Témoins convoqués manu militari, hospitalisation... Une audience nocturne chaotique

Témoins convoqués manu militari, hospitalisation... Une audience nocturne chaotique

Il a fallu l'intervention de la police pour contraindre Hanane Bakour, rédactrice en chef d'AlYaoum24 et témoin dans l'affaire Bouachrine, à comparaitre le 4 juin à Casablanca. AlYaoum24 décrit un «assaut», la DGSN dément. La journaliste a finalement rejoint la Cour d'appel en ambulance.

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Hanane Bakour, Taoufik Bouachrine et Afaf Barnani

Quelques heures avant le ftour, le 4 juin, des éléments de la police judiciaire se sont présentés à un appartement de Rabat où se trouvait Hanane Bakour, rédactrice en chef d’Al Ayoum 24, afin de la contraindre à comparaitre comme témoin à l’audience du procès de Taoufik Bouachrine, à la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca.

Dans un article publié dans la soirée du 4 juin, le site d’information AlYaoum24 affirme que  «des éléments de la police ont pris d’assaut l’appartement où se trouvait Hanane Bakour quelques instants après avoir coupé l’eau et l’électricité». La même source affirme que suite à cet «assaut» la journaliste «a été admise dans un premier temps aux urgences du CHU Ibn Sina de Rabat avant que le corps médical ne décide de la transférer à l’hôpital Arrazi de Salé».

Démenti «catégorique»

Ces informations ont été démenties «de manière catégorique» par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) dans un communiqué diffusé dans la foulée de la publication de l’article d’AlYaoum24. La DGSN y indique qu’ «une brigade de la police judiciaire de Rabat, composée notamment de trois policières commandées par une commissaire principale, s’est déplacée lundi après-midi à un appartement au quartier Agdal afin d’exécuter un ordre judiciaire prévoyant l’usage de la force publique pour contraindre plusieurs femmes à comparaitre devant la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca».

Le communiqué de la DGSN poursuit que «les éléments de la police ont décliné leur identité et la nature de l’ordre judiciaire», mais «la porte de l’appartement n’a pas été ouverte malgré des appels répétés, ce qui a nécessité d’en référer au parquet compétent et d’ouvrir la porte extérieure à l’aide d’un technicien spécialisé sans la défoncer ni couper le courant électrique ou l’alimentation en eau».

Le juge Bouchaïb Farih avait en effet décidé le 28 mai que les déclarantes seraient convoquées. Il prévoyait le recours à la force publique pour les y contraindre, et ce dès l’audience du 29 mai , d’après Telquel Arabi.

Selon le procès-verbal de la déposition de Taoufik Bouachrine à la police, Hanane Bakour apparait dans sept séquences filmées et datées du 26 février 2015.

Le 29 mai, la journaliste avait expliqué sur sa page Facebook être «contre» le choix de la contrainte par la force publique, affirmant qu’elle avait elle dit «ce qu’elle avait à dire» lors de ses déclarations à la police. Dans cette publication Facebook, elle explique qu’au cours de son interrogatoire, la police judiciaire lui a montré une seule vidéo où «il n’y a pas de rapports sexuels et de scènes de nus».

«Dans mon PV à aucun moment je ne parle de sexe (…) j’ai simplement dit : si vous considérez ce qu’il y a dans la vidéo comme du harcèlement, je vous dis que je l’ai fait de mon plein gré», écrit la rédactrice en chef d’Al Yaoum24. «Si j’avais une relation ambigüe avec Taoufik Bouachrine,  j’aurais assumé mes responsabilités», ajoute-t-elle.

La DGSN corrobore la version des faits d’AlYaoum24 sur le transfert de la rédactrice en chef à l’hôpital de Rabat, puis de Salé sur avis du médecin traitant. À la sortie de l’hôpital Arrazi de Salé, Hanane Bakour a été ensuite accompagnée à la préfecture de police de Rabat, dans l’attente de son transfert à la Cour d’appel de Casablanca. Elle se trouvait en compagnie d’une autre témoin, Afaf Barnani, réceptionniste d’Akhbar Al Yaoum. Nous n’avons pas pu joindre les deux témoins.

Une ancienne journaliste d’AlYaoum24 témoigne

C’est dans ces conditions qu’une audience longue de six heures s’est tenue à la Cour d’appel de Casablanca et s’est prolongée pour la première fois au-delà de la prière du Fajr. Le juge a d’abord entendu une ancienne journaliste d’AlYaoum24, témoin convoquée à la demande de la défense de Taoufik Bouachrine.

Sur des images qu’on lui a présentées, la journaliste a affirmé reconnaitre le bureau de son ancien directeur de publication, mais n’a pas reconnu les engins électroniques saisis dans son bureau (deux caméras, un appareil d’enregistrement vidéo et un disque dur), rapporte TelQuel Arabi.

L’audience a alors été levée en attendant que les deux déclarantes arrivent de Rabat. Après une longue pause, Afaf Barnani a fait son entrée au tribunal tandis que Hanane Bakour est restée dans l’ambulance.

Condamnée à six mois de prison ferme pour diffamation et outrage à fonctionnaire après avoir affirmé que le procès-verbal de sa déclaration avait été falsifié, la réceptionniste employée par le média anciennement dirigé par Taoufik Bouachrine a expliqué devant le juge qu’elle a été bien traitée par les éléments de la police judiciaire au cours de son interrogatoire au début de l’affaire. Au sujet du procès-verbal, Afaf Barnani affirme désormais l’avoir signé dans «la précipitation» sans avoir pris le temps de «bien le lire», car elle était troublée par la présence d’un «nombre conséquent d’officiers» de police.

Des sources concordantes citées par TelQuel Arabi affirment qu’une confrontation a eu lieu entre la déclarante et l’une des victimes présumées de Taoufik Bouachrine. Celle-ci a affirmé qu’Afaf Barnani apparaissait dans deux des vidéos saisies par la BNPJ dans les bureaux du journaliste et projetées lors de l’audience. La réceptionniste a démenti. La partie civile a demandé le recours à une expertise scientifique. Une requête sur laquelle le juge devrait statuer le 6 juin.

Pour sa part, Hanane Bakour a quitté le tribunal au bord d’une ambulance sans avoir été entendue, après avoir été victime d’une «crise de nerfs».  Elle devrait être entendue le 6 juin par le juge, alors qu’elle a été admise au service de réanimation du CHU Ibn Rochd de Casablanca, selon un autre article d’AlYaoum24.

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