Dix ans d'inéligibilité requis contre le président du groupe d'amitié France-Maroc à l'Assemblée

Dix ans d'inéligibilité requis contre le président du groupe d'amitié France-Maroc à l'Assemblée

Poursuivi pour “abus de confiance”, le député franco-marocain Mustapha Laabid,  président du groupe d'amitié France-Maroc à l'Assemblée nationale,  a reconnu des “négligences dans la gestion” et le recours à un expert-comptable. Le procureur de Rennes (Bretagne) a requis six mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité.

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Mustapha Laabid, en novembre 2017 au Maroc, lors de la visite officielle du Premier Ministre français

Soupçonné d’avoir utilisé l’argent d’une association qu’il présidait, Mustapha Laabid risque gros. Le président du groupe parlementaire France-Maroc a comparu hier après-midi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour abus de confiance.

Le procureur a pointé les “manquements réitérés et particulièrement nombreux” qui ne pouvaient pas être considérés comme des erreurs, mais bien comme des “détournements volontaires”. Il a ainsi requis une peine d’inéligibilité de dix ans et six mois de prison avec sursis.

Pour sa part, le député d’Ille-et-Vilaine, âgé de 50 ans, est apparu visiblement anxieux –  les “larmes aux yeux” selon l’AFP – et s’est dit être “profondément honnête”. Pour sa défense, il a d’abord maintenu n’avoir “jamais fait de courses personnelles sur le compte de l’association”, avant de se raviser et reconnaître des “négligences dans la gestion”, ainsi que le recours à un expert-comptable.

Jugement attendu pour le 6 août

Mustapha Laabid était président, entre 2006 et 2017, de l’Association “Collectif intermède”, qui agit dans le Blosne, un quartier rennais classé ZUP (zone à urbaniser en priorité). Le collectif oeuvre notamment en faveur de l’insertion professionnelle et contre les discriminations. Une enquête judiciaire avait d’abord été ouverte le 16 novembre 2017 contre le député après un signalement du TRACFIN (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), la cellule de lutte contre le blanchiment de capitaux du ministère français de l’Économie et des Finances.

Il lui a été reproché par le parquet rennais d’avoir utilisé à des fins personnelles ou indues, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, des fonds de l’association pour un montant d’au moins 21 930 €. Des dépenses que l’ancien député aurait écoulées tant à Rennes, ville où il est élu, mais aussi à Paris, Saint-Aubin-d’Aubigné et Marrakech. Dans le détail, 15.402 euros ont été dépensés par le député en frais de bouche, 2.841 euros en frais de téléphonie et enfin 2.350 € d’hôtel et frais divers, notamment dans des magasins de sport, de bricolage et de vêtements. Des dépenses “dont le lien avec l’association est incertain”, a avancé la présidente du tribunal, Véronique Lanneau.

L’avocat du prévenu, maître William Pineau, a concédé que “Marrakech, c’est une totale erreur. Paris, une totale maladresse”. S’il a dénoncé “une enquête à charge”, il a pointé la concomitance du signalement de TRACFIN et de l’élection de Mustapha Laabid, tout en reconnaissant des “négligences simples et un manque de rigueur”.

On n’a rien trouvé à redire à Mustapha Laabid pendant douze ans, jusqu’à ce qu’il se présente aux suffrages. C’est troublant. Toujours, il se demandera qui est derrière ce signalement fait à Tracfin”, a ajouté l’avocat, ajoutant le député franco-marocain avait permis le retour vers l’emploi de plus de 8000 jeunes. Au moment d’être fixé sur son audience, le député avait, lui, avancé une décision politique : “Je sais que mon élection à la députation a fait grincer des dents localement. Depuis dix-huit mois, je suis victime de suspicions et de rumeurs”. Le jugement du tribunal rennais sera rendu le 6 août.

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