La promotion du tourisme rwandais sur le maillot d'Arsenal fait polémique

Décrié en Angleterre et aux Pays-Bas en raison de son montant onéreux, le contrat de sponsoring conclu entre le Rwanda et Arsenal prend des airs de polémique. C'est notamment dû au fait que les deux pays figurent parmi les plus importants soutiens à l'aide au développement du Rwanda.

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Ces derniers jours, un contrat de sponsoring fait couler beaucoup d’encre en Angleterre. Le 23 mai, le Rwanda Development Board (RDB) – agence rawandaise en charge de la promotion des investissements – a signé un partenariat avec Arsenal, l’un des clubs de football les plus titrés et populaires d’Angleterre.

En vertu de ce contrat, liant les deux parties durant les trois prochaines saisons, la formation londonienne arborera la mention « Visit Rwanda » sur la manche gauche de sa célèbre tunique rouge. Cette dernière est « vue 35 millions de fois par jour« , indique le communiqué du club à cette occasion.

L’agence rwandaise assure que le deal vise à promouvoir le tourisme local. Même son de cloche du côté d’Arsenal, pour qui « les parcs nationaux du Rwanda attirent un nombre record de touristes, cela en raison de la quantité croissante d’animaux sauvages (rhinocéros noirs, lions, zèbres, chimpanzés, ainsi que les célèbres gorilles des montagnes) ».

Kagame, fan des Gunners

Le 27 mai, un article du Daily Mail révèle que le RDB versera à Arsenal 34,5 millions d’euros (40 millions de dollars) sur trois ans. C’est avec un titre choc que le quotidien britannique fait l’annonce de cette information : « Maillot de la honte : la Grande-Bretagne verse 62 millions de livres sterling d’aide étrangère au dictateur rwandais qui en dépense 30 millions pour soutenir de son cher Arsenal ».

Président de la République du Rwanda depuis 2000, Paul Kagame a été reconduit pour un troisième mandat en 2017, avec plus de 98 % des suffrages. C’est également un fervent supporter des Gunners, son « club bien-aimé », dont il commente fréquemment les résultats sur son compte Tweeter.

Polémique sur fond d’aide au développement

Disposant de l’un des plus importants contrats de sponsoring dans le monde du football, Arsenal affiche depuis 2006 sur son maillot le slogan « d’Emirates ». La compagnie aérienne Emirates donne également son nom au stade d’Arsenal. Selon le Daily Mirror, cette même entreprise verserait 40 millions de livre sterling (45 millions d’euros) par saison au club. Soit 10 millions de plus que la somme versée par l’agence publique rwandaise…

Ces révélations ont suscité la polémique en Angleterre. Andrew Bridgen, député conservateur, déclare à ce sujet : « Les contribuables britanniques vont être choqués, à juste titre, qu’un pays qui perçoit d’énormes subventions du Royaume-Uni renvoie en retour des millions vers un club de Londres incroyablement riche ».

En effet, le montant de ce contrat de sponsoring représente « près de la moitié de l’aide que le Royaume-Uni apporte au Rwanda chaque année », selon la BBC.

Autre pays soutenant l’aide au développement du Rwanda : les Pays-Bas. Un groupe de parlementaires néerlandais a ainsi interpellé la ministre en charge du Développement de mener une enquête sur la nature de ce contrat.

La ministre britannique pour l’Afrique, Harriett Baldwin, a pour sa part affirmé au site de Jeune Afrique « qu’aucune aide britannique n’a été utilisée pour sponsoriser Arsenal ». L’Agence britannique pour le développement international (DFID) étant l’une des pourvoyeuses de fonds pour l’aide au développement du pays. L’aide étrangère représente par ailleurs une part importante de son budget.

Contre-attaque rwandaise

En réponse aux charges des élus des deux pays, RDB s’exprime dans un communiqué publié le 29. « Ces 40 millions de dollars investis sur trois ans dans le club anglais d’Arsenal devraient en rapporter dix fois plus d’ici à 2024 », projette l’agence. Laquelle compte, à travers ce partenariat décrié, doubler les recettes touristiques rwandaises d’ici à 2024. La RDB évoque un « objectif national » pour passer « de 404 millions de dollars à 800 millions de dollars d’ici 2024 ».

Le gouvernement local est également entré en ligne à travers son ministre d’État aux Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe. Particulièrement remonté contre la prise de position des élus néerlandais, il tweete : « Chers députés des Pays-Bas. Ce n’est PAS vos affaires (…). Nous parlerons business le jour où l’Ajax Amsterdam ou le FC Feyenoord auront une popularité dans le monde similaire à celle d’Arsenal ».

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