Nihilistes, comme ils disent

Tiré du dictionnaire de la gauche marocaine des années 1970, le terme de nihiliste a intégré le vocabulaire royal dans les années 2000 avant d'être décliné par les cercles du pouvoir. Il est toujours utilisé pour jeter l'anathème sur les voix critiques.

Par et

Le Premier ministre Abderrahmane Youssoufi en compagnie de Hassan II, le 3 mars 1998 au palais de Rabat, lors de la fête du trône. Refusant les conditions de l’alternance posées par le roi défunt, des membres de l’USFP ont été définis comme nihilistes par leurs camarades du parti.

A lire et à entendre les discours politiques des dix dernières années, on est presque tentés de dire que le nihilisme est devenu l’ennemi à abattre. L’ennemi public numéro 1. Pourtant, personne ne s’en réclame ouvertement. Qu’ils soient actifs ou passifs, les nihilistes désignés par le pouvoir ne se ressemblent pas et naviguent dans des univers, des doctrines et des strates différents et souvent opposés (islamistes, laïques, jihadistes, progressistes, gauchistes, intellectuels apolitiques, jeunesse revendicative, journalistes indépendants…). Il paraît dès lors très difficile de donner du crédit à une notion dont personne ne se réclame. Même pas au sein de l’extrême gauche, terreau où elle devrait se développer naturellement. “Personne au sein des mouvances de gauche ne se définissait ainsi dans les années 1960 et 1970”, témoigne Mohamed El Wafi, ex-militant marxiste-léniniste. Le terme de nihiliste, quand il apparaissait…

article suivant

L’industrie ou les services, qui sauver en premier?