Le cri d'une Marocaine contre le principe du "Mahram"

Le cri d'une Marocaine contre le principe du "Mahram"

Mounia Semlali est une jeune Marocaine. Pour cette raison, elle ne peut pas voyager seule, sans une figure masculine, en Jordanie ou en Egypte. Coup de gueule. 

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Je me fous d’être blacklistée de Jordanie ou d’Egypte si ça peut aider à changer la perception des femmes dans ces pays ». C’est le coup de gueule de Mounia Semlali, responsable du programme justice de genre de l’ONG Oxfam au Maroc, qui a vu sa demande de visa refusée par l’ambassade de Jordanie, en janvier 2019. 

Des explications fumeuses

Invitée à une formation sur le genre à Amman organisée par son employeur, Mounia se bute à un tranchant : « Il faut une autorisation du ministère de l’Intérieur jordanien ou à défaut, un Mahram », de la part des services de l’ambassade de Jordanie à Rabat.

Plusieurs hadiths rapportent en effet qu’une femme ne doit pas voyager sans son mari ou un Mahram comme son père, son frère, son fils, ou un autre homme qui lui est indéfiniment interdit au mariage. L’ambassade de Jordanie exige à toute Marocaine âgée de 18 à 35 ans souhaitant visiter le royaume hachémite d’être accompagnée par un Mahram comme pour l’Arabie Saoudite. A défaut, les visiteuses doivent présenter une invitation de la part d’une institution en Jordanie. Document que Mounia Semlali possède, mais qui a été rejeté sans explication.

Face à son incompréhension, on lui répond que « la procédure a changé ». Pourtant, en 2013 déjà, l’ambassade de Jordanie lui réclamait les mêmes documents. « J’avais 22 ans, je n’ai pas vraiment réfléchi sur ce que la demande d’un Mahram impliquait », confie Mounia.

Après un entretien avec l’ambassadeur, ce dernier, convaincu de la légitimité de son voyage, lui accorde finalement un visa. Lors d’une deuxième visite dans le pays en 2018, dans le cadre d’une conférence organisée par les Nations Unies, la jeune femme obtient son laissez-passer en moins de deux heures. « La procédure n’est pas claire, ça se fait un peu à la tête du client », explique-t-elle.

#NousNeSommesPasDesProstituées

Pour seule explication, un agent de l’ambassade lui lâche, sur le ton de la confidence, que « les Marocaines font des problèmes en Jordanie, des histoires de prostitution ». Les Marocaines sont les seules à se voir imposer un Mahram pour franchir la frontière jordanienne ; ce n’est pas le cas pour les Tunisiennes ou les Égyptiennes. Sur les réseaux sociaux, via les hashtags #NousNeSommesPasDesProstituées ou #visaforMoroccans, des centaines de Marocaines témoignent des obstacles qu’elles rencontrent pour se rendre dans des pays du Moyen-Orient et du Golfe, notamment en Egypte. 

Face à la polémique grandissante, l’ambassade de Jordanie contacte, penaude, Mounia pour lui accorder le visa… Qu’elle refuse, « bien évidemment ». « Je souhaite des excuses et des explications», déclare-t-elle, soulignant que jusque-là, ses demandes de rendez-vous à l’ambassade de Jordanie avaient «toutes été refusées».

Selon nos sources, Omar Balafrej (PSU) va poser la question au Parlement dans la semaine. Soutenue par l’UFL et d’autres associations de défense des droits des femmes, Mounia Semlali va lancer une pétition et organiser des sit-in devant les ambassades d’Egypte et de Jordanie. « On ne va pas se laisser faire. Je ne veux pas d’un visa pour tourner la page. »

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