Mortalité néo-natale à la maternité Souissi, l'infirmière-cheffe suspendue

Mortalité néo-natale à la maternité Souissi, l'infirmière-cheffe suspendue

La publication, le 18 mai, par Akhbar Al Yaoum d'une enquête sur un phénomène de mortalité néo-natale à la maternité Souissi de Rabat a débouché sur la mise à pied de l'infirmière-cheffe du service. Cette dernière est soupçonnée d'avoir fuité des informations officielles au quotidien.

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Image d'illustration Crédit: CC

Dans son édition du 18 mai, Akhbar Al Yaoum publiait une enquête titrée « Révélations choquantes sur le CHU Ibn Sina de Rabat, le ‘cimetière des nouveau-nés’ ». Dans ses colonnes, le quotidien fait état des « chiffres inquiétants » de cas de mortalité de nourrisson à la maternité du centre hospitalier universitaire de la capitale. Trois semaines plus tard, le vendredi 8 juin, l’hôpital est secoué par la nouvelle de la suspension de Fatima Taleb, infirmière-cheffe de la salle d’accouchement. Le motif ? « Entrave à une enquête en cours ».

Contactée par Telquel.ma, Fatima Taleb, qui a depuis été affectée au service des affaires infirmières, fulmine. « Le motif cité par l’administration de l’hôpital est trompeur. En réalité, on m’accuse d’avoir fait fuiter les informations officielles parues dans l’article d’Akhbar Al Yaoum », déclare-t-elle.

Aussitôt la nouvelle de la suspension de Fatima Taleb tombée, ses collègues infirmières et sages-femmes ont improvisé un sit-in dans les couloirs de la maternité pour contester « une décision abusive » et exiger le retour en poste de l’infirmière-cheffe. Une nouvelle manifestation de soutien a eu lieu le 11 juin matin.

Pour l’administration du CHU, cette décision est justifiée. « L’infirmière-cheffe a entravé le travail des membres d’une commission d’audit interne de la maternité. Elle intervenait de façon excessive lorsqu’ils voulaient interroger le personnel de la maternité, ou tentaient d’accéder à certains services », explique Anouar Cherkaoui, responsable de communication du CHU, précisant que la suspension de Fatima Taleb reste « provisoire ».

Et de poursuivre : « L’infirmière-cheffe reprendra ses fonctions si l’enquête interne révèle qu’elle n’a aucun rapport avec la fuite de ces informations. Dans le cas contraire, la procédure régulière sera entamée ». Dans un communiqué rendu public le 11 juin, le CHU soutient qu’il s’agit « d’une mesure préventive autorisée par la loi et qui revêt d’un caractère provisoire, puisque la suspension concerne le poste de responsabilité et non pas le poste de travail ».

Des « chiffres inquiétants »

Selon « les informations officielles » obtenues par Akhbar Al Yaoum, la maternité Souissi a enregistré 196 cas de morts prématurées de nouveau-nés en 2017, contre 147 l’année précédente, soit une augmentation de 33%. A quelques kilomètres de là, à la maternité des Orangers, ce chiffre aurait baissé de 48% d’après le quotidien, passant de 39 morts en 2016 à 20 en 2017.

Cette tendance à la hausse de la mortalité néo-natale s’expliquerait en partie par des défaillances au niveau du service de réanimation : retards sur l’affectation des nouveau-nés en difficulté à la réanimation, insuffisance de places, manque de coordination entre infirmiers et médecins… Dans son communiqué, le CHU ne nie pas les allégations du journal, et se contente d’indiquer que « la véracité des données doit être établie au risque de créer un climat de défiance et de remettre en question les services présentés par cet établissement ».

Akhbar Al Yaoum affirme être en possession d’une lettre datée du 27 mars, dans laquelle la direction du CHU Souissi fait part aux responsables de la maternité de son inquiétude quant à ces chiffres. « Le phénomène s’est exacerbé au moment où les pédiatres ont quitté les salles d’accouchement », observe Fatima Taleb. Elle assure, avec une pointe d’ironie, que « depuis la publication de l’enquête d’Akhbar Al Yaoum, plus aucun nouveau-né n’attend son tour pour être affecté à la réanimation en cas de besoin ».

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