Nouveau coup de froid dans les relations entre le Maroc et l'Arabie saoudite

Nouveau coup de froid dans les relations entre le Maroc et l'Arabie saoudite

Selon des sources gouvernementales marocaines citées par l'agence américaine AP, le Maroc a rappelé Mustapha Mansouri, son ambassadeur en Arabie saoudite. Une information confirmée par l'intéressé au 360, preuve de nouvelles frictions entre Rabat et Riyad, sur fond de guerre au Yémen et de position vis-à-vis du Qatar.

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Mohammed VI et son homologue saoudien Abdallah (photo de 2012). Crédit photo : AFP

C’est peu dire que les relations entre Rabat et Riyad avancent sur des sables mouvants. Elle se sont encore détériorées si l’on en croit l’agence américaine Associated Press (AP). Interrogé, un membre du gouvernement marocain a confié, ce jeudi 7 février, que le Royaume “a cessé de prendre part aux opérations militaires et aux réunions ministérielles de la coalition menée par le gouvernement saoudien dans la guerre au Yémen”. Avant d’ajouter que le Maroc avait “rappelé son ambassadeur en Arabie saoudite”.

Une information que TelQuel n’a pu confirmer. En poste depuis fin novembre, Mustapha Mansouri aurait été rappelé à la suite d’une passe d’armes médiatiques auxquels se sont livrés le Maroc et l’Arabie saoudite, fin janvier, faisant suite également à des tensions qui se sont vivifiées sur des questions de diplomatie internationales.

Le Maroc sur fond de guerre médiatique Qatar – Arabie saoudite

D’après nos confrères du 360.ma, Mustapha Mansouri a bien été rappelé pour consultation, par le ministère des affaires étrangères marocain. “La cause de ce rappel n’est autre que la diffusion par Al Arabia, chaîne du pouvoir saoudien, d’un documentaire sur le Sahara Marocain dans lequel l’intégrité territoriale du royaume est mise en doute”, détaille le média numérique. Si Mustapha Mansouri explique qu’il est “normal que des divergences ou des différends éclatent de temps en temps”, l’échange médiatique qui s’est produit entre les deux pays ces derniers jours n’est pas anodin. Pour comprendre, il faut alors remonter quelques jours plus tôt, au 23 janvier.

Le patron de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a accordé une interview à la chaîne qatarie Al-Jazeera. S’il a d’abord fait l’écho du Yémen, “la pire crise humanitaire au monde”, il a également déclaré que “le Maroc a fait évoluer sa participation” à la coalition après la mort d’un pilote marocain en mai 2015. L’occasion pour le ministre d’évoquer la position de “neutralité constructive” adoptée par le Maroc au déclenchement de la crise du Golfe en juin 2017 entre le Qatar et ses voisins. Une neutralité qui ne signifie pour autant “pas l’indifférence”, assurant que le Maroc fait preuve “d’indépendance” dans sa diplomatie.

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Une neutralité qui n’est pas du goût de l’Arabie saoudite, où l’influence médiatique face au Qatar est devenu l’un des points majeur de la crise. Par l’intermédiaire de la chaîne d’État Al Arabiya, l’État a diffusé un sujet sur la question du Sahara. Le programme, entièrement réalisé en motion design, retrace un historique controversé de la région, indiquant que le “Maroc l’avait envahi après le départ des colonisateurs espagnols en 1975”. Suffisant pour attiser la colère de Rabat. Malgré un article en faveur du Maroc, dans le quotidien Al Riyadh où le Front Polisario est qualifié de “séparatiste”, le mal est fait. C’est suite à la diffusion du documentaire que le Maroc aurait pris la décision de rappeler son ambassadeur, toujours d’après l’agence AP.

Vague de froid en eaux troubles

Si le rappel de l’ambassadeur n’est pour l’heure, pas une certitude, la question de l’engagement du Maroc au Yémen reste un point de crispation dans la relation entre les deux pays. À AP, la source gouvernementale évoque un retrait du Maroc dans les actions de la coalition arabe dans la guerre du Yémen. Un conflit emmené par l’Arabie saoudite depuis 2015 contre les rebelles Houthis, jugés très proche de l’Iran, grand rival régional du royaume wahhabite. Depuis, le conflit s’enlise et les opérations « Tempête décisive » et « Restaurer l’espoir » ont viré au drame humanitaire. Un groupe de recherche associé à l’université britannique du Sussex, Acled, (The Independent Yemen for the Armed Conflict Location and Event Data Project), estime le nombre de mort entre 70 000 et 80 000 depuis 2015.

Le Maroc avait pourtant été l’un des premiers États arabes a répondre à l’appel du roi Salman, père de Mohammed Ben Salmane, pour soutenir militairement “la légitimité du Yémen face aux putschistes.” Engagé dans la coalition, le gouvernement marocain a semblé vouloir prendre ses distances lors de ces derniers mois. Le 23 juin dernier, le Maroc a boycotté la tenue d’une réunion des ministres de la Communication de la coalition arabe tenue à Jeddah, consacrée à l’examen des moyens visant à soutenir la « légitimité au Yémen ». Plus récemment, alors qu’était organisé un exercice naval “Vague rouge 1”, du 30 décembre 2018 au 4 janvier en Mer rouge, le Royaume a décidé la non-participation de la Marine royale.

Des gestes qui se sont suivis de coups de froid jeté entre les deux Royaumes. À l’automne 2018, Mohammed ben Salmane signait une tournée dans les pays du Golfe et d’Afrique du Nord. Un séjour dans le monde arabe en vue de s’assurer l’appui de certains alliés, traditionnellement sous sa zone d’influence, alors qu’il était dans la tourmente sur fond d’affaire Jamal Khashoggi. Le Maroc, lui, n’en a pas fait partie, “pour des questions d’agenda” officiellement. Une visite de « MBS » à Tanger avait également été annulé à l’été 2018. Plus retentissant à la face du monde, le camouflet de la candidature marocaine à l’organisation de la Coupe du monde 2026 avec le vote saoudien en faveur de la candidature américaine, entraînant dans son sillage un certain nombre d’autres pays, en Asie et au Golfe notamment (à l’exception d’Oman et du Qatar). L’ambassadeur marocain rappelé de Riyad minimise :“Les relations entre le Maroc et l’Arabie saoudite sont historiques et solides, explique-t-il au 360.  Je suis sûr qu’il ne s’agit pas plus que d’une crise passagère et que les relations entre nos deux pays retrouveront leur cours normal”.

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