Singes magot, toute une espèce menacée

Singes magot, toute une espèce menacée

Depuis 1990, près de 65% des singes magot ont disparu du Moyen-Atlas, la plus grande réserve au monde. La survie de cette espèce au niveau mondial est aujourd'hui menacée. En cause : le tourisme, la déforestation, mais également le braconnage et le commerce illégal.

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AFP

Peut-être vous est-il déjà arrivé de croiser ce primate au pelage clair au détour d’une balade dans les forêts d’Ifrane, sur la place Jamaâ El Fna à Marrakech, ou bien à l’état sauvage dans les forêts du Rif. Le singe magot, ou macaque de barbarie, est l’une des espèces animales qui font la richesse de la faune marocaine. Pourtant, aujourd’hui, sa survie est incertaine. L’espèce est menacée d’extinction, selon l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Le macaque berbère a d’ailleurs été classé en 2016 dans l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), comme espèce “très protégée”.

Une possible disparition d’ici 15 ans

Près de 65 % des spécimens ont disparu depuis 1990 dans le Moyen-Atlas. Si rien n’est fait, il n’y aura plus de singes magot d’ici quinze ans au Maroc alors qu’il fait partie du patrimoine immatériel international et participe à la protection des forêts”Faical Boutlib est l’un des fervents défenseurs du magot, ou Macaca Sylvanus, la seule espèce de macaque présente en Afrique. Président de l’Association marocaine pour la protection du patrimoine et du singe magot, ce docteur en primatologie a fait de la survie de cette espèce son cheval de bataille.

Car les causes de sa possible disparition sont multiples : les touristes tout d’abord, qui nourrissent les singes de denrées non adaptées à leur régime alimentaire, mais aussi la déforestation, qui “dégrade et réduit son habitat naturel, le cèdre principalement”, explique Faical Boutlib. Un des autres facteurs de risque n’est autre que le braconnage, destiné au commerce illégal national ou à l’exportation vers l’Union européenne. Les jeunes singes seraient ainsi vendus au Maroc à des montreurs de singes ou à des touristes, “pour un prix situé entre 2.500 et 15.000 dirhams” selon le primatologue.

Une détention illégale au Maroc

La détention d’espèce sauvage est en effet interdite au Maroc depuis 2011, par la loi n°29-05 relative à la protection des espèces de flore et de faune sauvages et au contrôle de leur commerce. Selon Faical Boutlib, 38 personnes ont été arrêtées pour ce motif en 2018.  Seule exception : la place Jamaâ El Fna à Marrakech, où certaines personnes possédant un macaque de barbarie bénéficient d’une autorisation préalable des autorités locales.

La situation de la place Jamaâ El Fna rentre dans le cadre de la détention de la faune sauvage à des fins culturelles”, explique Zouhair Amhaouch, chef de division des parcs et réserves naturelles au Haut commissariat des eaux et forêts. “Mais à la différence par exemple des fauconneries de la région d’El Jadida, qui bénéficient également d’autorisations spécifiques, les singes magots sont une espèce en voie d’extinction”, poursuit le cadre. Néanmoins, les détenteurs de macaques à Marrakech ne sont pas tous en règle.

Le problème est que cela peut engendrer du commerce illégal sans autorisation”, explique Zouhair Amhaouch. “L’activité culturelle  ne doit pas engendrer d’activité illégale» avertit le fonctionnaire.  Les singes provenant ainsi du commerce et de la détention illicites sont saisis à leurs propriétaires, et remis au Parc zoologique national de Rabat, qui collabore avec le Haut Commissariat dans la gestion de l’espèce.

Un renforcement de la législation 

Si la situation devait s’aggraver davantage pour la survie de l’espèce, serait-il envisageable d’interdire ces pratiques, malgré le fait qu’elles attirent chaque année de nombreux touristes ? Zouhair Amhaouch répond par l’affirmative. “Bien sûr, il est du devoir du Maroc d’assurer la conservation de l’espèce”. Certaines associations, comme la BMAC (Barbary macaque awareness and conservation), prônent une application plus rigoureuse et un renforcement des lois en la matière pour assurer la survie du singe. “Sans cela, c’est impossible”, explique Ahmed Harrad, président de l’organisme. “Tout le monde doit être actif : la police, la gendarmerie, les communes, les tribunaux, mais également les citoyens et les touristes.

Aujourd’hui, il ne reste plus que quelque 5.000 spécimens au Maroc, selon les chiffres du Haut Commissariat des eaux et des forêts. Leur présence est notamment significative dans le Moyen Atlas, plus au nord dans le Rif, et de manière plus anecdotique dans le Haut Atlas. Le Maroc est le pays qui détient la plus grande réserve de spécimens au monde, même s’il en existe encore à l’état sauvage en Algérie, dans les massifs de Kabylie. Quelques singes magot vivent également à Gibraltar, où ils ont été introduits d’Afrique du Nord et constituent aujourd’hui une célèbre attraction touristique.

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