Qui est le ressortissant suisse condamné à dix ans de prison?

Qui est le ressortissant suisse condamné à dix ans de prison?

Nicolas P. a été condamné à dix ans de prison dans le cadre du meurtre des deux touristes scandinaves dans le village d'Imlil, en décembre. L'homme serait proche des services de renseignements suisses.

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Opération antiterroriste en Espagne. Photo d'illustration. Crédit: AFP

Il est l’un des deux ressortissants helvètes impliqués dans le meurtre des deux campeuses scandinaves sur les hauteurs d’Imlil le 17 décembre dernier. Nicolas P., 33 ans, arrêté le 10 janvier dernier à Temara, a été condamné à dix ans de réclusion pour “constitution de bande terroriste”, d’après les propos accordés par son avocat Khalil Idrissi à l’AFP.

Il a fait la connaissance de Kévin Zoller, un autre citoyen suisse arrêté dans le cadre de cette affaire,  à la mosquée du Petit-Saconnex à Genève. L’endroit est considéré comme un haut lieu de radicalisation en Suisse. Ce samedi 13 avril, nos confrères du Temps ont dressé le parcours de Nicolas P., technicien en publicité informatique, dont le beau-père défend bec et ongles le fait qu’il travaillait pour les Services de renseignement de la Confédération suisse.

Fiché S en France

Nicolas P. s’est converti en Espagne, pays où il a dû se rendre après des démêlées judiciaires pour un fait mineur. À son retour, il s’est mis, à l’instar de Kévin Zoller, à fréquenter la mosquée du Petit-Saconnex. Ce lieu de culte financé par l’Arabie saoudite est accusé de véhiculer une vision rétrograde de la religion depuis plusieurs années. “Je ne suis pas croyant, mais la religion a calmé Nicolas, l’a rendu plus conséquent”, explique Bernard, son beau-père (le prénom a été modifié), dans les colonnes du Temps.

Quand on se convertit, on se radicalise, même si je préfère le terme de fondamentalisme”, concède le beau-père du suspect, même si pour lui “il n’a jamais été question de djihad” pour Nicolas. “Nicolas était peut-être naïf, mais en rien coupable de ce qu’on lui reproche”, poursuit-il.

Pourtant, Nicolas P. était fiché S en France. Il l’aurait appris de la police française alors qu’il “revenait du Maroc par l’Espagne en 2018”. De fait, après les attaques du Bataclan du 13 novembre 2015, son domicile dans l’Ain (département français limitrophe de la Suisse)  avait fait l’objet d’une perquisition.

À l’instar de Kévin Zoller, Nicolas P. a également vécu une adolescence turbulente. Son beau-père Bernard le décrit comme un “gamin un peu remuant, mais pas méchant” dans les colonnes du quotidien suisse. Bernard vivait avec la mère de Nicolas P., et sa fille était devenue l’épouse de ce dernier. “Autrement dit, le couple recomposé a vu le mariage de leurs enfants respectifs”, écrit Le Temps. Nicolas et son épouse vivent au Maroc avec leurs deux enfants et attendent un troisième.

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Agent des renseignements suisse ?

Nicolas P. aurait été arrêté pour avoir reçu un e-mail de Kévin Zoller et pour ses échanges explicites avec d’autres compatriotes soupçonnés dans leur pays de liens avec la Syrie, selon Me Idrissi qui a demandé que le nom de son client ne soit pas diffusé. Les éléments retenus contre le ressortissant suisse ne présentent cependant “rien de pertinent” d’après son beau-père. Il confirme par ailleurs la version de Nicolas P. disant qu’il ne connaissait pas les auteurs de l’attaque d’Imlil, bien qu’il ait reçu, de Kévin Zoller, la vidéo de l’égorgement. En revanche, Nicolas n’a pas nié connaître les Genevois partis se battre en Syrie, ce qui aurait fait de lui un complice.

D’après Le Temps, “Nicolas était plus structuré et avait un réseau plus ramifié que Kevin. Il n’est pas exclu que sa condamnation soit liée à d’autres éléments que le meurtre des deux randonneuses. D’autant que les autorités marocaines n’ont jamais voulu confirmer son interpellation et ont simplement fait savoir qu’un seul Suisse était directement impliqué dans l’affaire d’Imlil. Pour son avocat, il ne fait aucun doute : “[Nicolas P.] a été condamné sur la base d’un procès-verbal de la police rédigé en arabe qu’il a signé sans l’avoir lu”. Me Khalil Idrissi a expliqué avoir fait appel vendredi. “Devant le juge d’instruction, il a expliqué qu’il était entré en contact avec des Suisses liés à des affaires de terrorisme à la demande des services suisses et qu’il a été rémunéré pour cela”, expliquait-il à l’AFP.

Une chose que le Service de renseignements de la Confédération (SRC) nie. “Il n’a pas travaillé pour le SRC, mais il a effectivement été en contact avec le service dans le cadre d’entretiens préventifs courants”, explique l’organe de renseignement au Temps.

D’après son beau-père, Nicolas a vu un agent du SRC “à deux ou trois reprises”, dans un café à Nyon (ouest de la Suisse) et sur un parking à Gland (localité située à proximité de Nyon). Lors des deux rencontres, il aurait “touché à chaque reprise 600 francs (soit plus de 5.700 dirhams, NDLR) en cash”. Une “éventualité peu probable” pour Le Temps, qui cite de son côté une source bien informée. “Laisser un agent se faire arrêter au Maroc n’est pas le genre de risque dont la Suisse est coutumière”, conclut le quotidien.

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