Nominations à la tête de l'UE, un quinté gagnant pour le Maroc ?

Nominations à la tête de l'UE, un quinté gagnant pour le Maroc ?

Les dirigeants européens ont fini par s'entendre le 2 juillet sur les nominations aux postes-clés de l'organigramme de l'Union européenne pour les prochaines années. Rabat pourra y compter sur des visages familiers.

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. Crédit: Photos AFP / Montage TelQuel

Les tractations ont été longues, âpres. Les Vingt-huit ont fini par se mettre d’accord, mardi en fin de journée, sur la répartition des postes-clés de l’Union européenne (UE). Et comme souvent dans les affaires intraeuropéennes, c’est le tandem franco-allemand qui est parvenu à imposer ses vues sur le nouvel Exécutif européen.

Pas sûr que le Maroc trouve à y redire grand-chose, tant le Royaume retrouve des visages familiers parmi les cinq personnages-clés de la nouvelle mandature. Première dans l’histoire de l’institution européenne, deux femmes héritent de portefeuilles majeurs : l’Allemande Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne et la Française Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne (BCE).

Pour compléter le quinté, le Belge Charles Michel a été choisi au Conseil européen, tandis que l’Espagnol Josep Borell, chef de la diplomatie espagnole, est propulsé à la tête de la diplomatie européenne. Enfin, David-Maria Sassoli sera quant à lui président du parlement européen pendant deux ans et demi. En attendant que ce même parlement valide mi-juillet ces nominations, TelQuel revient sur ces personnalités de premier plan donc, qui pourraient permettre une continuité des relations entre l’Union et le Maroc. Explications.

Christine Lagarde, une pragmatique qui connaît le Maroc

L’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a vu son nom apparaître dans la liste des successeurs à l’Italien Mario Draghi seulement ces derniers jours. Pour beaucoup, elle devrait s’inscrire dans la continuité du mandat précédent.

À 63 ans, après avoir été ministre sous les présidences de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, celle qui est souvent qualifiée de “pragmatique” a effectué de nombreux déplacements au Maroc et notamment depuis sa nomination à la tête du FMI, en juillet 2011. En visite dans le Royaume en mai 2014, elle avait félicité les efforts du Maroc, qui “recueille les fruits de ses efforts de diversification et de promotion des exportations et de l’investissement public, notamment dans les filières automobile, aéronautique et électronique”. Plus récemment, en octobre 2018, le FMI a choisi Marrakech pour organiser les assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI en 2021. Un choix qu’elle a défendu, considérant le Maroc comme “un point de convergence”.

Christine Lagarde n’a cependant rien d’une femme conciliante. Elle s’est notamment montrée sévère, voire inflexible, dans la gestion du cas de la Grèce. Critiquée sur ses positions jugées “infléchies pour accommoder la zone euro”, elle s’en défendra en affirmant au Figaro en 2015 que “l’ampleur et la nature des efforts exigés des Européens étaient bien supérieures à ce qui est attendu d’autres pays comme la Jordanie, la Tunisie ou le Maroc”. Faut-il dès lors craindre que l’Union européenne se montre beaucoup plus exigeante à l’avenir vis-à-vis de ses partenaires périphériques ?

Josep Borell, un “ami” qui nous veut du bien ?

À 72 ans, Josep Borell devient Haut Représentant aux Affaires extérieures de l’Union européenne. Il succède à Federica Mogherini à ce poste. Après trois ans d’une relation Maroc-UE prise en otage par la négociation de nouveaux accords de coopération incluant le Sahara, l’Italienne avait eu le temps de souhaiter que le partenariat soit “relancé” entre les deux parties.

Rien n’indique que son successeur reviendra sur ce principe, bien au contraire. Le gouvernement dont est issu Josep Borell, ministre des Affaires étrangères espagnol, n’a eu de cesse de pousser Bruxelles à débloquer des aides européennes pour aider le Maroc à réguler l’immigration illégale en Méditerranée occidentale.

En marge de la dernière visite d’État du roi d’Espagne Felipe VI à Rabat, Josep Borell s’était entretenu avec son homologue marocain Nasser Bourita, et avait signé un partenariat stratégique multidimensionnel “gagnant-gagnant”. Il avait qualifié de “modèle” la relation Maroc-Espagne dans “un monde trouble où la coopération ne constitue pas l’actif le plus important de la politique internationale”.

A ses yeux, le Maroc reste un “partenaire clé”. C’est d’ailleurs la position qu’avait défendue le Premier ministre espagnol lors d’un Conseil européen, en octobre 2018, débloquant ainsi un décaissement substantiel. “Un effort important doit être soutenu à moyen et long terme par un véritable partenariat stratégique entre l’UE et le Maroc”, plaidait-il.

Charles Michel, retour politique inattendu pour celui qui a défendu bec et ongle le Pacte de Marrakech

La fin de l’automne a été mouvementée pour l’ancien Premier ministre belge. Il est l’une des personnalités politiques à avoir le plus subi les remous provoqués par l’adoption du Pacte de Marrakech sur les migrations, agité comme chiffon rouge par les partis nationalistes européens. En Belgique, c’était le groupement flamand du N-VA qui avait menacé de quitter la majorité parlementaire en cas d’approbation du texte onusien pourtant non contraignant. Finalement présent à Marrakech, il a expliqué que sa présence témoignait “d’un acte fort”, et montrait que “la Belgique sera là encore du bon côté de l’histoire”.

A son retour, il n’avait pu échapper à la crise gouvernementale. Son soutien au pacte pour les migrations avait eu raison de sa position, et Charles Michel avait été contraint de démissionner huit jours plus tard.

En février 2015, Charles Michel s’était par ailleurs rendu au Maroc rencontrer les autorités afin d’intensifier la coopération entre Bruxelles et Rabat, notamment sur l’enregistrement d’empreintes digitales des Marocains résidant en Belgique.

Réformateur libéral, il hérite, à 44 ans seulement, de la présidence du Conseil européen en remplacement de Donald Tusk. Une nomination qui a surpris les observateurs.

Ursula von der Leyen, l’inconnue

L’actuelle ministre allemande de la Défense, issue du Parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, dont elle est proche, va succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Elle est la première femme à occuper ce poste. C’est elle qui sera chargée de piloter l’administration européenne, ses lois et réglementations, et de distribuer les différents portefeuilles aux commissaires.

Pour l’Union européenne, le Maroc est un partenaire stratégique majeur en Afrique du Nord et sur l’ensemble du continent”, évoquait son prédécesseur, Jean-Claude Juncker. Il ajoutait : “Nous partageons de nombreux défis et opportunités communs”. Il faudra attendre les premières positions d’Ursula von der Leyen pour s’assurer de la continuité.

David-Maria Sassoli, un sourire prometteur

Alors vice-président du parlement européen, David Sassoli a présidé deux séances plénières importantes pour le Maroc à Strasbourg : le 16 janvier 2019 pour le vote du nouvel accord agricole Maroc-UE, et le 12 février pour l’accord de pêche.

Anecdote : Le 16 janvier, à l’issue du vote favorable au Maroc, l’eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský prend la parole pour saluer la délégation marocaine présente dans l’hémicycle. Requête acceptée. “Merci à la délégation marocaine, merci de votre présence”, sourit brièvement David Sassoli sous les applaudissements.

À 63 ans, cet ancien journaliste, et ex-présentateur du journal télévisé de la Rai 1 s’est hissé au poste de président du Parlement européen, où il succède à son compatriote Antonio Tajani.

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