Qui est Rachid Ennassiri, l'écolo marocain repéré par la Fondation Obama?

Qui est Rachid Ennassiri, l'écolo marocain repéré par la Fondation Obama?

À Johannesburg, la Fondation Obama a regroupé, du 10 au 15 juillet, 200 jeunes entrepreneurs africains pour amener une nouvelle réflexion sur le continent au cours d'un programme qui va durer un an. Parmi eux, deux Marocains ont été sélectionnés, dont Rachid Ennassiri, un entrepreneur engagé auprès de la cause écologique. Son combat, amener à davantage de sensibilisation et d'action sur la question dans les zones rurales et montagneuses, en utilisant notamment la culture et la tradition comme levier. Portrait.

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Des nouvelles de Johannesburg : “Tout se passe bien ici. Il y a une très bonne ambiance avec les autres 199 jeunes sélectionnés”, nous écrit Rachid Ennassiri, sur une messagerie en ligne. Depuis le lundi 8 juillet, ce jeune Marocain, âgé de 26 ans et originaire de Tinghir, est en Afrique du Sud pour prendre part à un évènement loin d’être anecdotique. Du 10 au 15 juillet, la Fondation Obama réunit 200 jeunes issus du continent, point de départ d’un programme sur une année, axé sur le développement du leadership. L’objectif : soutenir et connecter les leaders africains de demain afin de “créer un changement positif dans leurs communautés”.

Rachid Ennassiri est l’un des deux Marocains retenus pour participer à la prochaine édition de la Fondation Obama.Crédit: DR

Un bonheur et une reconnaissance”, pour Rachid, l’un des deux Marocains à être du voyage. Lui et Touria Benlafqih ont été retenus parmi les 23.000 candidatures reçues par la fondation. Il s’agissait de la deuxième tentative pour Rachid Ennassiri, qui s’est confié à TelQuel à la veille de son départ. “J’avais postulé l’an dernier, mais je n’avais pas été sélectionné”, sourit-il. “Il fallait remplir un formulaire et présenter l’une des initiatives sur laquelle on souhaite travailler durant un an”.

Lui a eu l’embarras du choix, tant il s’est impliqué dans différents projets. Son cheval de bataille : l’écologie, thème marginalisé au Maroc sur le volet de l’action civile. “J’ai opté pour une initiative, lancée récemment à Ouarzazate : le Centre des jeunes Marocaines pour l’énergie durable (CJMED)”. Comme lui, de jeunes marocains, actifs dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique se sont réunis afin de créer la première plateforme régionale pour la promotion de la transition énergétique dans la région de Draâ-Tafilalet.

L’action des jeunes de la région de Ouarzazate vise les zones environnantes  les plus vulnérables. “Nous allons essayer de renforcer les capacités des jeunes de la région et de les sensibiliser à ces questions de développement durable, détaille notre interlocuteur sur cette initiative, à peine lancée le 8 juillet. Nous voulons aider les jeunes à porter des projets concrets en matière d’énergie propre en donnant des bases communes.

Repéré à la COP 22

C’est dès son adolescence que Rachid a décidé de faire de l’écologie, un engagement. “Un choix conforme avec ma passion pour le respect de l’environnement, dans lequel j’ai grandi”. Lui est originaire de Taghia’n’Ilmchan, à une quinzaine de kilomètres de Tinghir, le village natal d’Assou Oubaslam, leader de la bataille Bougafer et grande figure de la résistance berbère au colonialisme français. “Ce qui a été commencé par nos ancêtres avec les armes, nous le poursuivons avec le savoir, la connaissance et la pensée”, sourit-il.

Après des études dans sa région, il part pour Ouarzazate décrocher son bac en 2013. Dès lors, et après un premier diplôme de technicien en agriculture mécanique et équipements ruraux obtenu à Salé, il a multiplié les certifications nationales et internationales sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Au point de prendre part, en 2017, à un programme similaire à celui de la Fondation Obama, regroupant cette fois des jeunes du monde entier.

En 2016, en marge de la COP22 de Marrakech, il prend part à une compétition sur la poésie environnementale, qu’il remporte. “J’avais écrit un poème en langue berbère, mais les conditions étaient qu’il soit écrit en arabe, français ou anglais. J’étais obligé de le traduire”. Bien lui en a pris. Rachid remporte le premier prix et gagne en prime un voyage pris en charge, sur cette question de sensibilisation environnementale, à Vienne. “La première fois que je voyage en dehors du Maroc !”, s’exclame-t-il.

“Créer un modèle alliant écologie et culture »t

Désormais assistant technique au sein de l’Agence allemande pour la coopération internationale au Maroc (GIZ), Rachid planche sur plusieurs projets en parallèle : “Lorsque  j’ai passé mon entretien avec le GIZ, j’ai demandé s’il était possible de poursuivre dans le même temps les initiatives que j’ai initiées  au niveau local à Tamount”, détaille-t-il. Dans le cœur de l’Atlas, près de Denmate, il est à l’initiative d’Espace Tamount, un projet de tourisme durable, qui veut “créer un modèle alliant écologie et culture”.

