Hassan Outaklla, Néerlando-Marocain, nouveau conseiller du roi des Pays-Bas

Hassan Outaklla, Néerlando-Marocain, nouveau conseiller du roi des Pays-Bas

Hassan Outaklla, politologue néerlando-marocain de 36 ans, vient d'être nommé conseiller personnel du couple royal des Pays-Bas. Il s'était déjà distingué par son engagement en faveur de la communauté musulmane.

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C’est à un poste prestigieux qu’un Marocain résidant à l’étranger a été nommé. Hassan Outaklla, 36 ans, a été choisi par le couple royal néerlandais en tant que nouveau conseiller personnel de la couronne. “Le roi Willem-Alexander a nommé un nouveau conseiller personnel pour lui-même et la reine Máxima”, a annoncé, le 12 juillet, le service d’information du gouvernement des Pays-Bas. La prise officielle de fonctions est attendue pour le 15 août, d’après ce même communiqué. Le nouveau conseiller remplacera Bram Gille, en poste depuis le 18 février dernier.

Hassan Outaklla sera chargé d’informer le couple royal de tout ce qu’il peut se passer dans la société néerlandaise. Il sera également en charge de considérer quelles personnalités le roi Willem-Alexander et la reine Máxima des Pays-Bas pourront recevoir en audience royale.

Un natif de la vallée des roses, conseiller du roi au pays des tulipes

Avant d’atterrir au Palais royal d’Amsterdam, ce politologue de formation s’est forgé un parcours éclectique aux Pays-Bas. Diplômé en sciences politiques à l’Université d’Amsterdam en 2007, Hassan Outaklla a travaillé en tant que consultant en gestion pour KPMG, qui compte parmi les réseaux de cabinets d’audit les plus importants. Un poste qu’il occupera pendant quatre ans avant d’occuper des postes plus institutionnels.

Dès 2011, il intègre l’Autorité néerlandaise des marchés financiers, chargée de réguler la conduite du marché, des acteurs et des produits de la bourse néerlandaise. Hassan Outaklla y a occupé différents postes à responsabilité avant de devenir conseiller principal en matière de coordination des activités liées à la politique publique et stratégique. Entre temps, il a également travaillé à l’ambassade des Pays-Bas aux États-Unis.

Hassan Outaklla s’est aussi montré très actif au sein de la communauté marocaine aux Pays-Bas. Ce natif de Kelâat’Mgouna a en outre consacré sa thèse en sciences politiques au rôle des mosquées dans l’intégration des jeunes Marocains à Amsterdam.

Engagement estudiantin

En 2005, alors étudiant à l’Université d’Amsterdam, Hassan Outaklla a été à l’origine d’une pétition demandant à ne plus stigmatiser la communauté musulmane des Pays-Bas suite au meurtre de Théo Van Gogh, quelques mois plus tôt. Ce dernier, arrière-petit-fils du peintre Vincent Van Gogh, avait été poignardé par un islamiste d’origine marocaine dans une rue d’Amsterdam alors qu’il circulait à vélo, le 2 novembre 2004.

Cinéaste, polémiste et caricaturiste Théo Van Gogh tenait un discours critique et provocateur à l’égard de l’islam, qu’il présentait comme “une idéologie totalitaire”, inconciliable avec la démocratie. Un discours qu’il dépeint dans l’un de ses courts-métrages, “Submission” (Soumission), diffusé quelques mois avant son assassinat et dans lequel il présentait les confessions et questionnements de femmes voilées, d’abord soumises avant d’oser défier la parole divine. Sa mort avait provoqué une vive émotion aux Pays-Bas, et ouvert un débat sur l’intégration des ressortissants marocains essentiellement.

La pétition portée par Hassan Outaklla avec sept autres étudiants – turcs et marocains essentiellement et se revendiquant de confession musulmane – interpellait sur cet assassinat “qui n’a pas été commis par l’Islam, mais par un seul individu”. “Ces dernières années, nous nous sommes sentis de plus en plus incompris, discriminés et généralisés”, déclarait Hassan Outaklla à l’époque, dans des propos rapportés par le quotidien néerlandais De Telegraaf.

C’est également à cette période qu’apparaissait dans le débat public celui qui deviendra la figure anti-islam néerlandaise, Geert Wilders. En 2016, ce député d’extrême droite, leader du Parti pour la liberté (PVV), avait été reconnu coupable, en première instance, de discrimination, pour avoir promis, lors d’un rassemblement électoral en 2014, “moins de Marocains” dans son pays. Le chef d’accusation d’incitation à la haine n’avait pas été retenu par les juges, “faute de preuves”. Son procès en appel s’est ouvert le 25 juin dernier.

Une nomination symbolique dans un pays divisé ?

La désignation de Hassan Outaklla comme conseiller royal aux Pays-Bas n’a pas mis fin au débat. Sur les réseaux sociaux, quelques voix se sont élevées pour critiquer la nomination du trentenaire marocain à une fonction aussi proche de la couronne. Parmi elles, celle de Joost Niemoller, ancien journaliste, adoubé par Geert Wilders après avoir exprimé à de nombreuses reprises ses positions dans le débat sur l’islam et l’intégration aux Pays-Bas. “Le roi des Pays-Bas a nommé quelqu’un ayant la double nationalité en tant que secrétaire général, a réagi, dans un tweet, Joost Niemoller. La double citoyenneté, c’est la double loyauté. Le roi du Maroc a autant d’yeux et d’oreilles, proches de Willem-Alexander”.

Souvent présenté comme à l’avant-garde mondiale en termes de libéralisation des moeurs, le petit royaume – qui a légalisé drogues douces, euthanasie et mariage homosexuel – bute désormais sur l’intégration de sa communauté musulmane qui regroupe 5% de pratiquants sur 17 millions d’habitants. Selon l’Office central des statistiques, les Marocains – principalement issus des régions du nord du Maroc – en forment l’une des plus importantes communautés avec les Turcs.

Si jusqu’à présent, la nomination de Hassan Outaklla n’a pas fait l’objet de commentaire du Palais d’Amsterdam, la couronne néerlandaise avait récemment tendu une main vers la communauté musulmane. Au cours du dernier ramadan, le roi Willem-Alexander avait fait les gros titres en effectuant une “visite surprise” dans un centre social de quartier, à La Haye. D’après le quotidien batave de Volkskrant, Willem-Alexander a fait du mantra “connecter, encourager et représenter”, le “crédo de sa royauté”.

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