cas-là, nous leur expliquons simplement qu’il s’agit d’un restaurant”, poursuit Nordine Fakir.

Quant à la multiplicité des accusations que l’on retrouve sur le Web, il estime que cela est dû à un effet de médiatisation propre aux réseaux sociaux : “En général, les choses prennent une tout autre dimension sur Internet. Il suffit qu’une seule personne porte une accusation du genre pour que plusieurs personnes s’y mettent”.

Plusieurs internautes se basent également sur le fait que les photos que le restaurant poste représentent principalement une clientèle d’origine étrangère. Sur ce point, le propriétaire se justifie : “Nous sommes un restaurant marocain, proposant une cuisine traditionnelle marocaine, alors bien sûr que notre clientèle sera principalement étrangère. Ce n’est pas un choix ou bien une sélection que l’on fait, et ce n’est pas parce que l’on n’accepte pas les Marocains. C’est tout simplement parce qu’en général, ça n’intéresse pas les Marocains de venir manger un tajine.

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