Au sein de cet espace dirigé par un entrepreneur de la région, Rachid coordonne et développe différentes actions. Parmi elles, la Tamount Green School, “le coeur du projet”. “Nous avons pu mettre en place différents ateliers sur les métiers culturels propres à cette région de l’Atlas central et qui sont en train de disparaître malgré le fait qu’ils respectent l’environnement ”. Des métiers d’artisanat traditionnels comme facteur d’intégration pour ces zones rurales éloignées comme la confection de tapis berbères, l’extraction d’huile d’olive à l’ancienne, la poterie ou encore la menuiserie.

“Ce sont des métiers présents, mais dont la promotion est mal assurée. Ils peuvent subir une mauvaise image vu les prix auxquels le produit de leur travail est vendu dans les grandes villes”. Grâce à l’intervention de Rachid, touristes de passages ou institutions passent directement commande auprès des artisans.  De quoi réduire les intermédiaires, le transport et la pollution qui va avec. La Green School porte également son action auprès des plus jeunes habitants en les sensibilisant aux problématiques environnementales. “En 2017, nous avions pu former 200 jeunes de différentes catégories d’âge sur les ateliers verts, et vingt d’entre eux ont pu trouver un emploi direct”.

Le Haut-Atlas, l’Anti-Atlas et l’Atlas central sont des zones très riches en matières premières et en biodiversité, souligne le jeune entrepreneur vert. Cette région constitue le réservoir en eau du Maroc, mais les habitants comptent parmi les plus vulnérables face aux impacts du changement climatique”. D’autant que les politiques environnementales ne touchent que trop peu ces régions montagneuses rurales éloignées des façades littorales.

La protection de ces zones est justement l’une des autres causes défendues par Rachid qui est à l’initiative d’une pétition adressée à l’UNESCO pour l’inscription de la vallée comme patrimoine géologique et naturel mondial. Principalement visé, le pont naturel d’Imi n’Ifri, une arche d’une trentaine de mètres de haut, protégé par arrêté viziriel depuis 1949, et classé site d’intérêt biologique et écologique. “Un travail nécessaire”, pointe Rachid, tant le lieu accueille une biodiversité variée, avec plus de 170 espèces animales et végétales recensées, à quelques encablures de Demnate. “Les autorités locales comptent réaliser un investissement sur ce pont naturel, mais le site ne pourra pas y résister”, déplore-t-il.

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La nouvelle génération passe à l’acte

À l’image de Rachid, nombreux sont les millenials dans le monde à prendre fait et cause pour la question écologique. À Paris, New York et ailleurs, de nombreuses manifestations ont regroupé des milliers de jeunes sur cette question face aux dérives passées. Une urgence à laquelle Rachid croit : “Je crois que notre génération est la première qui va ressentir l’impact du changement climatique et la première à commencer à faire quelque chose”. Lui parle d’une jeunesse active dans la société civile au Maroc, bien qu’encore “absente au niveau des décisions”.

D’autant que ces thématiques d’environnement, mais aussi de culture, restent peu mises en avant par les politiques publiques. Son prochain engagement, l’intégration de la  digitalisation dans ces régions reculées pour faire avancer la conscience écologique. “La digitalisation est un levier important désormais et sera une composante à intégrer à notre projet de Green school. On pense à faire un mapping sur les besoins surtout au niveau des écoles primaires, collège et lycée pour évaluer la situation et sortir avec un plan d’action sur les réalisations à faire.” Alors que l’on interroge sur les investissements en masse, ces dernières années, du Maroc pour réduire son empreinte, on pointe également le peu d’actions menées au quotidien par les Marocains. “Il y a un potentiel au Maroc pour faire des économies à tous les niveaux. Notamment dans la gestion des déchets et la surconsommation en énergie.

Cruciale pour le monde de demain, la question l’est avant tout pour le continent. Elle en constitue même le grand défi de ce XXIe siècle tant elle est responsable du phénomène migratoire, de la pénurie alimentaire et de l’extension de zone de sécheresse. À Johannesbourg, ils sont une douzaine de jeunes à se pencher sur la question écologique. “On a eu un échange des expériences à ce propos qui nous a permis de proposer cette idée à la fondation : la rédaction d’une  déclaration des jeunes leaders de la Fondation Obama pour l’action climatique”, nous écrit-il depuis l’Afrique du Sud. Un “feedback” sur l’initiative est attendu. “J’ai également eu aussi un petit échange avec Ben Rhodes (conseiller d’Obama sur les communications stratégiques et sur les discours de la présidence, NDLR) sur l’engagement du Barack Obama lors de ses deux mandats”.

Si Barack et Michelle Obama n’ont pu être du déplacement, cette année à Johannesbourg, Rachid a été attentif à l’engagement du quarante-quatrième président américain sur la question écologique “Il a signé l’accord de Paris (il marque un temps, NDLR) avant que Donald Trump ne revienne dessus . Barack Obama était vraiment engagé dessus quand il était président. Et de revenir sur le déroulé de ces cinq jours de discussion en Afrique du sud. “Nous avons bénéficié de sessions pertinentes en leaderships, storytelling ainsi que des plaidoyers animés par des experts au niveau continental et international”. De quoi faire le plein de bonnes idées pour ses nombreux projets à venir, et sortir les questions écologiques et culturelles de leur marginalisation.

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