Oublié par l’Exécutif, le secteur du commerce veut se revitaliser à Marrakech

Le Forum du commerce s’est ouvert mercredi à Marrakech avec pour objectif d’élaborer une stratégie globale pour encadrer le secteur du commerce intérieur, et favoriser sa croissance. L’occasion également pour le ministre de tutelle de faire son mea culpa quant au retard accusé dans le développement du secteur.

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Allocution d'ouverture du Forum marocain du Commerce tenu à Marrakech les 24 et 25 avril

La scène est rare. Devant un parterre de 1.500 participants, dont des représentants de différents secteurs du commerce et du patronat, mais également de décideurs institutionnels et politiques, Moulay Hafid Elalamy a reconnu des erreurs dans la mise en oeuvre du secteur du commerce, dont il a la charge. C’était à l’occasion du Forum du commerce qui s’est ouvert ce mercredi à Marrakech.

Plusieurs problèmes entravent le développement de ce secteur vital”, a affirmé le ministre. “Si le secteur du commerce ne s’est pas développé à l’instar de celui de l’industrie, c’est principalement à cause de moi. Nous n’avons pas accordé le temps nécessaire pour adresser les problématiques du secteur”, a-t-il confessé. L’organisation de ce forum est d’ailleurs “un signe de bonne volonté”, a ensuite assuré le ministre.

Le secteur du commerce emploie actuellement 1,5 million de Marocains, soit 13,8 % de la population active, et contribue au PIB à hauteur de 8 % avec une valeur ajoutée de 84 milliards de dirhams. Le Royaume compte actuellement 800.000 points de vente, dont 80 % relevant du réseau traditionnel. Des chiffres qui font dire à Moulay Hafid Elalamy que le secteur du commerce intérieur “est l’un des secteurs les plus importants au niveau socioéconomique”. Un secteur pour lequel le Forum du commerce qui s’achève aujourd’hui représente un espoir.

Injustices

Ce forum a pour objectif “d’élaborer une stratégie globale pour encadrer le secteur et faire face à sa croissance, en réponse aux besoins des acteurs économiques, en particulier des commerçants, à l’instar des autres secteurs clés de notre économie”, explique le ministre dans son discours d’ouverture.

Parmi les nombreuses difficultés éprouvées par les commerçants, Nabil Nouri, président du Syndicat national des commerçants et professionnels (SNCP), relève la “concurrence déloyale des grandes surfaces qui s’implantent dans les différents quartiers, même les plus petits”.

En plus de cette concurrence, les professionnels du secteur ne disposent que rarement de couverture médicale. “Ils sont 11 millions de citoyens, entre commerçants et leurs ayants droit, à souffrir de cette injustice sociale”, nous confie le syndicaliste, qui réclame également “la modernisation, l’accompagnement, la formation des petits commerçants et l’organisation des commerçants ambulants afin de hisser le niveau du secteur du commerce au Maroc”.

En plus de cette “injustice sociale”, certains commerçants disent souffrir d’une “injustice fiscale”. “Des commerçants payent parfois plus qu’ils ne gagnent tout simplement parce que le système fiscal marocain ne distingue pas le petit du grand commerçant”, s’indigne Nabil Nouri.

Une approche participative

Tout au long des deux jours du Forum, les différentes parties prenantes s’attèleront à la mise en place d’une “stratégie globale” suivant une approche à la fois participative et consultative. Le rendez-vous de Marrakech s’inscrit en effet dans la lignée des Assises régionales sur le commerce qui se sont tenues dans les 12 régions du Royaume.

Ce travail de concertation régionale a permis de réunir près de 9.400 participants pour aboutir à une liste de 1.325 recommandations qui visent à libérer le potentiel commercial du Maroc et lui permettre de relever les défis posés par l’ouverture des marchés, les défis sociaux, économiques et de reconstruction.

Le Forum du commerce de Marrakech permettra lui aussi de dresser une liste de recommandations à prendre en considération pour élaborer une nouvelle stratégie de développement du secteur. Une autre liste sera également établie et adressée aux organisateurs des Assises nationales sur la fiscalité, prévues les 3 et 4 mai prochain.