Dommage collatéral de la grève des transporteurs, les aviculteurs décident de poursuivre l’Exécutif

Le secteur de l'aviculture est frappé de plein fouet par la grève des professionnels du transport. La durée indéterminée de la grève, la rupture des stocks des aliments et les risques qu’elle entraîne ont impacté leur condition de travail. La FISA réagit et décide de porter plainte contre le Gouvernement. Les détails.

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AFP

L’impact de la grève des transporteurs se fait ressentir. Dans un communiqué publié le 1er novembre, la Fédération interprofessionnelle des secteurs avicoles du Maroc (FISA) tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de cette grève qui « impacte très lourdement le secteur (avicole, ndlr) ». La FISA affirme également  que « les ruptures d’approvisionnement en aliment au niveau des fermes d’élevage accentuent les mortalités des volailles » pourraient causer « une crise financière sans précédent » dans ce secteur.

Cheptels en danger

« Cela fait un an que les aviculteurs sont affectés par des pertes financières dues à des difficultés structurelles et conjoncturelles dont souffre le secteur avicole dans son ensemble. Avec la grève (des transporteurs, ndlr), les pertes financières sont énormes et la situation s’aggrave davantage », résume Ahmed Addioui, vice-président de l’Association nationale des producteurs (APV).

Qui plus est, la filière avicole est dépendante de l’importation d’aliments utilisés pour nourrir les cheptels (soja, maïs, produits vitaminés). La paralysie au port de Casablanca a eu une répercussion directe sur la production d’aliments destinés à la volaille. « Les 43 usines marocaines d’aliments risquent la rupture de stock. Quelques usines ont déjà épuisé leurs stocks et ont donc décidé d’interrompre la production en attendant que deux bateaux de maïs bloqués depuis quatre jours  au port de Casablanca (entretient ayant eu lieu le 3 novembre, Ndlr) », déplore Ahmed Addioui.

Lorsque les producteurs parviennent à sortir des camions de leurs usines, leurs transporteurs se voient barrer la route par des grévistes qui « exigent un « impôt »  de 400 à 1 000 dirhams pour laisser les camions passer. Ceux qui refusent de le payer voient leurs camions endommagés ou pris en otage. Les conducteurs sont même tabassés » dénonce Youssef Alaoui, président de la FISA.

Contacté par TelQuel, Mustapha Chaoune, secrétaire général de l’Organisation démocratique des professionnels du transport (ODTP) a dénoncé les agissements de cette catégorie de grévistes qui, selon lui, « nuit au travail syndicaliste ». « Suite à l’accord très positif conclu avec la tutelle, nous avons pris la décision de suspendre la grève. Cependant, une frange de camionneurs s’obstine à la poursuivre. Et sans encadrement, quelques dérapages ont bien eu lieu dans plusieurs régions du Maroc »,regrette le syndicaliste.

Vers une disparition massive du cheptel ?

 La situation actuelle fait peser le danger sur le gagne-pain des aviculteurs. Certains d’entre eux risquent même de perdre l’ensemble de leur cheptel selon le vice-président de l’APV, Ahmed Addioui. « Il s’agit de poulets à engraisser. Si on arrête l’engraissement pendant une demi-journée, ils vont perdre du poids, mais si on l’arrête pendant 2 ou 3 jours, c’est tout le cheptel qui est sérieusement menacé d’une mort imminente », explique le responsable.

Depuis le début de la grève, il y’a 12 jours, la FISA a mobilisé 25 de ses représentants, présents dans différentes régions du Royaume, pour dresser un bilan de l’impact du mouvement de contestation sur le secteur avicole.  Selon les premiers résultats parvenus à la Fédération, les aviculteurs marocains ont, en moyenne, perdu 40% de leur cheptel depuis le début de la grève des transporteurs. « Les aviculteurs sont désormais contraints de sacrifier la moitié de leur cheptel pour permettre au reste de vivre. C’est une véritable catastrophe financière qui se profile », assure Youssef Alaoui président de la FISA.

Dans son communiqué paru le 1er novembre, la Fédération appelle les aviculteurs  « à faire constater les mortalités des volailles qu’ils ont subies dans leurs élevages par leurs vétérinaires encadrant et par des huissiers de justice, et ce, en vue d’évaluer les pertes globales subies par le secteur ».

Appel au gouvernement

Les aviculteurs ont-ils alerté l’Exécutif quant à leur situation? « La FISA n’a pas cessé, dès le début de la grève, d’alerter les autorités, et à leur tête le Chef du gouvernement, en ce qui concerne la gravité de la situation tout en les invitant à prendre les dispositions qui s’imposent pour éviter le pire », souligne le communiqué de la fédération.

Jusqu’à présent, « la FISA n’a eu aucun retour officiel de la part des autorités compétentes, comme elle n’a constaté aucune action concrète des pouvoirs publiques pour remédier à la situation de blocage des transports et protéger les aviculteurs ainsi que les camionneurs des usines d’aliments qui risquent tous les jours d’être agressés », nous informe Youssef Alaoui.

Face à l’absence de réaction du côté de l’Exécutif,  la FISA , reconnue légalement en tant qu’interprofession agricole de la filière avicole conformément à la loi 03-12, a décidé « de porter plainte contre le Chef du gouvernement pour non-protection des biens d’autrui et des personnes », indique le communiqué de la Fédération qui représente un secteur pesant 475.000 emplois directs et indirects

Selon nos informations, des aviculteurs ont déjà entamé des actions de revendications aux niveaux de quelques régions du royaume. Un sit-in s’est d’ailleurs tenu le 2 novembre à Had Soualem pour réclamer la protection des transporteurs. . D’autres sont prévus dans les jours à venir.

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