Semenya accuse la FRMA d'avoir saboté sa participation au 800m de Rabat

L'athlète Sud-Africaine Caster Semenya accuse la Fédération marocaine d'avoir “rendu impossible” sa participation au 800 mètres de Rabat, dimanche 16 juin. En cause, son taux de testostérone.

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L'athlète Sud-Africaine Caster Semenya à l'arrivée d'un 800m à Doha en mai 2019. Crédit: Karim JAAFAR / AFP

Je ne suis pas idiote, pourquoi je prendrais des hormones ? Je suis une véritable athlète, je ne triche pas. Ils devraient se concentrer sur le dopage, pas nous.” On sent la colère teintée d’amertume chez Caster Semenya. La Sud-Africaine spécialiste du demi-fond (800-1 500 mètres) aurait été empêchée de courir à la Ligue de Diamant de Rabat, dimanche 16 juin. Elle est, d’après la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), une femme “hyperandrogène”, un désordre hormonal complexe qui provoque une production excessive par les ovaires et les glandes surrénales d’androgènes, notamment de testostérone. Les femmes qui en souffrent présentent un morphotype masculin. Et cela ne plaît ni à la Fédération internationale, ni à la Fédération marocaine (FRMA).

La double championne olympique a déclaré dans un communiqué qu’elle n’avait pas “décliné l’invitation” du meeting de Rabat, comme l’avait expliqué à l’AFP Alain Blondel, le responsable du plateau de la compétition, mais que “l’invitation tardive” avait “rendu impossible” sa venue au Maroc. Selon Caster Semenya, la Fédération marocaine l’a, dans un premier temps, invitée à courir avant de se rétracter puis de refaire machine arrière : “Le 7 juin 2019, Caster a accepté l’invitation de la Fédération de se présenter à Rabat le 16 juin, indique le communiqué. Elle a pris les dispositions nécessaires et a réservé le 12 juin un vol Paris-Rabat. Le 11 juin, Alain Blondel a soudainement informé l’agent de Caster que le président de la Fédération marocaine d’athlétisme ne voulait pas que Caster court. Frustrée par cette injustice et ce rejet tardif, Caster n’a pas eu d’autre choix que de retourner en Afrique du Sud”, indique le communiqué.

“Le 14 juin, la Fédération a de nouveau changé de cap et a dit à l’agent de Caster que Caster était invitée à courir le 16 juin, poursuit le communiqué. À ce moment-là, les seuls vols à destination de Rabat auraient supposé un voyage de 20 heures, ce qui signifie que concourir n‘était rationnellement pas possible pour Caster.”

Caster Semenya s’est fait remarquer en 2009 après avoir remporté magistralement le 800 mètres aux championnats du monde d’athlétisme. La Fédération avait alors exigé que l’athlète passe une batterie de tests génétiques, gynécologiques et psychologiques pour prouver qu’elle était bel et bien une femme. En juillet 2010, l’IAAF acceptait “les conclusions de la commission d’experts médicaux l’autorisant avec effet immédiat à participer aux compétitions” féminines. Mais aujourd’hui, l’IAAF veut imposer à toutes les athlètes dans sa situation un traitement hormonal, artificiel donc, de façon à faire baisser leur taux de testostérone sous 5 nanomoles par litre de sang (contre 10 nmol/l de sang auparavant) ; une décision approuvée par le Tribunal arbitral du sport (TAS), le 8 mai dernier.

“Le tribunal a déterminé que le règlement de la Fédération était discriminatoire mais que, sur la base des preuves soumises par les parties au cours de la procédure, une telle discrimination constituait un moyen nécessaire, raisonnable et proportionné […] de préserver l’intégrité de l’athlétisme féminin dans le cadre de certaines disciplines, a ainsi justifié le TAS par la voie d’un communiquéCette sentence a été rendue à la majorité. Toutefois, les trois arbitres ont tous exprimé les mêmes préoccupations concernant l’application de ce nouveau règlement.” Et à la cour suprême suisse, saisie par Caster Semenya, de rétorquer, début juin, en annonçant la suspension temporaire des règles de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) pour permettre à Caster Semenya “de participer à des compétitions sans aucune restriction tout pendant que son appel est à l’étude”.

Yahya Saidi, spécialiste du droit du sport voit dans l’affaire Caster Semenya un simple “soucis de timing” : “Il n’y a aucun reproche à faire à la Fédération marocaine, contrairement à ce qui se dit. Alain Blondel, le responsable du plateau de la compétition, a parfaitement respecté le règlement. Au moment de l’invitation, Semenya était en effet inéligible à courir à Rabat. Le tribunal du sport de Lausanne a rendu sa réponse trop tardivement. Semenya n’a pas à imposer son invitation aux organisateurs. Contrairement aux Jeux Olympiques ou aux championnats du monde, le choix du recrutement des athlètes est au bon vouloir des organisateurs du meeting. ” Contacté par TelQuel, le secrétaire général de la FRMA n’a pas souhaité s’exprimer, visiblement gêné.

L’affaire Caster Semenya révèle un problème bien plus vaste. Elle soulève la question des avantages naturels — dans le cas des femmes “hyperandrogène”, on ne peut pas parler de dopage puisque la testostérone est produite naturellement — et des discriminations contre les athlètes femmes. En effet, la même logique d’équité ne s’applique pas pour les hommes.