Hospitalisé à Riyad, le président gabonais Ali Bongo "continue d'exercer ses fonctions"

Suite à l’hospitalisation, fin octobre à Riyad, du président du Gabon, la Toile et les médias africains sensationnalistes déclarent tour à tour le chef d'Etat mort. Après un long temps de silence, la présidence gabonaise s'exprime enfin et déclare qu'Ali Bongo est bel et bien en vie et en phase de récupération.

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Le président gabonais Ali Bongo Crédit: AFP

D’une « extrême fatigue« , à victime d’un « malaise » et de « saignements » puis d’un « accident vasculaire cérébral« , Ali Bongo a même été déclaré « mort » par un média camerounais. L’hospitalisation en Arabie saoudite, le 24 octobre dernier, du président du Gabon gabonaise a provoqué une déferlante de fake news alimentant folles rumeurs et avidités politiques.

Il faut dire que la communication du gouvernement gabonais autour des raisons de son entrée au luxueux King Fayçal Hospital de Riyad, suite à un soi-disant malaise, n’a pas été des plus explicite. Un silence radio qui a laissé libre cours à l’imagination des internautes, allant jusqu’à l’annonce de la mort du président par une chaîne de télévision camerounaise.

Après avoir brièvement expliqué le 28 octobre, que Ali Bongo, « légèrement fatigué », avait dû être hospitalisé à Riyad, ce n’est que le 11 novembre que la présidence du Gabon s’exprime officiellement sur le sujet. Le chef de l’Etat est « en phase de recouvrement de la plénitude de ses facultés physiques », déclare le porte-parole de la présidence, Ike Ngouoni. Une manière implicite de reconnaître la gravité de l’état de santé d’Ali bongo, avance pour sa part l’AFP.

En famille, MBS et gardes marocain

Entouré de ses proches dans sa chambre d’hôpital aux allures de chambre d’hôtel de luxe, et ayant même reçu la visite de MBS, Ali Bongo se remet doucement de ses émotions. Un journaliste gabonais, sous couvert d’anonymat, déclare dans ce sens  à l’AFP que« seul un cercle très restreint qui comprend la femme du président, Sylvia Bongo, a accès aux informations ».

C’est à la suite d’un « malaise » et de « vertiges persistants » que le chef d’Etat du Gabon, alors en visite d’affaires à Riyad, avait été hospitalisé au King Fayçal Hospital. Après des analyses médicales, l’identification d’un « saignement » avait dû nécessiter sa prise en charge dans l’établissement. Malgré le peu de communication du gouvernement gabonais sur l’évolution de son état de santé, plusieurs sources concordantes et proches du président Bongo avaient affirmé qu’un AVC l’avait foudroyé.

Selon Jeune Afrique, un dispositif de sécurité constitué de « gardes » marocains serait également au chevet de l’homme fort du Parti démocratique gabonais (PDG). À l’instar de son père Omar Bongo, ABO a fait du Maroc un allié et ami incontournable de son pays et n’a jamais caché l’amitié qui le lie au roi Mohammed VI.

Fake news à gogo

Dès son premier jour d’hospitalisation à Riyad, ABO est déclaré mort par la chaîne camerounaise Vision 4. La Haute autorité de la communication suspend le média pour six mois. Mais, une bombe est lancée.

« Ali Bongo légume, dirige désormais le Gabon depuis un lit d’hôpital en Arabie Saoudite ! », lance la chaîne YouTube baptisée « Des cris du peuple africain ». Les internautes s’empressent de relayer la fausse nouvelle, certains se réjouissant d’une possible présidence par intérim : « Dieu a décidé la fin du régime. Ali Bongo finira comme son père Omar Bongo en raison de son refus de faire la volonté de Dieu ». D’autres sautent sur l’occasion pour ressortir de vieilles photos du placard, n’ayant rien à voir avec cet épisode.

Le site Gabon.scoop utilise une illustration hors contexte et affirme que Ali Bongo est « très malade ».Crédit: Gabon scoop

Il aurait aussi été question sur les réseaux sociaux de transfèrement à Rabat, à Londres ou Paris, de longs mois de convalescence. Et, sur Facebook, une vidéo annonçant la mort du président a récolté plus de 59.000 vues.

