Interpellée sur le mouroir de Tit Mellil, Hakkaoui s'en remet à Dieu et à l'Intérieur

Interpellée sur le mouroir de Tit Mellil, Hakkaoui s'en remet à Dieu et à l'Intérieur

Le décès d’un vingtième pensionnaire du Centre social “Dar El Khir” de Tit Mellil le 3 juillet a alerté plusieurs parlementaires à la Chambre des représentants. Ces derniers ont interpellé Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, sur les conditions de vie dans ce centre. La ministre a redirigé la responsabilité vers le ministère de l’Intérieur. Elle affirme aussi “prier Dieu de nous aider à porter secours à ce centre”.

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Bassima Hakkaoui le 9 juillet au Forum de la MAP. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Les députés de la Chambre des représentants se saisissent du dossier du Centre social “Dar El Khir” de Tit Mellil. Lors de la séance plénière hebdomadaire de lundi consacrée aux questions orales, les groupes parlementaires du Rassemblement constitutionnel (formé par le RNI et l’Union constitutionnelle) et du Parti authenticité et modernité (PAM), ont interpellé la ministre de la Famille, Bassima Hakkaoui, sur les conditions de vie des pensionnaires de l’établissement. Ces dernières avaient d’ailleurs fait l’objet d’une récente enquête de TelQuel, ainsi que sur un nouveau décès survenu le 3 juillet.

La semaine dernière, un pensionnaire du Centre social de Tit Mellil a trouvé la mort dans des circonstances inhumaines. Le défunt qui souffrait du diabète a été rongé par les vers”, déplore Khalid Chennaq, du Rassemblement constitutionnel. “Le défunt se faisait soigner à l’eau de javel, malgré la présence au niveau du Centre de trois médecins et deux infirmières. C’est inadmissible !, a renchéri la députée PAM, Fatima Taoussi.Lors de votre visite du Centre social de Tit Mellil en août 2018, au lieu de visiter les ailes qui voilent le côté sombre du Centre, vous avez parcouru les services d’astreinte qui sont en bon état. Pis, vous avez déclaré, à l’issue de cette visite, que la situation du centre est nettement meilleure que celle des cités universitaires”, a ajouté l’élue à l’adresse de Bassima Hakkaoui.

Engagée, mais pas responsable

La ministre a débuté son intervention en rappelant que son “engagement” pour le travail social précédait son entrée dans le gouvernement. “Lorsque j’étais encore parlementaire, j’ai présidé la commission des secteurs sociaux et, dans ce cadre, j’ai organisé plusieurs visites d’inspection pour observer de visu ce qui se passe au niveau de ces centres. J’ai d’ailleurs établi plusieurs rapports que vous pouvez consulter”, a souligné Bassima Hakkaoui, en fixant du regard la députée du PAM. Elle poursuit : “Une fois ministre, j’ai visité ce centre, mais on ne peut pas tout changer. Maintenant, je prie Dieu de nous aider à porter secours à ce centre, dans la limite du possible”.

Tout en se dressant en fervente défenseuse des droits de l’Homme, la ministre de la Solidarité se dégage de toute responsabilité à l’égard des problèmes auxquels font face les pensionnaires du centre social de Tit Mellil. Elle rappelle ainsi que “le ministère de la Solidarité n’est pas le seul responsable des 12 centres sociaux qui existent au Maroc (…) Ils sont tous sous la tutelle du wali et du gouverneur”. Bassima Hakkaoui explique ensuite que “le rôle du ministère de la Solidarité se limite au soutien financier desdits Centres à travers les subventions. D’ailleurs en 2018, nous avons consacré 5 millions de dirhams au Centre social de Tit Mellil en vue d’améliorer la qualité de la prise en charge de ses pensionnaires”.

Responsable quand même

Dans un rapport consulté par TelQuel, l’Instance nationale des droits de l’Homme (INDH) désigne le juge-commissaire en charge de la gestion de cet établissement comme “responsable de plusieurs dysfonctionnements dans la gestion du centre”. Le document souligne, entre autres points, que “le juge-commissaire manque de compétences en matière de communication et de gestion administrative, éducative et sociale. Faisant en sorte que le centre soit dans une situation catastrophique”.

Ce juge-commissaire a été affecté le 2 avril 2018 par le ministère public pour gérer les affaires du Centre social de Tit Mellil, en réponse à la demande de la ministre de la Solidarité, Bassima Hakkaoui, agissant en vertu de la loi 14.05. Cette affectation faisait suite à des dysfonctionnements constatés lors d’une visite de la commission provinciale de contrôle des établissements de protection sociale, présidée par le gouverneur de la préfecture de Médiouna. Contactée dans le cadre de notre enquête, la ministre de la Solidarité avait précisé que “la procédure inverse sera enclenchée dès que le dossier de la nouvelle association candidate à la gestion du Complexe nous parviendra et satisfera aux conditions prévues par la loi 14.05”.

Selon Hasna Hajib El Idrissi, membre de l’INDH en charge du dossier, “le ministère public est également en attente d’une décision émanant de la ministre de la Solidarité pour pouvoir évincer le juge-commissaire et mettre fin à sa gestion catastrophique du Centre social de Tit Mellil”. Recontactée par nos soins après la publication de l’enquête, Bassima Hakkaoui n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Pour Fatima Taoussi, députée du PAM, ce blocage vient du fait qu’il s’agisse “ de simples mendiants, de personnes sans domiciles, et donc qui ne votent pas. C’est la raison pour laquelle ils sont abandonnés à leur propre sort”.

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