L'extrême droite espagnole mène une campagne anti-Marocains pour les élections locales

L'extrême droite mène une campagne anti-Marocains pour les élections locales

A une semaine du scrutin local et régional espagnol, le parti d’extrême droite Vox ressort ses arguments anti-marocains dans la dernière ligne droite de la campagne. Comme ce fut le cas pour les législatives, le parti d'extrême droite s'appuie sur ses thèmes de prédilection – l’immigration et l’unité espagnole – pour séduire les électeurs, et ce, jusqu’à Sebta et Melilla.

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Melillahoy.es

Le 26 mai prochain, les Espagnols sont attendus encore une fois aux urnes pour les élections locales et régionales qui coïncident aussi avec les élections européennes. Comme pour le scrutin législatif du 28 avril dernier, les socialistes sont donnés favoris selon un sondage de l’institut gouvernemental autonome CIS (Centre de recherches sociologiques, NDLR).

Vox, le premier parti espagnol d’extrême droite à entrer au Parlement depuis la fin de la dictature de Franco il y a plus de 40 ans, se lance à présent à la conquête des villes. “Vox n’autorisera en aucun cas que les habitants de Melilla (…) aient peur de continuer à vivre dans le pays qui les a vu naître ou qu’ils quittent leurs terres au profit des Marocains”, a lâché Jesús Delgado Aboy, le 16 mai en conférence de presse. Pendant son intervention, le candidat de Vox à Melilla s’est défini comme “un autre des milliers de Mélilliens espagnols abattus, effrayés et préoccupés par la dérive de la ville au cours des dernières années”, rapporte le journal local El Faro de Melilla.

Pour Jesús Delgado Aboy, “Melilla est en train de devenir plus marocaine et moins espagnole”. “Chaque jour qui passe fait que de plus en plus de Marocains viennent vivre dans nos 12 kilomètres carrés”, a-t-il poursuivi. Des “personnes profitent de plus en plus d’aides et de subventions” et des “services payés par les impôts des Espagnols en général et des habitants de Melilla en particulier”, a également déclaré le candidat.

Le représentant de Vox persiste et signe : “Il n’est pas nécessaire d’être un Einstein pour savoir que chaque jour davantage de ressources sont allouées aux Marocains dans le domaine de la santé publique, au détriment des Mélilliens espagnols. Vous n’avez pas non plus besoin de trois diplômes universitaires pour savoir qu’aujourd’hui, les efforts déployés par la Direction provinciale de l’éducation à Melilla visent à favoriser davantage les étudiants marocains que les étudiants de Melilla. Vous n’avez même pas besoin de connaître la politique pour voir comment toute aide, dans la mesure où elle a un volet économique, est davantage destinée aux Marocains plutôt qu’aux Mélilliens espagnols”. Une situation qui, selon lui, est due au fait que “certains partis qui se présentent à ces élections veulent que Melilla soit davantage marocaine et moins espagnole”, rapporte la même source.

Un mur entre Melilla et le Maroc ?

Pendant sa campagne pour les législatives du 28 avril dernier, Santiago Abascal, président de Vox, avait proposé de construire un mur séparant Sebta et Melilla du reste du Maroc pour stopper l’immigration clandestine. Le parti avait même suggéré que les frais de construction soient payés par le Maroc, à l’image de ce que propose Donald Trump entre les Etats-Unis et le Mexique. “Cela (le mur, NDLR) doit se faire. Il ne faut pas seulement un mur, mais une Guardia civil (gendarmerie, NDLR) et une police disposant des moyens légaux et du matériel nécessaire pour défendre la frontière face aux avalanches d’Africains subsahariens (…) Et il y a énormément de soldats et de légionnaires qui pourraient bien renforcer la défense de la frontière”, a-t-il affirmé dans un entretien avec ES Diario, fin avril. 

A Melilla, le parti d’extrême droite a fait savoir le 17 mai qu’il a déposé une plainte contre les 52 migrants subsahariens arrivés dimanche dernier dans l’enclave espagnole, en franchissant la barrière qui la sépare du Maroc. C’est Felipe Castillo, secrétaire adjoint de Vox à Melilla et numéro 8 sur la liste des candidats du parti aux élections régionales qui a annoncé la nouvelle le 17 mai, pendant une conférence de presse.

Selon l’agence de presse espagnole EFE, le parti veut poursuivre les 52 migrants pour “crimes d’organisation criminelle et troubles à l’ordre public”, entre autres. Vox se revendique “de défendre l’intégrité territoriale des frontières et de ne pas prendre pour acquise la politique des portes ouvertes du PSOE”. Le parti entend aussi éviter que “les transferts aveugles (des migrants vers la péninsule ibérique) commencent à se produire”.  “Des transferts auxquels le gouvernement socialiste nous a habitués”, dénonce la formation dirigée par Santiago Abascal.

Dans la matinée du 12 mai, une centaine de personnes ont tenté de passer la frontière avec Melilla. Selon les autorités de Nador, 52 ont réussi à pénétrer dans l’enclave alors qu’une quarantaine ont été arrêtées.

Comme Sebta où Juan Vivas (Parti populaire, PP) est maire depuis 18 ans, Melilla est aussi gouvernée par la droite. Juan José Imbroda (PP) a plusieurs fois tenu des propos xénophobes à l’égard des Marocains. Il estime notamment que ceux nés à Melilla ne doivent plus obtenir la nationalité espagnole. Une requête qu’il disait vouloir défendre directement auprès du chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, lors de leur entretien tenu le 4 décembre dernier à Madrid.

Plus récemment, lors d’un meeting de campagne tenu le 14 mai à Melilla, Juan José Imbroda a demandé au candidat de son parti Pablo Casado de l’aide pour éviter “la marocanisation de Melilla” et que seuls les résidents légaux puissent s’inscrire dans les écoles de la ville autonome.

Le 26 mai, si vous ne votez pour le PP, la gauche reviendra gouverner dans les municipalités et dans le cas de Melilla, le prochain président serait Mustafa Aberchán”, a-t-il encore prévenu. Mustafa Aberchán, candidat et chef du parti Coalition pour Melilla (CPM), est considéré comme le principal concurrent du Parti populaire.

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