Imbroglio autour de l'annulation du festival de danse de l'Israélienne Simona Guzman

Le festival international de danse orientale “Délice Méditerranéen” devait avoir lieu du 3 au 10 juin à Marrakech. Retour sur une annulation teintée de populisme.

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Image d'illustration. Crédit: DR

Impulsé par la danseuse israélienne Simona Guzman, le Festival international de danse orientale Délice Méditerranéen, prévu du 3 au 10 juin à Marrakech, n’a finalement pas eu lieu. L’organisatrice de l’évènement nous affirme que les autorités locales “ont envoyé une correspondance à l’ensemble des hôtels de la ville pour les dissuader d’abriter la manifestation”. “Je trouve que c’est vraiment dommage, car je suis amoureuse du Maroc, c’est un pays exceptionnel connu pour sa tolérance. Pourquoi donc viser ma manifestation sous prétexte que je suis israélienne ? Je ne comprends pas non plus pourquoi on tente de mêler la politique dans un évènement artistiqueconfie-t-elle.

Cette manifestation devait accueillir une soixantaine de participantes pour un séjour payant de quatre jours dans la ville ocre (les packs allaient de 8.000 à 13.000 dirhams). “Il y a eu une grande confusion autour de l’évènement que je souhaitais organiser. Les gens ont cru que j’organisais une grande manifestation ouverte au grand public alors que c’est faux. Il s’agit d’un ensemble d’ateliers autour de la danse du ventre ouverts sur inscription à des professionnelles et des amatrices de cette danse”dit-elle.

Au programme donc, des stages de danses avec une dizaine de professeurs venus d’Égypte, du Japon, de Taïwan ou d’Israël, mais aussi des excursions aux cascades d’Ouzoud ou à Essaouira, comme on peut lire sur le site du Délice Méditerranéen.

Simona Guzman avait d’abord convenu d’organiser son évènement au Kenzi Club Agdal Médina. “Fin mars, j’ai signé un contrat avec cet hôtel, quelque temps plus tard, ils sont revenus vers moi pour me dire qu’on n’avait pas convenu de l’organisation d’un festival. Ils ont fait marche arrière à cause de quelques articles hostiles”nous raconte-t-elle.

Hicham Mellouli, directeur général du Kenzi Club Agdal Médina, nous affirme pour sa part que l’annulation du contrat n’est pas politique, mais technique. “La dame a viré l’argent en retard, c’est l’unique raison pour laquelle le contrat a été rompu”, nous indique le patron de l’hôtel. Une version contestée par Simona Guzman : “Le retard de virement n’est qu’une excuse. La preuve, quand ils ont reçu l’argent, nous avons continué à discuter des détails de l’évènement, ce n’est que deux semaines plus tard, qu’ils ont décidé d’annuler le contrat”.

La danseuse ne perd pas espoir et retente d’organiser son festival dans un autre hôtel marrakechi. “J’ai fait les démarches auprès d’un autre hôtel, dont je préfère ne pas citer le nom, qui a accepté de nous accueillir. Mais dans la foulée, ils se sont excusés, car les autorités les ont dissuadés d’abriter l’évènementJ’ai décidé alors d’arrêter de me battre, car l’affaire prenait une dimension politique et je ne pouvais pas prendre le risque pour la sécurité des personnes qui allaient assister au festival”.

Polémique, populisme et passé conflictuel.

Dès le mois d’avril, des voix se sont élevées pour contester l’organisation de cette manifestation sur le sol marocain. Ahmed Ouaïhaman, président de l’Observatoire marocain contre la normalisation, a d’ailleurs qualifié l’évènement de “dangereuse provocation” et de “tentative de pénétration sioniste” sur le sol marocain. Al Jazeera ira même jusqu’à y voir “une atteinte à la sûreté spirituelle des Marocains”, ou encore “une veine tentative de saper notre cohésion sociale et culturelle”, en raison du choix de la capitale des Almoravides et de la période, qui coïncidait avec la fin du mois du ramadan.

Simona Guzman, dont le père serait né à Tétouan, rétorque : “l’art est une discipline qui n’a strictement rien à voir avec la politique. Justement à travers la danse, on rassemble des personnes venues des quatre coins du monde. On tente de faire ce que les politiciens ont failli à faire”. Et d’ajouter “ceux qui invoquent le timing, qu’ils sachent que je respecte le ramadan et que j’aurais pu changer les dates, mais ça dépasse la question du jeûne. Et c’est dommage, car cet évènement est une manière de promouvoir le Maroc et sa beauté”.

Créé en 2010, le Festival international de danse orientale a déjà fait des remous au Maroc. Après une première édition à Istanbul, Simona Guzman a décidé d’organiser la manifestation à Marrakech en 2011. “Malgré une petite manifestation, on a pu l’organiser grâce à l’aide des autorités”, précise la danseuse qui a la double nationalité israélienne et turque. L’année suivante, elle décide de revenir dans la ville ocre, mais cette fois-ci, ça ne passe pas. “Il y a eu une violente campagne à mon encontre. Ils ont hacké mon site web, il y a eu des manifestations et au vu de la gravité de la situation, j’ai dû délocaliser mon évènement en Grèce”, nous raconte-t-elle. Et de conclure “J’ai cru que huit années plus tard, la situation aurait changé, mais malheureusement ce n’est pas le cas”.