Des intellectuels algériens se “réjouissent” des contestations inédites

Des intellectuels algériens se “réjouissent” des contestations inédites

Kamel Daoud, Boualem Sansal, Yasmina Khadra… Dans des médias français, des intellectuels algériens réagissent aux manifestations algériennes contre un cinquième mandat du président sortant Abdelaziz Bouteflika.

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De gauche à droite : Yasmina Khadra, Boualem Sansal et Kamel Daoud

Le mur de la peur a été cassé. ». Ce vendredi sur la radio française RTL, l’écrivain algérien Kamel Daoud a estimé que ses concitoyens qui manifestent contre un cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika « ne reculeront plus » malgré les risques de violence.


« Le principal changement, c’est le fait que les gens n’ont plus peur. Ce qu’on appelle communément le mur de la peur a été cassé et c’est extraordinaire de sentir cette sorte de frisson, d’enthousiasme, cette sorte de joie », a déclaré Kamel Daoud sur RTL, en ligne depuis la ville d’Oran (nord-ouest de l’Algérie). « Les gens ne se sentent plus terrorisés, et je choisis bien mon mot ».

Kamel Daoud pense que « l’écrasante majorité des Algériens ne reculeront pas », l’auteur de Mes indépendances soutient toutefois que le régime algérien « n’a pas de sortie de secours, pas de plan B pour le moment, et la tentation de la violence est là » Il souligne par ailleurs la « volonté évidente (du régime) de terroriser les Algériens et de les immobiliser par ce chantage ‘soit nous, soit le chaos, soit nous, soit la guerre civile’ ».

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Si le Premier ministre Ahmed Ouyahia avait mis en garde jeudi contre un scénario comparable à la Syrie, pays en guerre depuis 2011, plusieurs écrivains algériens se réjouissent vendredi dans des médias français de cette contestation inédite depuis plusieurs années.

« Il faut être sincère, j’espérais ce mouvement, mais je ne l’attendais pas car les Algériens nous ont habitués à beaucoup de renoncements. Pendant des années, j’ai écrit que l’Algérie avait renoncé. Quel bonheur de m’apercevoir que je me trompais », commente dans le journal Le Parisien un autre écrivain algérien, Yasmina Khadra, qui vit en France. Pour l’auteur de L’attentat, le régime « va tout faire pour calmer les esprits. Mais les Algériens sont fatigués. Ils ne veulent plus voir leurs enfants traverser la Méditerranée sur des bateaux de fortune et mourir au large », ajoute-t-il.

D’autres écrivains nuancent. Comme Boualem Sansal, qui estime que  « le pouvoir ne tombera pas ». « Il contrôle totalement le pays et dispose de tous les moyens et d’abord de la détermination pour abattre quiconque approcherait la ligne rouge », estime l’écrivain dans un entretien accordé au journal Le Figaro. « Quand le pouvoir se sentira acculé, il fera ce qu’il a toujours fait quand le peuple bouge et le déborde, il plongera l’Algérie dans le désordre et la violence, et au moment propice (…) il fera toutes sortes de bonnes concessions et de beaux cadeaux pour imposer la paix sociale », prédit-il.

C’est malgré tout « réjouissant de voir les gens sortir de leur longue et insupportable léthargie », ajoute l’écrivain. « Je m’efforce de le ressentir cet espoir fou qui se répand sur le pays comme au sortir d’un long cauchemar, mais c’est difficile, l’inquiétude est plus forte chez moi ».

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