Entre cynisme et compassion, les réactions à l'attentat de Christchurch

Entre cynisme et compassion, les réactions à l'attentat de Christchurch

Les réactions ont afflué tout le week-end pour condamner la tuerie de Christchurch en Nouvelle-Zélande où, vendredi 15 mars, un suprémaciste blanc du nom de Brendon Tarrant a ouvert le feu dans deux mosquées, faisant 50 morts. Si les messages de compassion ont été les plus nombreux, certaines personnalités n'ont pas pu s'empêcher de s'enliser dans des comparaisons douteuses.

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Un enfant au milieu des fleurs et bougies déposées en hommage au victime de l'attentat du 18 mars à Christchurch contre deux mosquées. Crédit: ANTHONY WALLACE / AFP

S’exprimant par le biais de son compte Twitter, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a mis l’accent sur l’ampleur du massacre. “Ce qui s’est passé à Christchurch est un acte d’une violence extraordinaire et inédite”, a commenté la ministre, ajoutant que “la personne qui a commis ces violences n’avait pas sa place en Nouvelle-Zélande”.

L’imam de la mosquée de Linwood, qui dirigeait la prière lors de l’attaque, affirme que l’attentat ne change rien à l’amour que portent les fidèles pour la Nouvelle-Zélande. “Nous aimons tous ce pays”, a-t-il souligné, promettant que les extrémistes ne parviendront “jamais à entamer notre confiance”.

Aux États-Unis, le président Donald Trump a voulu parler à la nation néo-zélandaise, assuré le peuple de l’île de sa “sympathie” après “l’horrible massacre de Christchurch”, assurant que son pays “se tient aux côtés” de la Nouvelle-Zélande pour lui apporter “toute l’aide nécessaire”. Quand des journalistes lui ont demandé s’il avait constaté une recrudescence des idéologies d’extrême droite, Donald Trump a expliqué qu’il n’y voyait pas de menace sérieuse : “Pas vraiment. Je pense qu’il s’agit d’un petit groupe de personnes”, a-t-il répondu.

L’ancien président Barack Obama a tenu à s’associer à sa femme Michelle pour “présenter ses condoléances” à la Nouvelle-Zélande, ajoutant qu’ils partageaient “la peine” de la “communauté musulmane”.

En Europe, le président français Emmanuel Macron a adressé ses pensées aux “victimes des crimes odieux“ et à “leurs proches”, avant d’affirmer la position de la France, plusieurs fois touchée par des attentats, et “qui se dresse contre toute forme d’extrémisme et agit avec ses partenaires contre le terrorisme dans le monde.”

Dans une lettre officielle, la reine d’Angleterre Elisabeth II s’est dite “profondément attristée” par l’attentat sanglant de Christchurch, alors que son fils le Prince Charles explique que son épouse Camillia et lui ont été été “absolument horrifié” d’apprendre la nouvelle de ces “attaques les plus barbares (…) qui ont entraîné la perte cruelle et tragique de tant de vies humaines”.

“Dans différentes parties du monde, le discours haineux gagne du terrain”, a commenté pour sa part la vice-présidente de la Commission européenne Federica Mogherini, avant d’appeler à un sursaut des consciences: “Nous avons le devoir commun de protéger et de promouvoir la diversité dans nos sociétés et de veiller à ce qu’aucun discours haineux ne soit toléré quelles qu’en soient les circonstances et quelle qu’en soit la cible”.

Plus près de nous, un certain nombre d’organisation de la société civile ont organisé, vendredi 15 mars à Rabat, un sit-in en face du Parlement pour dénoncer les attaques perpétrées contre les deux mosquées néo-zélandaises. Parmi elles, se trouvaient des mouvements religieux comme Al Adl Wal Ihssane ou des associations telles que la Ligue marocaine pour la défense des droits humains.

Le roi Mohammed VI avait également fermement condamné cette attaque terroriste dans un message de condoléances et compassion adressé à Patsy Reddy, Gouverneure générale de Nouvelle-Zélande. Dans ce message, le souverain qualifie cet acte de “raciste” et “abjecte”.

Depuis Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a “fermement condamné” les attentats contre “les dévots musulmans”, souhaitant un “prompt rétablissement” aux blessés. Cette tuerie constitue selon lui “un nouvel exemple de la montée de l’islamophobie” et doit appeler “des mesures urgentes” de la part des occidentaux.

Le grand imam d’Al-Azhar Cheikh Ahmed al-Tayeb, après avoir exprimé son soutien aux victimes, a expliqué que ces attaques étaient le “résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population”.

Sur Twitter, l’acteur néo-zélandais Russel Crowe a relevé “l’absurdité” de cette tuerie “inutile” qui a fait des “morts cruels”, alors que le gang de motards néo-zléandais Black Power réalisait, en face de la mosquée Al-Nour ciblée par Brenton Tarrant, un haka pour rendre hommage aux victimes.

Cependant, l’ampleur du massacre de Christchurch n’a pas dissuadé certaines personnalités d’y aller de leur commentaire. C’est le cas notamment de l’éditorialiste du quotidien français Le Figaro qui, sur le plateau de LCI, a cru opportun de jouer aux jeu des comparaisons: “On a vécu en France un terrorisme islamiste assez meurtrier, si on veut jouer à de la comptabilité, on n’est pas encore dans l’équilibre,” laissant entendre que le nombre des victimes occidentales du terrorisme islamiste dépasse largement celui des musulmans tués par les militants d’extrême-droite islamophobe.

En France toujours, la présidente de l’association Résistance républicaine Christine Tasin a présenté le tueur de Christchurch comme un homme “à la vie bien remplie”, “intelligent” et “plein de ressources”, avant d’expliquer son geste comme une réaction “sotte” à la mort d’Ebba Åkerlund, une suédoise de 11 ans décédée dans un attentat à Stockholm en 2017. Brenton Tarrant aurait été “bouleversé” et “terrorisé” par cette mort, ce qui prouve, pour Christine Tasin, que Brenton Tarrant n’a pas fait “le mal pour le mal” comme les terroristes du Bataclan.

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