Quand le Cameroun s’en mêle

Malgré le mea culpa de Vision 4, son intervention n’a pas été du goût de la présidence camerounaise. En qualifiant l’information d’« annonce infondée et démentielle », dans son communiqué en date du 28 octobre, le ministère camerounais des Relations extérieures n’est on ne peut plus clair. Et d’ajouter que des sanctions « sévères et en cascade » seront infligées aux auteurs de cette « scabreuse fausse nouvelle ». Cela étant dit, le document déclare au passage que la présidence de Paul Biya se « désengage totalement » de ces rumeurs, tout en faisant une piqûre de rappel sur les « bonnes relations » entretenues par les deux chefs d’Etat.

Les présidents gabonais Ali Bongo (à gauche) et camerounais Paul Biya (à droite) en décembre 2017.Crédit: Ludovic MARIN / AFP

ABO va mieux

De son côté, le porte-parole de la présidence de la République du Gabon, pressurisé par l’opinion publique et embarrassé par les informations donnant Ali Bongo pour mort, décide de réagir le dimanche 11 novembre par le biais de l’ambassade du Cameroun à Libreville.

Le ton de Ike Ngouoni se veut rassurant : « Les informations que nous avons reçues sont extrêmement rassurantes ». Et d’ajouter : « Ali Bongo a subi des soins de supports appropriés et approfondis ayant permis à ce jour d’améliorer de façon significative son état général et ainsi, d’alléger le protocole de soins ». En pleine phase de récupération physique « très encourageante », l’état de santé de ABO serait donc « sensiblement amélioré ».

Une déclaration confirmée par une source proche de la présidence gabonaise en contact quotidien avec Riyad, rapporte Jeune Afrique : « Le président, qui a été victime d’un mini-AVC aggravé par de l’hypertension, va mieux. On lui a enlevé l’assistance respiratoire, et il va entamer une rééducation. Il est réveillé et commence à voir ses proches. Tout sera rentré dans l’ordre d’ici deux ou trois semaines ».

Un président en vacances ?

Une nouvelle réjouissante pour les proches d’Ali Bongo, moins pour les leaders de l’opposition qui avaient vu dans cet épisode l’occasion d’accéder au trône présidentiel. Une aspiration renforcée par les élections législatives du mois dernier, marquées par la défaite de l’Union nationale (UN) de Zacharie Myboto – farouche opposant à la présidence Bongo -, et le renforcement de la majorité du parti d’ABO à l’Assemblée nationale.

Sans jamais citer le nom du président Bongo, l’opposant Jean Ping, candidat malheureux à la présidentielle de 2016 qui se proclame toujours « président élu », est sorti le 10 novembre de plusieurs mois de silence pour appeler au « rassemblement ».

De son côté, l’opposant Paul-Marie Gondjout (secrétaire exécutif adjoint de l’UN) a appelé, suite à l’hospitalisation du président gabonais, à l’instauration d’une rapide présidence par intérim : « La vacance du pouvoir doit être déclarée au plus vite pour éviter des incertitudes à la tête de l’Etat », rapporte l’AFP.

Sauf que, au Gabon, il n’existe aucun délai prévu pour annoncer une vacance du pouvoir par le Conseil constitutionnel qui doit être saisi par le gouvernement ou les bureaux du Parlement (Sénat et Assemblée nationale). Et quand la vacance est constatée, selon l’article 13 de la Constitution gabonaise, le président du Sénat doit assurer l’intérim jusqu’à l’organisation d’une élection présidentielle dans un délai maximum de 60 jours.

Le journal gabonais L’Aube aurait également, de son côté, mis de l’huile sur le feu. Soupçonné d’avoir, dans son article titré « Le Gabon en très dangereux pilotage automatique« , demandé au Premier ministre gabonais « d’investir Lucie Mboussou » – la présidente du Sénat (PDG) qui doit assurer une présidence intérimaire en cas de vacance du pouvoir – le média a été suspendu pour trois mois par la HAC.

En affirmant que « le pronostic vital » d’Ali Bongo « n’était plus engagé », le porte-parole du gouvernement a certainement coupé l’herbe sous le pied à plus d’un. Puisqu’à en croire ses propos tenus le 11 novembre : « Le président de la République, chef de l’Etat, continue d’exercer ses fonctions, les institutions de notre République fonctionnent donc aujourd’hui parfaitement dans le strict respect de la Constitution ».