Au Maroc, la répression engendre l'activisme selon une chercheuse américaine

Au Maroc, la répression engendre l'activisme selon une chercheuse américaine

Adria K. Lawrence, professeur de sciences politiques à l'université américaine Johns Hopkins interroge l'impact de la répression du mouvement du 20 février sur l'activisme. 

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Marche contre le jugement des détenus du hirak. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Le 21 février 2012, dans un post sur Facebook, H. A. qui a contribué à rédiger le premier appel du mouvement du 20 février s’insurge :Les dinosaures ont transformé le M20 en quelque chose qui ne diffère que par le nom des mouvements qui ont échoué dans le passé. Sous de nouvelles formes, ils ont commis les mêmes erreurs, produit les mêmes illusions. Ceux qui disent que le mouvement perdure ne parlent que de la continuité du label…

Différentes interprétations se livrent concurrence pour éclairer la trajectoire marocaine au lendemain du mouvement du 20 février, la plupart se focalisant sur les causes et conséquences de la crise politique et sociale. Quid des dynamiques protestataires ? Pourquoi certaines personnes sont-elles plus enclines à manifester contre le régime ? Comment la répression affecte-t-elle leur volonté d’agir ? Le centre de recherche TAFRA a publié, début juin, la conclusion des travaux d’Adria K. Lawrence, professeur de sciences politiques à l’université Johns Hopkins.

S’appuyant sur des données recueillies en amont des manifestations du printemps arabe au Maroc, cet article affirme que l’activisme se transmet de génération en génération : “Les instigateurs du M-20 viennent souvent de familles ayant précédemment souffert aux mains du régime”, synthétise TAFRA. “La plupart d’entre eux viennent de familles qui ont déjà souffert du régime en raison de leurs activités politiques, ce qui a influencé leur décision de militer avant l’apparition du Mouvement. Tous les répondants décrivent un sentiment d’obligation de ‘faire quelque chose’ qui les a poussés à rejoindre des organisations défendant des causes spécifiques, comme l’amazigh, les droits des femmes et les droits des prisonniers. Organisations qui contestaient déjà le statu quo avant que les événements de Tunisie et d’Egypte n’offrent une occasion propice pour une manifestation de masse. La plupart des instigateurs venaient ainsi d’organisations naissantes, qui se sont regroupées dans le M-20 après le succès de la première manifestation.”

Ou encore : “Les instigateurs du M-20 avaient une expérience préalable dans l’action collective : 83 % de ceux qui avaient le plus haut niveau de participation (plus de 5 manifestations en 2011) avaient déjà participé à des manifestations. Ils avaient également tendance à appartenir à des organisations telles que le M-20, les syndicats ou d’autres ONG. Ils étaient aussi plus susceptibles d’avoir un antécédent familial de répression : 45 des 155 répondants (29 %) ont ainsi répondu par l’affirmative (un pourcentage élevé par rapport à celui de la population générale). Tandis que 40 % de ceux qui ont participé à plus de cinq manifestations avaient des antécédents familiaux de répression, contre 14 % de ceux qui n’y ont pas participé.”

Par ailleurs, Lawrence montre que la répression peut également être contreproductive pour le régime et encourager la protestation.“Les résultats attestent également que la répression peut prolonger le soutien au mouvement social. Ainsi en est-il de la répression pendant le 20-Février qui a renforcé le soutien aux futures manifestations parmi les personnes ayant des liens sociaux avec les instigateurs”, analyse TAFRA. Sur Facebook, notamment. “La répression constitue donc un motif de mobilisation. Elle n’incite peut-être pas les non-participants à descendre dans la rue, mais elle peut accroître leur volonté de devenir politiquement actifs, ouvrant la voie à une participation aux futures manifestations. Les leaders des mouvements sociaux sont conscients que la répression peut attirer du soutien et de la sympathie à leur cause. C’est pour cela qu’ils n’hésitent pas à communiquer sur les violences du régime.” Des résultats qui interrogent l’impact de la répression du Hirak du Rif à long terme,” conclut TAFRA.

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