Theresa May, la missionnaire du Brexit

Personne ne donnait cher de sa peau lorsqu'elle a pris les rênes du Parti conservateur après le séisme du référendum ayant décidé le Brexit. Mais Theresa May, fille de pasteur bosseuse et disciplinée, compte bien franchir encore l'obstacle d'un vote crucial au Parlement.

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Theresa May Crédit: Ben STANSALL / AFP

La Première ministre britannique, sexagénaire élancée, aux cheveux gris coupés court, a pourtant été durement malmenée y compris par sa propre famille politique depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2016, peu après le référendum. Sérieuse, voire austère, et sans grand charisme, elle est alors apparue comme une figure rassurante dans l’un des moments les plus déstabilisants de l’histoire du pays.

« Je ne fais pas la tournée des plateaux de télévision. Je n’ai pas de potins à partager pendant le déjeuner. Je ne vais pas boire des verres dans les bars du Parlement. Je fais juste mon boulot », se décrit-elle au moment de briguer Downing Street.

C’est « une femme drôlement difficile », commente alors l’ex-ministre conservateur Kenneth Clarke.

Disciplinée et loyale envers son Premier ministre David Cameron, Theresa May s’était prononcée du bout des lèvres pour le maintien dans l’UE lors de la campagne du référendum, mais elle s’est rapidement adaptée, une fois au pouvoir, en s’échinant patiemment à mettre en oeuvre coûte que coûte le Brexit.

Elle n’aura toutefois pas réussi l’impossible: unifier son parti conservateur, encore plus divisé entre pro et anti-UE. Et elle aura commis une erreur politique majeure en convoquant des élections anticipées en juin 2017 qui lui font perdre sa majorité absolue, lui compliquant ainsi considérablement la tâche.

« Certains ne mesurent pas la force que cette femme a en elle », souligne son ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt. « Sous-estimer Theresa May est l’une des plus grandes erreurs que l’on puisse faire ».

Même Boris Johnson, son adversaire acharné et ex-chef de la diplomatie, qui lorgne sa place, reconnaît sa « résilience » et sa ténacité.

Ses débuts

Theresa Brasier, 62 ans, est née à Eastbourne, station balnéaire du sud-est de l’Angleterre. Après des études de géographie à Oxford, où elle rencontre son mari Philip, et un bref passage à la Banque d’Angleterre, elle est élue en 1986 conseillère du district londonien cossu de Merton.

En 1997, elle devient députée conservatrice à Maidenhead (sud de l’Angleterre), à sa troisième tentative, et conserve depuis son siège. Ses administrés, interrogés par l’AFP, disent apprécier son « calme », la jugent « bosseuse », « réservée mais très abordable ». Elle s’y rend encore régulièrement, notamment le dimanche pour aller à l’église en compagnie de son mari, qu’elle décrit comme son « roc ».

De 2002 à 2003, elle est la première femme secrétaire générale du Parti conservateur. Elle s’illustre lors d’un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de « nasty party » (« parti des méchants »).

L’ascension

Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle est récompensée par le portefeuille de l’Intérieur lorsqu’il arrive à Downing Street en 2010. Elle reste six ans à ce poste exposé, pendant lesquels elle tient une ligne très ferme contre la délinquance ou l’immigration clandestine.

Sa politique de réduction des effectifs de police lui vaut des critiques quand le Royaume-Uni est la cible d’une série d’attentats revendiqués par le groupe jihadiste État islamique au printemps 2017. Et le durcissement de la politique migratoire pour les immigrés venant des Caraïbes lui explose à la figure avec le scandale « Windrush », qui a privé de permis de séjour des citoyens du Commonwealth.

Theresa May souffre aussi d’une image de froideur un peu mécanique qui lui vaut d’être régulièrement caricaturée en robot.

Diabétique, elle s’adonne à la marche, et la cuisine est, dit-elle, son passe-temps favori.

Dans une de ses rares confessions, elle a avoué un jour que la pire bêtise qu’elle ait faite dans sa jeunesse était d’avoir… traversé un champ de blé.

Seule touche visible de fantaisie dans ce profil lisse: des escarpins à motif léopard, qu’elle décline en plusieurs versions.